Proche et Moyen-Orient : Conflits et enjeux (1918-Aujourd'hui)

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I. La situation au Proche et Moyen-Orient (1918-1956)

A. Les origines des conflits

1. Une position stratégique

La région que composent le Proche-Orient (contour sud et sud-est de la Méditerranée) et le Moyen-Orient (golfe Persique et Mésopotamie) est stratégique pour plusieurs raisons :

  • Sa position au carrefour de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie en fait une zone très fréquentée dans les échanges, concentrés autour de détroits stratégiques (Bosphore, Dardanelles, Ormuz, canal de Suez).
  • Sa richesse naturelle, notamment en pétrole, première source d'énergie mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale. Il joue à la fois le rôle de facteur d'intégration pour la région mais aussi d'instabilité.

2. Une région très divisée

Depuis la fin de l'Empire ottoman, démantelé par le traité de Sèvres en 1920, les nationalismes jusqu'alors balbutiants peuvent s'exprimer, favorisés par le découpage européen qui crée la Turquie indépendante, des protectorats britanniques (Irak, Transjordanie, Palestine) et français (Syrie et Liban).

En plus des divisions nationales, il existe aussi des clivages culturels et religieux dans la région :

  • Du point de vue culturel, la région se compose de trois ensembles : le monde arabe, turc et iranien.
  • Du point de vue religieux, la région est le berceau des monothéismes, avec les villes saintes de Jérusalem, La Mecque et Médine. Cependant, même au sein des musulmans, il existe une division entre sunnites (majoritaires) et chiites (minoritaires, sauf en Irak). Des communautés juives et chrétiennes sont disséminées partout dans la région.

3. Le sort des aspirations nationales

La région du Moyen-Orient suscite par sa diversité de nombreuses aspirations nationales :

  • D'une part, la volonté du panarabisme de créer un État rassemblant tous les Arabes. Cette volonté est soutenue par l'Europe.
  • D'autre part, le mouvement sioniste, fondé en 1897, qui cherche à fonder un État juif en Palestine. Ce mouvement est soutenu par les Britanniques pendant la Première Guerre mondiale (avec la déclaration Balfour de 1917).

Pourtant, au lendemain de la guerre, aucun des deux projets ne voit le jour : plusieurs États arabes sont créés et contrôlés par les puissances européennes, tandis que le foyer juif perd le soutien du Royaume-Uni.

B. La création d'Israël et la fin de la domination européenne

1. La création d'Israël

Ce n'est qu'après le génocide des Juifs par les nazis que le mouvement sioniste obtient gain de cause auprès de l'ONU qui décharge le Royaume-Uni de l'organisation d'un foyer juif :

  • L'ONU propose un premier plan de partage de la Palestine en 1947. Celui-ci accorde 56% de la Palestine à l'État d'Israël et est soutenu par les deux Grands. Malgré l'opposition des Palestiniens et des Arabes, Israël est fondé le 14 mai 1948.
  • Les pays arabes (Égypte, Syrie, Transjordanie, Liban) attaquent Israël dès sa création, mais avec le soutien américain, Israël prend l'avantage et gagne 78% du territoire et Jérusalem-Ouest en 1949.

Les États arabes s'organisent alors dans la lutte contre Israël comme une raison d'être, incarnée dans la Ligue arabe de 1945.

2. La crise de Suez (1956) : fin de la domination européenne

En 1954, le nouveau président égyptien Nasser décide de moderniser son pays dans un modèle « socialiste » de développement. Devant le refus des États-Unis de lui accorder un soutien financier, il nationalise la Compagnie du canal de Suez, propriété britannique, le 26 juillet 1956, tout en se rapprochant de l'URSS.

Cela va provoquer une crise internationale :

  • Les Britanniques, aidés des Français et d'Israël, forment une offensive éclair le 29 octobre 1956, suivie d'un débarquement de troupes le 5 novembre.
  • Ils sont cependant forcés d'interrompre leur action face à la volonté commune des deux Grands. Il en ressort une victoire politique de Nasser et un affaiblissement politique des puissances européennes.

Symboliquement, l'issue de la crise de Suez marque la fin de la domination européenne au Moyen-Orient et le début d'une période de domination partagée entre les deux antagonistes de la Guerre Froide.

II. Le Proche et le Moyen-Orient, théâtre de la Guerre Froide

A. Un enjeu déclencheur de la Guerre Froide

1. Les vues des deux Grands sur la Turquie et l'Iran

C'est en vue de s'octroyer un front de la mer Méditerranée que l'URSS étend son influence vers la Turquie et l'Iran au lendemain de la guerre.

