John Locke : Empirisme, Politique et Tolérance
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John Locke
Contexte Historique et Social
Locke est le philosophe qui a jeté les bases de l'empirisme.
Au XVIIe siècle, l'Angleterre a connu une transformation politique majeure. C'est là qu'a eu lieu la première révolution politique moderne, suite à l'union de la bourgeoisie et de la noblesse contre l'absolutisme de la dynastie des Stuart. Cette révolution libérale a mené à une monarchie parlementaire où le roi, avec la Chambre des Communes et la Chambre des Lords, adoptait différentes mesures.
Quand Locke est né, Charles Ier régnait sur l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande. Les relations entre le monarque et les assemblées étaient initialement stables et pacifiques, fondées sur le consensus. Cependant, des problèmes sont apparus suite au refus du Parlement de voter de nouveaux impôts pour couvrir les frais de guerre. Un différend religieux entre l'arminianisme et le calvinisme s'est également ajouté. De plus, le roi rencontrait des difficultés à percevoir les droits de douane. Ces tensions ont conduit à des conflits entre Charles Ier et les assemblées.
En 1642, la guerre civile a éclaté, opposant les partisans du roi à ceux du Parlement. La société était divisée par la religion : d'un côté, les puritains, à tendance démocratique et opposés à l'Église anglicane officielle, et de l'autre, les catholiques et les arminiens. Cette guerre s'est terminée par la défaite du roi, qui a réussi à fuir en France. La réorganisation qui a suivi la guerre civile s'est conclue par la victoire de Cromwell. Le roi fut accusé de trahison et exécuté. En 1649, Cromwell a instauré une république et a transformé le pays en une grande puissance navale. Il a encouragé la tolérance, mais pas pleinement pour les chrétiens. Un développement économique considérable a été réalisé.
En 1660, Charles II a pris les rênes du pays, profitant de l'incapacité du fils de Cromwell à gouverner. Cette restauration de la monarchie a été rendue possible par des négociations avec les dirigeants puritains. Les accords étaient contenus dans la Déclaration de Breda, qui garantissait la liberté de religion et la liberté du Parlement de faire des lois. Charles II, mauvais gestionnaire économique, avait des tendances absolutistes qui l'ont mis en conflit avec le Parlement. Il a également défendu le catholicisme contre l'anglicanisme. Tout cela a conduit à la dissolution du Parlement par Charles II. À sa mort, son frère Jacques II, catholique, est monté sur le trône. Il était soutenu par la noblesse conservatrice, car il devait lutter contre le duc de Monmouth, fils naturel de Charles II.
À cette époque, la société politique anglaise était divisée en deux : les conservateurs et absolutistes, qui représentaient la majorité de la Chambre des Lords, et les whigs, puritains bourgeois indépendants, qui défendaient la souveraineté du Parlement et dominaient la Chambre des Communes. La situation s'est compliquée en raison de la ligne absolutiste du roi. Lorsque le fils du roi, Guillaume d'Orange, défenseur du protestantisme, a débarqué en Angleterre, les conservateurs et les libéraux lui ont offert le trône. Jacques II a fui avec sa famille et Guillaume d'Orange est devenu le roi Guillaume III. Son règne a marqué une transition de la monarchie absolue à la procédure parlementaire, connue sous le nom de la Glorieuse Révolution, qui a signifié le triomphe des idées libérales. Durant ce règne, la séparation des pouvoirs a été établie, créant un équilibre entre la monarchie et les deux chambres.
Sur le plan socio-culturel, le début du XVIIe siècle a été marqué par une crise généralisée qui s'est manifestée dans tous les domaines de la vie. On a constaté une diminution de la population, de la production industrielle et du commerce, en raison d'impôts injustes qui touchaient surtout les plus démunis. La famine, les guerres et les épidémies ont augmenté. Finalement, la crise a été surmontée et a donné une impulsion importante au développement du capitalisme, faisant de l'Angleterre la première puissance européenne. La rivalité avec la France étant forte, une politique protectionniste a été mise en place, avec des taxes élevées sur les produits français pour empêcher leur importation. Par ailleurs, des monopoles commerciaux ont émergé, comme la Compagnie anglaise des Indes occidentales.
L'Acte de navigation de 1641 a conduit l'Angleterre à dominer la navigation de l'Atlantique.
