Luigi Pirandello : Biographie et Analyse de Six Personnages en Quête d'Auteur

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1. Biographie de l'Auteur

Luigi Pirandello (Agrigente, Sicile, Italie, 28 juin 1867 – Rome, 10 décembre 1936) fut un célèbre dramaturge, romancier et nouvelliste italien, lauréat du Prix Nobel de littérature en 1934.

Fils de Caterina Ricci Gramita et Stefano Pirandello, un marchand issu de la classe moyenne investie dans l'industrie du soufre. Stefano Pirandello et Caterina Ricci-Gramita étaient tous deux fortement et activement impliqués dans le mouvement du « Risorgimento » pour l'unification démocratique de l'Italie.

Le sentiment de déception qu'éprouvèrent ses parents face à la réalité de l'Italie unifiée après sa création, une réalité traumatisante, permit à Pirandello d'extraire une grande partie de l'atmosphère émotionnelle qui caractérise ses écrits, notamment dans son roman « Jeunesse et Vieillesse » (1913). Il est également possible que le sentiment de trahison et de ressentiment inculqué par la disproportion entre les idéaux et la réalité ait nourri son essai « L'Humour » (1908).

Pirandello reçut son éducation initiale à la maison. À l'âge de douze ans, il écrivit sa première tragédie, jouée avec ses sœurs et des amis. Il s'inscrivit ensuite dans une école technique dont l'éducation fut complétée par l'étude des humanités au gymnase, domaine qui correspondait davantage à ses affinités.

Il passa son enfance entre Agrigente et Porto Empedocle, mais en 1880, la famille s'installa à Palerme. C'est à Palerme qu'il termina le lycée et se plongea dans la lecture de la poésie italienne du XIXe siècle, notamment celle de Graf et Carducci, période durant laquelle il commença à écrire ses premiers poèmes. Durant cette période, sa relation avec son père devint trouble, tandis qu'il se rapprochait émotionnellement de sa mère, une relation qui évolua vers une véritable vénération, atteignant son apogée après la mort de Caterina dans le roman « Quand on est quelqu'un » (1915).

En 1886, lors de vacances passées à visiter les mines de soufre, Luigi commença à travailler avec son père. Cette expérience fut essentielle pour son œuvre, et ses observations se reflétèrent dans des nouvelles comme « La Fumée », « Ciàula découvre la lune », et « Jeunesse et Vieillesse » (1913).

Pirandello s'inscrivit à l'Université de Palerme dans les facultés de Droit et de Littérature. En 1887, il rejoignit l'Université de Rome, où il fit un bref séjour difficile, puis poursuivit ses études à Bonn, en Allemagne, obtenant son doctorat le 21 mars 1891. Il retourna bientôt en Italie.

Le 27 janvier 1894, il épousa Maria Antonietta Portulano et publia son premier recueil de nouvelles, « Amour sans amour » (1894).

À partir de 1897, il enseigna la littérature italienne à l'Institut de l'Éducation. Un cataclysme endommagea la mine de soufre, provoquant de graves problèmes économiques et une dépression sévère. En conséquence, en 1904, il publia son roman « Le défunt Mattia Pascal » (1904), basé sur cette expérience traumatisante.

Dans les années vingt, après une approche progressive du Parti National Fasciste italien, qui était arrivé au pouvoir après la Première Guerre mondiale, il demanda son adhésion directe à Mussolini en 1924. Par la suite, le parti le nomma président de l'Accademia d'Italia, poste qu'il quitta pour se consacrer davantage à l'art qu'à la politique.

Enfin, en 1934, il remporta le Prix Nobel en reconnaissance de sa longue carrière de romancier et de dramaturge.

2. Œuvre : Six Personnages en Quête d'Auteur

2.1 Situation et Style

Six personnages en quête d'auteur (1921) fut écrit à Palerme et est, comme toutes ses œuvres, étroitement lié au contexte social et historique de l'époque. L'œuvre fut créée un an avant l'ascension de Mussolini au pouvoir en 1922, dans une atmosphère de controverse politique entre la fin du royaume d'Italie et la montée du fascisme.

