Le Manifeste d'Adieu d'Alphonse XIII et la Chute de la Monarchie

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Alphonse XIII : Le Manifeste d'Adieu (1931)

Note Contextuelle sur le Document Politique

Ce document politique circonstanciel est le manifeste d'adieu au pays de D. Alphonse XIII. Le roi l'a fait lire par les membres de son gouvernement lors de la dernière réunion du Cabinet de son règne, le 14 avril 1931.

Le manifeste a été préparé suivant les ordres du monarque par le Duc de Maura, alors ministre du Travail. Après le conseil, le roi quitta Madrid pour Carthagène, où un navire l'emmena en exil. Quelques jours plus tard, sa femme et ses enfants le rejoignirent en France par le train. Ce même matin, le quotidien ABC publia le manifeste.

Analyse du Manifeste et Définitions Clés

Comme on peut le voir à sa lecture, Alphonse XIII n'abdique pas et ne renonce pas à la couronne. Il utilise la formule de « suspendre l'exercice du pouvoir royal ».

Pour comprendre le texte, nous devons définir les termes suivants :

  • Manifeste : Une déclaration publique sur des intentions politiques.
  • Alphonse XIII : Roi Bourbon d'Espagne, au pouvoir de 1902 (à 16 ans) jusqu'à la proclamation de la Seconde République en 1931.
  • Prérogatives : Privilèges dont dispose une personne en charge.

Contexte Historique du Règne d'Alphonse XIII

Le règne d'Alphonse XIII fut frustrant pour lui et pour la plupart des Espagnols. Dès l'âge de 16 ans, il s'arrogea le droit d'être roi, mettant fin à la régence de sa mère, une période déjà critique pour l'Espagne.

Ce règne fut frustrant car l'héritage du passé fut transmis intact à la Deuxième République, sans que les problèmes ne soient résolus, menant finalement à la sanglante Guerre Civile Espagnole de 1936. Il est aisé de comprendre la déception du roi lorsqu'il quitta le sol espagnol pour la dernière fois, réfléchissant au peu de résultats obtenus durant son règne. Bien qu'il n'en fût pas le seul responsable, il en était le principal acteur.

Commentaire sur les Défis du Règne

Les Problèmes de l'Espagne au Début du Règne

Avant de prêter serment à la Constitution, le roi a identifié les problèmes majeurs de l'Espagne :

  • La réforme sociale.
  • L'armée et la marine (manque de navires).
  • Les gouverneurs et les maires qui n'appliquaient pas la loi.
  • La perturbation des services publics.
  • La relance de l'économie.
  • Les germes sécessionnistes.

Malgré son jeune âge, il montrait une connaissance étonnante de la complexité des problèmes espagnols. Le roi ne mentionne pas la question religieuse, bien que Canalejas ait soulevé la question cléricale. Le clergé, peu nombreux, montrait une faible sensibilité aux conditions de vie injustes de la classe ouvrière, ce qui a provoqué une haine du clergé.

La majorité des travailleurs espagnols, agricoles et industriels, vivaient dans des conditions de travail précaires et douloureuses, sans espoir d'amélioration. Avec un taux élevé d'analphabétisme, leurs luttes n'étaient pas structurées comme les luttes syndicales européennes. Elles étaient plus radicales et utopiques, cherchant des solutions immédiates, et il était courant d'utiliser la violence pour détruire l'injustice.

L'Émergence de Nouveaux Leaders et les Réformes

Le début du règne d'Alphonse XIII coïncide avec une nouvelle situation au sein du système de partis qui avait fonctionné depuis la Restauration. La mort de Sagasta et l'assassinat de Cánovas en 1897 mirent fin à l'alternance permanente, donnant naissance à des groupes avec leurs chefs respectifs au sein des Partis Libéral et Conservateur.

Les nouveaux politiciens (Maura, Canalejas, Dato...) promurent des réformes régénérationnistes dans l'action gouvernementale pour l'Espagne. Maura voulait raviver la conscience publique pour identifier la véritable Espagne et devait mettre fin au caciquisme. Canalejas, du Parti Libéral, insista sur cette approche.

Entre 1902 et 1907, il y eut une succession de gouvernements conservateurs et libéraux. Il faut également souligner les mesures économiques prises par le conservateur Fernández Villaverde et la confrontation entre l'armée et le nationalisme catalan. La tension croissante de l'armée répondait à un complexe de culpabilité et d'inefficacité après la catastrophe coloniale. Ils réclamèrent qu'un pays de droit supposé des crimes contre le pays et l'armée soient jugés en cour martiale en vertu de la loi militaire.

L'Alternance et les Crises (1907-1912)

Entre 1907 et 1912, l'alternance entre Libéraux et Conservateurs se poursuivit. À cette période appartient le développement de la loi-cadre sur l'administration locale. Le travail de Maura aboutit à une réforme législative et à la promotion des industries, des communications maritimes et de la colonisation interne.

En 1909, suite aux conflits à la frontière de Melilla, des forces furent recrutées, ce qui provoqua le désaccord des Républicains et des Socialistes, menant à de graves troubles à Barcelone (la Semaine Tragique). Maura, sous la pression du roi, dut démissionner.

