Hume : causalité, empirisme et morale des Lumières
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David Hume : causalité et empirisme
Une idée, pour Hume, provient d'une impression ; elle est donc liée à la sensibilité, et non à une vérité abstraite. La connaissance humaine est limitée à nos impressions et à nos idées. La notion de cause à effet repose sur l'expérience : nous observons qu'un événement (la cause) est suivi d'un autre (l'effet), mais nous ne pouvons jamais établir en elle un lien nécessaire entre les faits. Un lien nécessaire impliquerait que cette relation soit toujours vraie ; or cela ne peut être garanti par l'expérience.
Substance, Dieu et scepticisme
Hume applique la même analyse à l'idée de substance. Concernant le monde corporel (la substance étendue), nous n'avons que des impressions et ne pouvons donc pas la démontrer. De même, le moi (la substance pensante) ne peut être prouvé, car nous n'avons pas d'impression correspondant à l'idée d'une entité permanente et séparée. Enfin, l'existence de Dieu ne peut être prouvée a priori : la substance est une question de fait et non d'aperçu nécessaire, et toute démonstration fondée sur l'analogie avec les œuvres humaines reste insuffisante.
Le résultat de cette analyse conduit au scepticisme : à propos des trois substances cartésiennes (le monde, Dieu et le moi), nous ne pouvons prétendre à une connaissance certaine. Si la réalité est réduite à la perception, alors nous ne pouvons être absolument sûrs de rien ; d'où l'idée qu'il faut préserver la liberté d'action et de pensée malgré l'incertitude.
Morale, passions et sympathie
Hume soutient que la moralité est ancrée dans les sentiments. « La raison est l'esclave des passions » : ce sont les passions qui motivent l'action, et non la raison seule. Une action est jugée vertueuse ou vicieuse en fonction de l'impression de plaisir ou de déplaisir qu'elle suscite. Ce sentiment moral repose sur la capacité de sympathie : la faculté de partager le bonheur ou le malheur d'autrui, commune à toute l'humanité.
Enfin, pour Hume, il est préférable de vivre en société organizée de façon à ce que nul gouvernement n'utilise les intérêts particuliers au détriment de l'intérêt général.
Contexte historique britannique après 1688
Après la Révolution de 1688 en Angleterre, un chemin vers le constitutionnalisme s'est engagé, et s'est rapidement étendu à l'ensemble de la Grande-Bretagne. La monarchie parlementaire a favorisé l'élaboration d'un cadre législatif où les droits des citoyens et les libertés politiques, religieuses et économiques sont devenus de plus en plus établis.
Les Lumières et le commerce ont contribué à la diffusion d'un message de tolérance et d'une idéologie partagée par l'aristocratie et la bourgeoisie. Hume a été confronté à la puissance ecclésiastique : il n'a pas pu accéder à une chaire universitaire en raison de l'opposition de l'Église d'Écosse. En comparaison avec le privilège religieux et aristocratique, il s'est opposé aux conservateurs qui combattaient les idées des Lumières françaises.
Science, raison et religion
Dans le domaine scientifique, Newton fut le modèle et l'inspiration du siècle des Lumières, associé à l'empirisme de Locke. Ces deux influences ont contribué à lutter contre le dogme religieux et à défendre la primauté de la société civile et de la raison. Dans le milieu religieux, si quelques penseurs étaient ouvertement athées, l'opinion prédominante restait le déisme.
L'œuvre de Hume couvre un vaste champ philosophique, traitant de la raison, de la religion, de la société et de l'histoire, et a contribué, dans de nombreux cas, à la naissance des sciences sociales modernes (anthropologie, économie, etc.). Pour les Lumières, la connaissance est conçue comme un instrument pour la recherche et l'action humaines, tandis que la métaphysique est soumise à une analyse critique.
Types de connaissance selon Hume
Pour Hume, il existe deux types de connaissance :
- Les relations d'idées : elles expriment des relations formelles, indépendantes de l'expérience et nécessaires (comme en logique ou en mathématiques).
- Les questions de fait : elles sont synthétiques et probabilistes, dépendant de l'expérience sensible et ouvertes à l'incertitude.
Cette distinction est centrale pour comprendre son empirisme et son scepticisme : si la connaissance des relations d'idées est certaine, la connaissance des faits repose toujours sur l'habitude et la probabilité.