Avec cette pièce, Pirandello opère un changement radical dans le théâtre italien. Réagissant contre le drame naturaliste de la seconde moitié du XIXe siècle, il brise les barrières de l'espace-temps, attirant l'attention sur l'homme moderne et révélant le caractère grotesque de la vie humaine.

Cette œuvre appartient à la trilogie « Le Théâtre dans le Théâtre » ou, comme certains critiques insistent, « Le Théâtre de Verre », composée de Six personnages en quête d'auteur, Ce soir on improvise et Chacun à sa manière. Toutes introduisent un nouveau point de vue qui dépasse la scène du théâtre, voire le bâtiment, en s'immisçant dans leur propre vie. Cette vie prend le plateau dans une improvisation en dehors des acteurs et des scénarios ; les acteurs, metteurs en scène, machinistes, etc., deviennent eux-mêmes des personnages. Le but est de refléter au public la manière de trouver son propre moi, les acteurs servant de miroir dans lequel le public se reconnaîtra.

Cette œuvre n'a ni actes ni scènes traditionnels, mais elle est structurée en trois moments distincts, avec deux interruptions précises : lorsque le Père et le Directeur quittent la scène pour entendre l'histoire dans le foyer, et lorsqu'un machiniste fait tomber le rideau par erreur après la scène dans la maison de Madame Pace.

Deux groupes distincts sont présents sur scène :

  • La troupe en répétition : où se trouvent le Père, la Mère, la Belle-fille, le Fils, la Fille et le Garçon.
  • Le groupe de la compagnie : composé des acteurs et actrices, du metteur en scène, du machiniste, etc.

2.2 Argument

La pièce commence dans un théâtre où les acteurs et actrices d'une compagnie répètent une œuvre (curieusement, une pièce de l'auteur lui-même). Sous la direction du metteur en scène, ils commencent à jouer la scène qu'ils doivent représenter. Peu de temps après le début de la répétition, une irruption se produit : un groupe de personnages, menés par le Père, entre sur scène et interrompt le metteur en scène. Ces personnages sont à la recherche d'un auteur pour leur drame.

Après plusieurs discussions, le Directeur accepte d'écouter et d'expliquer leur histoire. Il s'agit d'eux : des personnages d'un drame que leur auteur n'a pas voulu ou n'a pas pu transposer dans le monde de l'art.

Les personnages révèlent habilement et progressivement leurs sentiments mutuels, créant un climat d'intérêt pour la compagnie, qui finit par « accepter » de prendre en charge la paternité de l'œuvre.

L'histoire des personnages est la suivante :

Le Père était marié à la Mère et ils avaient un Fils. Le Père avait une secrétaire très dévouée avec qui la Mère entretenait une relation basée sur une confiance totale. Un jour, le Père renvoya la secrétaire par jalousie. Loin de là, la Mère se retrouva désorientée, triste et vide. Voyant cela, le Père, expulsé de sa maison car il ne supportait pas de la voir ainsi, renvoya également son ancienne secrétaire. Le Fils, resté avec eux, s'éloigna de la jeune fille qu'il aimait pour la rattraper. Le nouveau couple formé par la Mère et l'ancien secrétaire vécut dans une autre ville et forma une nouvelle famille composée de la Belle-fille (issue de la relation entre la Mère et le secrétaire), de la Fille et du Garçon. Le Père, tourmenté par la solitude et le vide, rendit visite incognito à sa Belle-fille lorsqu'elle n'était qu'une enfant, mais perdit la trace de la famille lors de voyages d'affaires dans une autre ville.