Durant la période 1909-1912, Canalejas fut le protagoniste de la lutte pour soumettre l'Église et ses institutions au contrôle de l'État et du droit civil. La célèbre « Loi du Cadenas » (Verrouillage) interdit la création de nouveaux établissements religieux. D'autres mesures progressistes furent prises : la décentralisation et la suppression du rachat au comptant du service militaire. Pour gagner l'amitié des organisations de travailleurs, il mit en place l'arbitrage de l'État dans les conflits sociaux et du travail, mais cela n'empêcha pas les grèves menées par le syndicat anarchiste CNT. En 1912, Canalejas fut assassiné par un anarchiste. Dès lors, la crise des partis dynastiques s'accentua.

La Crise de 1917 et la Fin du Système Canoviste

Le déclenchement de la Première Guerre Mondiale, durant laquelle l'Espagne resta neutre, apporta d'importants bénéfices à l'économie espagnole grâce à l'approvisionnement des pays en guerre. Cette prospérité, cependant, fut inégalement répartie : elle renforça la grande entreprise et la bourgeoisie, mais condamna de nombreux Espagnols à la misère en raison de la hausse excessive des prix.

Avant la fin de la guerre, survint la grande crise de 1917, aux lourdes conséquences socio-politiques. Cette agitation sociale fut rejointe par des troubles politiques contre le gouvernement conservateur dirigé par Eduardo Dato. En juillet 1917, une assemblée de parlementaires se réunit à Barcelone, à la demande du régionaliste Cambó, avec une présence libérale, républicaine et socialiste. Cette assemblée proposa de convoquer des élections pour une Assemblée Constituante, mais elle eut peu de suivi.

Les militaires étaient mécontents des différences de traitement entre ceux du continent et ceux d'Afrique. Ainsi naquirent les Juntes de Défense, qui défendaient un programme de réforme et soutenaient la proposition de renouvellement de l'assemblée de Barcelone. En août, l'UGT et la CNT préparèrent une grève générale pour promouvoir un changement fondamental du régime politique, comme en témoignent les écrits de Julián Besteiro.

La Dictature de Primo de Rivera (1923-1930)

Après 1921, à cette perspective critique s'ajouta le malaise provoqué par la censure de l'armée suite à la Catastrophe d'Annual (Maroc), qui fit plus de 12 000 soldats morts. Le 13 septembre 1923, le Capitaine Général Primo de Rivera donna un coup d'État militaire, marquant la fin définitive du système canoviste. Il y eut suspension de la Constitution de 1876 et de la vie parlementaire. Le roi acquiesça à la situation imposée, créant un divorce entre la Couronne et la classe politique.

Sur le plan économique, la dictature se concentra sur les investissements publics et l'amélioration des communications, intensifiant un vaste réseau d'écoles et de formation professionnelle. Des monopoles furent établis, comme la compagnie de téléphone ou Campsa.

L'équilibre politique fut le point le plus faible : après la chute de la dictature, le monarque fut jugé comme « primoriveriste ».

Vers la Seconde République

Le nouveau gouvernement du Général Berenguer fut incapable de corriger les altérations produites par la dictature. Ces événements préparèrent l'avènement de la Deuxième République. Durant le mandat de Berenguer, fut signé le Pacte de San Sebastián, par lequel les Républicains, les Socialistes et les nationalistes catalans de gauche s'unirent pour renverser la monarchie. Ils durent faire face au coup d'État manqué qui coûta la vie aux militaires Galán et García Hernández.

Ceci fut un symptôme du manque de vision de la gravité du moment, car les ministres entourant le roi ne voyaient pas le besoin urgent de réformes dans le système politique espagnol. En février 1931, le gouvernement passa sous la direction de l'Amiral Aznar, chargé de convoquer les élections municipales du 12 avril.

Les Élections du 12 Avril et le Départ du Roi

Le manifeste d'adieu d'Alphonse XIII fait référence à la tenue des élections du 12 avril. Ces élections montrèrent qu'il n'avait plus l'amour de son peuple. La proclamation de la Deuxième République ne fut pas le modèle d'une procédure judiciaire, mais la conséquence d'un vote populaire massif contre la monarchie.

Idée Principale, Conclusion et Portée du Texte

Le texte marque la chute de la monarchie. En conclusion, nous considérons la responsabilité du roi dans cet échec.

L'échec fut causé par plusieurs facteurs :

  • Le fossé entre une petite oligarchie (industrielle, financière et propriétaire terrienne) et la majorité des travailleurs (industriels et surtout agricoles) qui cherchaient désespérément à améliorer leurs conditions de vie.
  • Le stress et les tensions générées par les problèmes graves, comme la question marocaine.
  • Le rôle des caciques qui empêchaient le vote de prendre sa véritable dimension dans un système parlementaire. Ce système, basé sur le clientélisme, alimentait l'apathie traditionnelle, la picaresque et l'inertie de la part des Espagnols.

Il est vrai qu'Alphonse XIII fut incapable de briser la barrière de la politique officielle et polie qui l'entourait, de communiquer avec la triste réalité des Espagnols et d'assurer la participation des partis de gauche et de l'opposition. Cependant, ces derniers n'essayèrent pas non plus de stabiliser la situation et cherchèrent plutôt à imposer des solutions radicales. Le roi consentit alors à une dictature, accueillie par un peuple fatigué du désordre et de l'inefficacité.

N'oublions pas qu'il était de son devoir de promouvoir la réforme constitutionnelle. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas juger son comportement démocratique avec la conception de la démocratie d'aujourd'hui ; il était un roi de son temps.

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