La Liberté : Libre-Arbitre, Déterminisme et Morale
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Synthèse du Cours : Les Trois Conceptions de la Liberté
Les trois grands points de ce cours, structuré autour de la question de savoir si la liberté est une illusion, traitent de manières différentes de concevoir la liberté humaine. Voici un résumé des différences fondamentales entre les parties I, II et III :
I. La Réalité du Libre-Arbitre
Objectif principal : Cette section défend l’idée que l’être humain possède le libre-arbitre, c'est-à-dire la capacité à faire des choix indépendamment de son instinct, de ses désirs ou de la raison.
Arguments en Faveur du Libre-Arbitre
- Indépendance vis-à-vis de l’instinct : Contrairement aux animaux qui suivent leurs instincts, les humains peuvent adopter des comportements contraires à la survie ou à leurs besoins naturels, ce qui montre leur capacité à choisir librement (ex. conduites à risque).
- Expérience du doute de Descartes : Descartes, avec son Cogito, montre que l'acte de penser prouve l'existence du libre-arbitre. L'être humain peut résister à la fois à ses sens et à sa raison pour faire un choix, ce qui démontre une forme de liberté (liberté d'indifférence).
II. Le Déterminisme
Objectif principal : Cette section soutient que le libre-arbitre est une illusion et que nos actions sont déterminées par des forces qui nous échappent, qu’elles soient biologiques, sociales ou psychologiques.
Arguments Déterministes
- Déterminisme biologique : Nos actions sont dictées par notre hérédité et notre nature biologique (ex. François Jacob).
- Déterminisme social : Nos choix sont influencés par la société et les conditions matérielles dans lesquelles nous vivons, comme l’explique Marx.
- Déterminisme psychologique : Selon Spinoza, nous suivons nos désirs et passions, ce qui montre que nos choix ne sont pas véritablement libres.
III. Liberté et Morale
Objectif principal : Cette partie postule que, malgré l'impossibilité de prouver rationnellement la liberté, la morale repose sur l'existence du libre-arbitre. La liberté est nécessaire pour être responsable de nos actions et agir moralement.
Arguments Liant Liberté et Morale
- Liberté comme postulat moral (Kant) : Pour que la morale ait un sens, il faut admettre que l'homme est libre, car il ne pourrait pas être tenu responsable de ses actions autrement.
- Expérience du devoir : L'homme a conscience de ses obligations morales, ce qui prouve qu'il est capable de résister à ses inclinations sensibles et d'agir conformément à la raison.
- Liberté comme autonomie : L’homme est véritablement libre quand il se donne ses propres lois morales (autonomie), ce qui lui permet d’échapper aux déterminismes biologiques, sociaux et psychologiques.
Différences Principales entre les Trois Parties
- Première partie : Défense du libre-arbitre humain et de sa capacité à faire des choix indépendamment de l’instinct ou de la raison.
- Deuxième partie : Négation du libre-arbitre, en montrant que les choix humains sont déterminés par des forces externes ou internes, comme la biologie, la société ou les pulsions.
- Troisième partie : Insistance sur la nécessité de postuler la liberté pour fonder la morale, même si cette liberté ne peut être prouvée de manière scientifique.
Ainsi, chaque partie propose une vision différente de la liberté, en soulignant soit sa réalité, son absence (déterminisme), ou sa nécessité morale.
Analyse du Libre-Arbitre chez Rousseau
Ce texte est un extrait du Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes écrit par Rousseau. Il est question de la liberté. À première vue, on pourrait penser que l’animal qui mène une vie sauvage et n’est pas sans cesse confronté à des interdits moraux et juridiques est plus libre que l’homme. Mais l’animal choisit-il sa façon de vivre ? Est-ce alors vraiment l’animal qui est plus libre que l’homme ou, comme le soutient ici Rousseau, l’homme, parce qu’il dispose du libre-arbitre, est-il plus libre que l’animal ? Pour Rousseau, la liberté se joue clairement au niveau de la volonté, et pas seulement au niveau de l’action extérieure.
Dans la première partie du texte, qui va du début du texte à « par acte de liberté », Rousseau compare l’animal et l’homme et présente le libre-arbitre comme ce qui les différencie. Dans la deuxième partie du texte, il prouve ensuite, à l’aide d’un raisonnement causal suivi de deux exemples, l’existence de ce libre-arbitre.