Le drame commence lorsque l'ancien secrétaire meurt, et cette nouvelle famille tombe dans la pauvreté, forcée de retourner dans la ville d'où elle venait. Là, la Mère travaille comme couturière pour Madame Pace, qui, sous couvert de services pour dames élégantes, tenait en réalité une façade pour une maison close. Madame Pace força la Belle-fille à se prostituer pour excuser le mauvais travail de couturière effectué par sa mère, ignorant totalement la situation. C'est alors que le Père, client régulier des lieux, rencontre par hasard et sans la reconnaître sa Belle-fille après tant d'années. La Mère les découvre alors, ce qui déclenche le drame. Le Père, désolé, accueille toute la famille chez lui, y compris son Fils qui était revenu de ses études.

Le Directeur est intéressé par le théâtre et les invite à l'accompagner au foyer où ils souhaitent détailler l'histoire. C'est la première interruption dans l'œuvre de Pirandello.

De retour de l'entracte, tous se mettent en place comme le demande le Directeur, ainsi que la Belle-fille et le Père, pour représenter la scène de la rencontre dans la maison de Madame Pace. Le Directeur exprime son intention de dramatiser l'histoire avec les acteurs de sa compagnie, mais les personnages s'y opposent, arguant qu'eux seuls sont les mieux placés pour jouer leur drame puisqu'ils l'ont vécu et qu'ils en sont la création. Dans cette scène intervient un personnage nécessaire, Madame Pace, qui est « appelée » sur scène par le Père avec un chapeau, une action qui provoque la colère de la Mère en voyant la personne qui a directement causé tant de peine entre eux.

Après avoir observé cette scène, les acteurs de la compagnie tentent de la jouer, mais sous le regard très critique du Père et de la Belle-fille, qui interrompent la scène finale pour l'interpréter eux-mêmes et décident de montrer leur version au Directeur. Suite à une erreur du machiniste, le rideau tombe, marquant la deuxième pause dans l'œuvre.

La dernière partie commence avec le « deuxième acte du drame », la scène dans la maison du Père.

Le Directeur souhaite représenter le jardin de la maison, même après les critiques du Père et de la Belle-fille. Ils continuent d'utiliser un langage philosophique plutôt qu'artistique, tentant de convaincre le Directeur de la plus grande valeur de leur réalité de personnages à interpréter dramatiquement par rapport à la réalité des acteurs.

Le récit de la scène reprend. Le Fils exprime son intention de quitter la scène pour éviter toute implication dans le drame, mais une force invisible et cachée l'empêche de descendre les escaliers, l'obligeant à jouer la scène avec sa Mère dans le salon de la maison.

La Belle-fille exhorte le Garçon, son frère, à jouer également la scène vécue, et le place derrière un arbre dans le jardin, mais étrangement, il tient un fusil.

Le dénouement : Après la scène dans le salon avec sa Mère, l'enfant sort dans le jardin, où il découvre la Fille noyée dans la piscine, et le Garçon qui le regarde avec des yeux fous derrière l'arbre. Le Fils, témoin de cette scène, se précipite d'abord vers le Garçon, mais un coup de feu retentit derrière l'arbre et le Garçon meurt.

Finalement, à la consternation des acteurs et actrices qui découvrent que le Garçon est réellement mort et non seulement dans la fiction, ils quittent la scène, ne laissant que le Directeur stupéfait. Ensuite, les personnages apparaissent sur scène, éclairés par les projecteurs, et le Directeur constate que toutes les ombres sont projetées, à l'exception de celles du Garçon et de la Fille, ce qui choque également la salle. La Belle-fille quitte également la salle en s'esclaffant avec une touche de folie.

2.3 Les Personnages

Père

Il est dans la cinquantaine, dégarni, avec des cheveux roux, une moustache, un front large et des yeux bleus pénétrants. Il porte un pantalon clair et une veste foncée.

Son caractère est profond, difficile et critique. Il soulève de nombreuses questions existentielles et est déterminé à faire représenter son drame, sa mission. Il représente le remords pur pour la douleur infligée à sa Belle-fille, et tente de réparer ses erreurs en accueillant la famille à la maison.

