Le modèle de décentralisation autonome en Espagne
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Le modèle autonome espagnol
C'est la manière dont l'Espagne est décentralisée politiquement ; c'est un modèle ouvert. Le point de départ en 1977-1978 était un État unitaire centralisé jusqu'à ce que la Constitution soit approuvée. Les tribunaux qui se forment sont ceux qui composent la Constitution. À ce stade, personne n'est obligé de décentraliser, mais le texte permet d'exiger l'autonomie. Si l'on souhaite décentraliser, il existe un choix entre trois chemins.
Il y a trois types de routes :
La première voie (Article 143)
Nous sommes dans une phase ascendante et personne n'est obligé d'y souscrire ou non. Cela mène à moins d'autonomie ou moins de décentralisation ; ce chemin est le plus facile de tous, mais il possède certaines caractéristiques :
- Nous pouvons nous arrêter à mi-chemin et y rester.
- Nous pouvons choisir de prendre toute l'autonomie ou de ne prendre que ce qui nous intéresse.
- Il y a la possibilité d'obtenir, à la fin, un peu plus de la route, comme pour les îles Canaries.
Ensuite, les municipalités et les provinces appelant à l'autonomie font partie des 50 provinces, les Canaries étant les dernières. L'organisme de réglementation provincial est appelé le conseil de comté (Diputación) dans la péninsule, tandis qu'aux îles Canaries, il s'agit de l'organe du Commonwealth (Cabildo). Pour être efficace, il faut déposer un rapport indiquant la volonté de passer par l'article 143 pour atteindre l'autonomie. Ce sont les exigences initiales de la province ; c'est ce qu'on appelle l'auto-initiative (IA).
Alors que la Constitution autorise une province à atteindre l'autonomie seule ou avec d'autres (en s'alliant aux provinces limitrophes), une fois que le premier conseil a tenu le premier accord, celui-ci a une durée de 6 mois. Si, dans les six mois, le processus n'est pas terminé, les provinces et les municipalités reviennent au point de départ et doivent attendre cinq années avant d'essayer de nouveau. Une fois le processus terminé, il faut rédiger les Statuts d'autonomie. Le Statut est la loi suprême de la communauté et est soumis uniquement à la Constitution. Cette loi fixera le nom à utiliser, la capitale et les compétences de la communauté, qui peuvent être d'ordre législatif ou exécutif.
La deuxième voie (Article 151)
La seconde manière est celle de l'article 151. Les trois voies ont le même plan, mais nous comprenons qu'en nous déplaçant vers la droite, nous obtenons plus de pouvoirs législatifs. Le chemin de l'article 151 offre plus d'autonomie ; il n'est pas possible de s'arrêter à la simple décentralisation administrative. Il est obligatoire de poursuivre le processus, alors que dans l'article 143, on peut s'arrêter.
Le problème avec cette voie est qu'il faut d'abord surmonter un premier référendum, puis un second. La difficulté réside principalement dans le premier. Pour réussir et « desserrer le nœud », il faut obtenir 50 % + 1 (ce qu'on appelle la majorité absolue) du recensement, province par province. L'idée initiale du gouvernement était que toutes les régions passent par l'article 143. Le deuxième référendum sert à adopter le statut.
La troisième voie (DT2)
Nous appelons cette troisième voie DT2 (deuxième disposition transitoire de la Constitution). Son nom est « disposition » et non « article » pour diverses raisons. À la fin de la Constitution, on trouve des dispositions supplémentaires pour la régulation de situations permanentes, mais elles ne touchent pas toute l'Espagne car elles sont privées ; c'est pourquoi on ne les appelle pas des articles. Les dispositions transitoires régissent une situation particulière mais non permanente, car elles s'épuisent une fois appliquées. La DT2 est conçue exclusivement pour la Catalogne et le Pays basque. La DT2 stipule que les communautés ayant bénéficié d'une autonomie par le passé peuvent accéder au même niveau d'autonomie que celui de l'article 151 sans référendum. Les seules régions ayant eu une autonomie par le passé étaient la Catalogne et le Pays basque.
Le cas de la Navarre
La Navarre constitue une quatrième voie qui ne figure pas sur notre tableau initial. Elle a été élevée à l'autonomie, mais ni par la voie 143, ni par la 151. L'autonomie a été réalisée par une loi d'amélioration de la Charte (Fuero). La juridiction (fuero) est un mot qui signifie privilège, révélateur de l'État absolu.
Progressivement, les tribunaux sont tombés en désuétude jusqu'à atteindre l'État de droit. La Navarre respecte sa juridiction propre et ne suit pas le processus emprunté par les autres communautés.
Le cas des îles Canaries
Les Canaries ont obtenu une large autonomie via l'article 143, mais cela s'est fait par accident car certaines municipalités ont mal géré le dossier, non par ignorance mais par stratégie politique. Alors que la situation oscillait entre l'article 143 et le 151, en référence au cas de l'Andalousie, le choix s'est finalement porté sur l'article 143.
La LOTRACA (Loi Organique de Transfert de Compétences aux Canaries) apporte des garanties, avec deux différences majeures :
- D'une part, les compétences de la LOTRACA sont réversibles : l'État peut les retirer.
- Les pouvoirs sont soumis à un contrôle de l'État. L'État contrôle l'usage que les Canaries font de ces compétences.