L'homme rationnel dans la philosophie grecque : nature, mythe et polis

Philosophie et éthiqueMis à jour le 5,38 KB

Résumé

Ce document retrace le passage de la pensée mythique à la pensée rationnelle en Grèce antique, à partir du VIe siècle avant J.-C. Il présente le modèle du héros homérique et de la vertu (aretê), puis la conception de l'homme comme animal rationnel au sein de la nature (physis) et de la cité (polis). Il expose enfin le débat des sophistes sur l'opposition entre nature et convention (nomos).

Points clés

  • La philosophie grecque naît au VIe siècle avant J.-C. comme explication rationnelle de la réalité, en remplacement des mythes.
  • Dans la pensée mythique, les dieux et les héros servent de modèles de vertu (aretê), et l'homme doit les imiter.
  • Pour les philosophes grecs, l'homme est un animal rationnel, distinct des autres êtres naturels par sa capacité à connaître et à choisir son mode de vie.
  • La philosophie grecque classique a une forte dimension politique : l'homme est d'abord citoyen de la polis avant d'être un individu.
  • Les sophistes du Ve siècle avant J.-C. opposent nature (physis) et convention (nomos) : les lois humaines ne sont pas universelles mais résultent d'accords entre les peuples.
  • Les sophistes divergent sur la nature humaine : pour Protagoras elle est agressive, pour Hippias et Antiphon elle donne liberté et égalité, pour les plus radicaux elle est régie par l'instinct et la loi du plus fort.

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1) Les Grecs : L'animal rationnel
1.1 Le héros homérique : La pensée philosophique fondée sur la raison a émergé en Grèce au VIe siècle avant J.-C., comme un outil pour expliquer la réalité. Avant l'avènement de la raison philosophique, la nature et l'existence étaient expliquées par des mythes. Des poètes comme Homère et Hésiode offraient non seulement une compréhension, mais aussi une explication de la réalité physique et de la nature humaine.

Par le mythe, les anciens Grecs s'expliquaient eux-mêmes : qui ils étaient, quelles étaient leurs origines, etc. Les mythes présentaient les choses telles qu'elles devraient être, exposant un modèle idéal. Les dieux et les héros grecs étaient anthropomorphes (surhumains, immortels et demi-dieux, enfants de Dieu et d'une femme), ayant accompli de grands exploits, servant d'exemples de courage et de noblesse. Ce que les dieux et les héros transmettaient était un exemple de vertu (aretê, excellence). Plus on se rapprochait de ce modèle idéal, plus on était considéré comme membre de l'aristocratie. L'homme devait imiter les dieux pour être vertueux. Cependant, il n'était pas considéré comme entièrement libre de décider de sa vie, car celle-ci était conditionnée par la volonté capricieuse des dieux.

1.2 L'homme dans la philosophie grecque : À partir du VIe siècle avant J.-C., le modèle précédent commence à s'effriter. Simultanément, un nouveau modèle politique émerge, la démocratie, et le mythe cède la place à la raison. Peu à peu, les penseurs grecs ont commencé à cesser d'utiliser le mythe pour expliquer l'être humain. Ajoutons à cela le tournant anthropologique du Ve siècle avant J.-C.

A. La nature sage : La philosophie est née en Grèce comme une réflexion sur la physis, la nature. L'homme est considéré comme un être naturel, faisant partie intégrante de celle-ci. Il est un être différent des autres êtres naturels, car :

  • Il occupe une place particulière et est un animal différent du reste : il est un animal rationnel.
  • La rationalité lui permet non seulement de connaître et de comprendre tout ce qui l'entoure, mais aussi la nature humaine elle-même, et ses relations avec les autres dans la société.
  • Les humains peuvent choisir la façon dont ils veulent vivre, les valeurs et les normes qui devraient régir la polis, la cité-État.

Pour les Grecs, l'homme est un intermédiaire entre les dieux et les animaux, sa capacité rationnelle lui permettant d'acquérir un savoir spécial. Cela en fait un animal.

B. Morale et politique Politique : Les Grecs vivaient en étroite relation avec leur ville, la polis. Quelqu'un qui n'était pas lié à la ville n'était pas considéré comme une personne à part entière. Aristote (IVe siècle avant J.-C.) appelait ceux qui étaient en dehors de la ville des «idiots», affirmant que la polis avait été créée pour que les hommes puissent bien vivre. L'homme grec était considéré comme un citoyen avant d'être un individu. C'est pourquoi la philosophie classique grecque aura une dimension politique marquée et cherchera toujours à réfléchir sur la meilleure façon de vivre et d'organiser la société.

C. La nature humaine : Bien que tous les philosophes s'accordent sur le fait que l'homme fait partie de la nature, il existe un point fondamental de désaccord : qu'est-ce qui caractérise l'être humain, quels sont les éléments essentiels ? Cette question a été abordée au Ve siècle avant J.-C. par un groupe de philosophes connus sous le nom de sophistes (sofós = sage). Ces penseurs voyageaient de ville en ville pour donner des cours de rhétorique grecque sur divers sujets, notamment la politique. Ils ont été les premiers à établir une opposition entre nature et culture : étant donné que le niveau de la physis établit la portée du «nomos», qui sont les lois et les règles des êtres humains, celles-ci ne sont pas universellement valides, mais sont le fruit d'un accord entre les peuples et peuvent donc être changées ou modifiées. En conclusion, contrairement à Socrate ou Aristote, les sophistes estiment que l'homme n'est pas politique ou social par nature, mais par convention. Parmi les membres du groupe, on trouve des positions très différentes. Protagoras, le plus important, qui a inauguré le mouvement des sophistes, considère que la nature humaine se caractérise par son agressivité, bien que l'homme soit un créateur de culture. D'autres sophistes, comme Hippias et Antiphon, considèrent que la nature donne à chaque individu la condition d'être libre et égal. S'il y a des inégalités dans la société, c'est à cause des conventions sociales et culturelles de la façon dont les hommes s'organisent. Les sophistes les plus radicaux nient que la nature humaine soit rationnelle. L'homme est régi par les instincts et la loi du plus fort. Les êtres humains sont par nature différents et il ne serait ni juste ni naturel de créer une société où tous les individus sont égaux.

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Questions fréquentes

Quand la pensée philosophique fondée sur la raison est-elle apparue en Grèce ?

Elle a émergé au VIe siècle avant J.-C., en remplacement progressif de l'explication de la réalité par les mythes. Elle s'est accompagnée de l'avènement de la démocratie.

Pourquoi l'homme est-il considéré comme un animal rationnel chez les Grecs ?

Sa rationalité lui permet de connaître la nature, la nature humaine et les relations sociales, et de choisir la manière de vivre et les normes de la cité. Il occupe ainsi une place particulière parmi les animaux.

Quelle est la différence entre nature et convention chez les sophistes ?

La nature (physis) est universelle, tandis que les lois et règles humaines (nomos) sont le fruit d'un accord entre les peuples et peuvent donc être modifiées. Pour les sophistes, l'homme est social par convention et non par nature.

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1. À partir de quel siècle la pensée rationnelle remplace-t-elle progressivement le mythe en Grèce ?
2. Que signifie aretê dans la pensée grecque archaïque ?
3. Pour Aristote, pourquoi la polis a-t-elle été créée ?
4. Quelle est la position des sophistes concernant les lois humaines ?
5. Quel sophiste considère que la nature humaine se caractérise par son agressivité ?
6. Que pensent Hippias et Antiphon de la nature humaine ?

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