Au niveau social, les banquiers ont pris de l'importance. La bourgeoisie et l'aristocratie ont réalisé qu'ensemble, elles avaient un grand pouvoir et ont travaillé de concert au développement économique. Cependant, le peuple était mécontent car les avantages profitaient surtout à la noblesse et à la gentry, ce qui a conduit à des conflits sociaux. Dans le domaine de l'agriculture, des améliorations ont été apportées grâce à une politique de clôture des champs. L'augmentation de la production a diminué la faim et favorisé les échanges.
Sur le plan culturel, on note l'écrivain John Milton, les peintres Van Dyck et Rubens, et les scientifiques Hooke, Newton (loi de la gravitation universelle et calcul) et Halley.
Sur le plan philosophique, on observe un déclin significatif de la philosophie scolastique. Un univers mécaniste apparaît, soutenu par les philosophes rationalistes, qui accordent une grande importance aux mathématiques. Il convient également de mentionner les progrès remarquables de la physique, basée sur des observations empiriques qui soutiennent l'empirisme philosophique. C'est dans ce contexte qu'émerge l'empirisme avec Locke, Hume et Berkeley, qui coexiste avec le rationalisme de Descartes, Spinoza et Leibniz, et les théories politiques de Hobbes. L'empirisme défend le caractère rationnel de l'homme et délimite le pouvoir suprême de Dieu, favorisant ainsi une plus grande tolérance religieuse et intellectuelle.
L'Œuvre de Locke
Dans son « Essai sur l'entendement humain », Locke manifeste sa préoccupation pour la connaissance, mais celle-ci semble être au service d'un objectif externe : orienter le comportement des êtres humains.
Il commence par réfuter l'existence des idées innées. S'il y en avait, elles s'exprimeraient sous forme de principes logiques ou moraux universels. Or, ces principes varient selon les époques et les lieux, et semblent davantage liés aux coutumes et à l'éducation. De plus, les enfants et les sauvages ne connaissent pas les principes de la logique, mais ressentent la douleur et le plaisir. Il n'y a donc pas d'idées innées.
Dans le second livre, il traite de l'origine des idées.
Les idées sont les contenus qui remplissent le « livre blanc » de notre esprit. Elles ne sont pas toutes identiques : il y a des idées simples et des idées complexes. Les idées complexes sont composées d'idées simples combinées.
La Pensée de Locke
Théorie de la Connaissance
Locke croit que toutes les idées simples proviennent de l'expérience, soit de la sensation, soit de la réflexion. Pour lui, les idées sont les objets de la pensée, tout ce que l'individu perçoit ou pense. D'où sa théorie de la connaissance, dite des représentants, selon laquelle l'idée devient un intermédiaire entre l'objet et l'esprit. Locke affirme que l'origine de la connaissance est l'expérience. Les idées sont tout ce qui est pensé dans l'esprit. Il distingue différentes sortes d'idées :
- Simples :
- De sensation : elles proviennent des qualités des objets extérieurs. Ces qualités, primaires et secondaires, peuvent être perçues par les sens.
- De réflexion : elles visent les états subjectifs de la conscience, les principaux événements de l'esprit (pensée et désir).
- Complexes : elles proviennent d'une combinaison d'idées simples. Elles peuvent être :
- De substance : comme l'idée du triangle. Elles peuvent être simples, lorsqu'une idée est extraite de multiples nuances, ou mixtes, composées de plusieurs idées complexes.
- De contenu : un ensemble de qualités ou d'accidents susceptibles de produire des idées en nous. Nos idées de substances particulières sont des combinaisons d'idées simples associées à l'expérience et désignées par un nom.
- De relation : elles proviennent de la comparaison de certaines entités.
- Abstraites : elles sont universelles, indépendantes des circonstances de lieu et de temps. Elles incluent les caractéristiques communes des objets. Ce sont des inventions de l'intellect. Locke adopte une position nominaliste à leur égard : les idées abstraites ont des noms, mais ce ne sont que des concepts.