Mère

En deuil, très triste, elle est la nature même de l'œuvre. Elle semble aussi mue sur scène par les autres personnages, mais elle n'est pas vraiment consciente ou ne veut pas l'être de devoir répondre à une mission, sentiment très prononcé chez le Père et la Belle-fille.

Elle souffre énormément de tous les malheurs qui lui sont arrivés, à elle et à sa famille, et représente la plus grande part de la douleur.

Belle-fille

Très belle, également en deuil. Elle éprouve un grand sentiment de vengeance contre la figure du beau-père (le Père). Elle manifeste une profonde répulsion envers le Fils, son frère, professe une grande affection pour la Fille, sa sœur, et de l'indifférence et du rejet envers le Garçon, son frère. Elle est très critique envers la manière dont le Directeur mène le drame, et la plupart de ses remarques sont sarcastiques à son égard. Elle dirige le drame de son histoire, pensant, d'un point qui frôle la folie, ce que démontre son dernier mouvement en quittant la salle en riant.

Fils

Vingtenaire, fier, il affiche des sentiments différents envers les autres personnages. Il montre un manque de respect envers son père, peut-être par ressentiment d'avoir été envoyé étudier hors de la maison familiale avec l'amour de la progéniture. Il est indifférent et distant envers sa mère à cause de leur année de séparation, et refuse de parler de ce qui s'est passé. Il se comporte avec mépris envers ses autres frères et sœurs, les considérant comme des intrus dans sa vie.

Fille

Vêtue de blanc, elle a un air d'innocence et d'incompréhension.

Il est à noter que ce personnage, comme le Garçon, ne parle pas durant toute l'œuvre ; ils « sont » simplement là jusqu'à ce qu'ils soient physiquement impliqués dans l'issue de l'histoire. Elle dégage un air de tristesse.

Garçon

Également vêtu de noir. Il n'est pas impliqué oralement dans l'œuvre, comme la Fille.

On peut dire que c'est un garçon traumatisé, et distant, mais à son tour sombre, comme en témoigne le malaise produit par les acteurs et actrices de la compagnie lorsqu'ils le regardent simplement de derrière l'arbre lors de la scène finale.

3. Conclusion

La pièce manque d'un tracé linéaire ; la séquence des actions et/ou des scènes suit une logique imposée par les personnages eux-mêmes. De plus, elle joue avec tout l'espace, l'intérieur et l'extérieur, et les personnages apparaissent et disparaissent de la scène, ce qui représente une mise en abyme théâtrale. Ainsi, Pirandello rompt la continuité et l'idée classique du théâtre, pour présenter quelque chose de nouveau : sa propre vie avec le sentiment de ne pas assister à un spectacle, mais plutôt à une réalité palpable qui nous fait participer.

Toute l'action est fortement marquée par les sentiments des personnages les uns envers les autres, où la vengeance, le remords, la douleur, l'indifférence et la déférence font leur apparition à tout moment. Le spectateur sort de l'œuvre sans être pleinement conscient de ces sentiments, sans les comprendre vraiment. La douleur de cette Mère est remarquable, tout comme le remords du Père pour ses actions, qui semble parfois chercher l'expiation de ses péchés par la représentation finale de la pièce. On note aussi l'indifférence de l'Enfant envers sa Mère, à qui il ne montre aucune valeur ou appréciation, et ainsi de suite.

Il est également intéressant de noter que les autres personnages de la pièce, les acteurs et actrices de la compagnie, n'ont, à mon avis, pas la charge « vivante » et frappante du caractère des personnages principaux. Ils sont créés pour et vivent leur drame sans autre but apparent. Ces acteurs et actrices ne font que commenter avec des remarques acerbes leur metteur en scène, tout en assistant à l'histoire des personnages avec admiration et vide. Le manque de vie est souligné lorsque le Père insiste auprès du Directeur sur le fait que ceux qui peuvent le mieux interpréter leur histoire sont eux-mêmes, les personnages, car ils ont été créés pour vivre cette histoire. Personne ne peut la faire à leur place, même si l'on sait qui l'on est.

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