Première Partie : Comparaison Homme et Animal
Dans la première partie du texte, l’auteur compare le comportement de l’animal (première phrase) à celui de l’homme (deuxième phrase), avant de livrer sa thèse en indiquant la raison de leur différence (première partie de la troisième phrase).
L'Animal : Une Machine Ingénieuse
Pour Rousseau, l’animal se présente comme une « machine » qui peut sembler bien étrange. En effet, le propre d’une machine est de fonctionner de manière automatique. C’est ce qui la différencie de l’outil. Cependant, son autonomie n’est pas totale puisqu’il faut la programmer et lui fournir l’énergie dont elle a besoin pour fonctionner. L’ingéniosité fait, elle, référence à une certaine forme d’intelligence, d’inventivité. Il peut donc sembler étrange d’attribuer cette caractéristique à une machine qui fonctionne de manière mécanique, sans réfléchir. Si l'on dit que l’animal est une machine, c’est qu’il agit de manière mécanique, mais il est plus intelligent qu’un simple engin car il est capable de « se remonter [lui]-même » et de se « garantir […] de tout ce qui tend à le détruire, ou à le déranger ». Cela signifie qu’il est capable d’assurer sa propre survie, sa propre conservation, en répondant à ses besoins et en se protégeant des dangers qu’il peut rencontrer. Remarquons ici que Rousseau invalide l’approche de l’animal-machine développée par Descartes. Pourquoi l’animal est-il capable de survivre ? Rousseau l’indique en faisant référence aux « sens » que l’animal possède naturellement. Ceux-ci permettent non seulement de percevoir le monde extérieur, mais aussi, en provoquant le plaisir ou la peine, ils indiquent à l’animal ce qui est bon ou mauvais pour lui.
L'Homme : Agent Libre et Volontaire
Dans un deuxième temps, Rousseau aborde la question de l’être humain en insistant sur ce qui le différencie de l’animal. La différence tient à ceci qu’il y a quelque chose de plus en l’homme. Comme l’animal, il est capable d’assurer sa propre survie ; ses sens lui indiquent aussi ce qui est bon ou mauvais pour lui. Mais, si l’homme répond à ses besoins, c’est « en qualité d’agent libre », c’est-à-dire qu’il pourrait entendre les indications de ses sens mais ne pas les écouter. Donc, s’il le fait, c’est qu’il en décide et le choisit. Au contraire, l’animal subit ce que lui indique la Nature. Contrairement à ce qu’on pourrait penser au premier abord, à savoir que l’animal dispose d’une entière liberté d’action de par sa vie sauvage, l’homme est donc pour Rousseau plus libre que l’animal. Il se distingue moins par une intelligence et une habileté plus grandes, ainsi que le soutenait Descartes qui privait l’animal de tout esprit, que par sa liberté.
Le Rôle Déterminant de l'Instinct
Comment expliquer cela ? C’est à cette question que Rousseau répond dans le troisième temps de la première partie du texte, en faisant référence à l’instinct. En effet, qu’est-ce que l’instinct ? Il y a un point commun entre agir spontanément et agir par instinct. Dans les deux cas, j’agis de manière automatique, sans réfléchir et en me fiant à ce que je ressens. Mais tous les comportements spontanés ne sont pas des comportements instinctifs. Une attitude instinctive est :
- innée et non acquise ;
- un comportement naturel et non pas culturel ;
- orientée vers la survie de l’individu ou de l’espèce.
Ces trois caractéristiques permettent de comprendre qu’un comportement instinctif n’a rien d’un comportement libre. Le comportement instinctif nous est imposé par la Nature en vue d’une fin fixée par avance, alors que l’homme dispose de la capacité à s’autodéterminer, à choisir ses propres lois, en bref du libre-arbitre. La différence entre l’homme et l’animal est donc radicale.
Justification de la Thèse
À ce stade du texte, la thèse de l’auteur est donc clairement énoncée. Reste cependant une question simple : Comment justifier une telle affirmation ? C’est ce que s’attache à montrer la deuxième partie du texte.