Après ce classement, Locke s'interroge sur l'origine des idées. Il estime que l'esprit est une feuille blanche, sans idées, à la naissance. Toutes nos connaissances proviennent de l'expérience. Toutes nos idées dérivent finalement de la sensation ou de la réflexion, qui constituent l'expérience. Ainsi, Locke rejette l'existence des idées innées. Il reconnaît que les hommes ont un consentement universel, qu'ils sont tous d'accord sur la validité de certains principes, ce qui pourrait suggérer que ces principes ont été initialement imprimés dans l'esprit. Locke accepte ce consentement universel, mais s'y oppose et l'explique :
- L'accord de l'humanité peut être expliqué sans recourir à l'innéisme, par un appel à la convention.
- Même l'idée de convention n'est pas soumise à l'accord universel, car les enfants ne connaissent pas beaucoup de ces principes, qu'ils soient innés ou conventionnels. Quant aux principes moraux, tels que la justice, ceux qui les violent sont à peine nés.
Ainsi, Locke affirme que nous avons des tendances naturelles, mais pas d'idées innées. Ces tendances nous conduisent à accepter les principes mentionnés ci-dessus.
Locke distingue trois réalités : le moi, Dieu et les corps. L'existence du moi est certaine de manière intuitive, car les sens donnent à l'esprit la conscience de sa propre existence sans avoir besoin d'une idée intermédiaire. L'existence de Dieu est certaine par démonstration (par le principe de causalité, à la manière de saint Thomas). Et nous sommes certains de l'existence des corps sensibles.
Bien que Locke estime que l'expérience est à l'origine et la limite de la connaissance, il n'est pas cohérent avec ses propres affirmations lorsqu'il soutient le concept de cause, l'idée de substance, ou lorsqu'il explique la formation de l'idée de Dieu à partir de l'association d'idées simples.
Philosophie du Langage
Locke aborde les mots d'un point de vue nominaliste, poursuivant la tradition d'Ockham : il n'y a pas d'essences universelles, et les termes généraux ne sont que des noms qui représentent les caractéristiques communes que les gens perçoivent.
Théorie Politique
Locke croit que l'autorité des souverains ne provient pas de Dieu, mais d'un accord entre les hommes. Ces derniers vivaient libres dans l'état de nature, en vertu de la loi naturelle, qui impose le devoir et l'obligation de l'auto-préservation.
Selon Hobbes, dans l'état de nature, le plus fort domine, de sorte que les hommes sont constamment en guerre. La seule façon de vivre ensemble en harmonie est de soumettre les instincts de destruction à un roi ou à une assemblée. Le contrat social est nécessaire car l'homme est un loup pour l'homme.
Locke, quant à lui, affirme que dans l'état de nature, le droit naturel prévaut, mais l'homme a un certain nombre de propriétés et, pour assurer la survie, un contrat social est nécessaire. Le travail privé devient une propriété commune, et l'apparition de l'argent permet une accumulation illimitée. Des inégalités apparaissent, et personne n'est là pour assurer le respect de la loi naturelle, qui n'est pas suffisante. La nécessité de lois positives devient évidente. La constitution de la société civile exige non seulement un contrat social entre certains hommes, mais aussi la règle de la majorité. Si une règle ne suit pas la volonté de la majorité, elle sera justifiée et la violence tyrannique. Pour prévenir les abus, la meilleure solution est la séparation des pouvoirs : législatif (vote des lois), exécutif (pouvoir répressif) et fédéral (déclarer la guerre et signer la paix). Ces trois pouvoirs se surveillent mutuellement.
Pour Locke, l'homme est un animal social par nature, et la raison nous enseigne que tous les hommes naissent libres et égaux. Personne ne peut blesser autrui dans sa vie, sa propriété ou sa liberté. On ne peut utiliser autrui comme un moyen pour ses propres fins. Grâce à la raison naturelle, on se rend compte que l'état initial de la nature n'est pas la guerre, comme le prétend Hobbes, mais que les droits naturels (égalité, liberté et propriété) sont mieux protégés par un contrat social qui engloberait toute la société civile, la communauté politique et l'autorité.
Idée de la Tolérance
Pour défendre la tolérance, Locke rejette l'imposition de la religion et prône la séparation de l'État (laïcité). Dans le même temps, la préservation de la tolérance exige que personne n'obtienne de privilège par rapport au reste de la société. Locke limite également les droits des athées et des catholiques, et estime qu'il ne faut pas être tolérant avec les intolérants.