Les États-Unis réagissent immédiatement :

  • Ils intègrent la Turquie au plan Marshall en 1947 puis à l'OTAN en 1952.
  • Avec l'aide de la CIA, ils renversent également le premier ministre iranien Mossadegh qui avait nationalisé le pétrole iranien. Ils contrôlent donc via le « shah » d'Iran (le roi) leur politique au Moyen-Orient.

Enfin, les États-Unis se prémunissent de toute intrusion russe au Moyen-Orient au moyen du Pacte de Bagdad signé avec la Turquie, le Pakistan, l'Iran et l'Irak en 1955.

2. Les objectifs des deux blocs

Les objectifs des deux Grands, outre le contrôle de la région, sont de deux ordres :

  • Les États-Unis cherchent à garantir la stabilité de la région pour plusieurs raisons : protéger leur approvisionnement en pétrole, aider l'État d'Israël leur allié et « endiguer » la progression de l'URSS. Pour cela, le président Eisenhower propose aux pays sous influence communiste de changer de camp contre une aide économique et militaire.
  • De son côté, l'URSS soutient particulièrement les mouvements nationalistes comme celui de Nasser en Égypte, mais également ceux du parti Baas en Syrie et en Irak.

B. Les conflits régionaux pendant la Guerre Froide

1. Des ambitions régionales

Unis dans une tentative de République arabe unie (RAU, fondée en 1958), l'Égypte et la Syrie ne parviennent pas à s'accorder et suivent chacun des tendances différentes de la région :

  • L'Égypte suit le courant nationaliste teinté de socialisme. Il tente de moderniser son pays avec de grands travaux et des réformes agraires.
  • La Syrie, au contraire, mais aussi l'Irak, restent plus conservateurs avec un régime totalitaire issu d'un coup d'État (1958 et 1959).

Les trois gardent cependant en commun la même opposition à l'Occident. En marge, l'Arabie Saoudite et la Jordanie choisissent de suivre les États-Unis tout en gardant un modèle conservateur.

Israël est le seul État gouverné démocratiquement de la région.

2. Les deux guerres israélo-arabes

Durant la première partie de la Guerre Froide (années 1960 et 1970), Israël et la Ligue arabe s'opposent dans deux guerres :

  • La guerre des Six Jours en juin 1967. Celle-ci est déclenchée par une offensive préventive d'Israël sur plusieurs territoires afin d'éviter une invasion conjointe de l'Irak, de l'Égypte et de la Jordanie unis dans un pacte militaire. Israël gagne plusieurs territoires (Sinaï, bande de Gaza, Cisjordanie, Golan) mais doit les restituer après le cessez-le-feu et la résolution 242 imposée par l'ONU.
  • La guerre du Kippour (6 octobre 1973). Malgré les tentatives de paix de l'ONU, le successeur de Nasser, Sadate, décide de venger l'affront de 1967 en envahissant par surprise le Sinaï, pendant que la Syrie fait de même au Golan, le jour de Kippour. Cette offensive est à nouveau arrêtée par l'ONU.

Pour se prémunir d'une contre-attaque israélienne, les pays de l'OPEP décident une augmentation de 70% des prix du pétrole en même temps qu'un embargo contre les États-Unis. C'est le premier choc pétrolier.

Définition : L'OPEP (Organisation des pays producteurs de pétrole) est une organisation économique qui rassemble les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient mais aussi d'autres régions du monde (Amérique du Sud, Asie, etc.).

III. Une situation toujours instable (1970 à aujourd'hui)

A. Un foyer de tensions

1. L'islamisme politique

Paradoxalement, c'est du fait de l'alliance entre l'Arabie Saoudite et les États-Unis que l'islamisme se répand au Moyen-Orient. En effet, grâce aux revenus du pétrole, l'Arabie Saoudite finance des mouvements fondamentalistes partout dans la région :

  • L'islamisme se fait politique, à l'exemple des Frères musulmans en Égypte. Ceux-ci ont parfois recours au terrorisme et luttent activement contre l'influence occidentale.
  • La première expérience de gouvernement islamiste se fait en Iran. Le shah est renversé le 16 janvier 1979 par un mouvement mené par l'ayatollah Khomeiny. Celui-ci instaure une nouvelle Constitution basée sur le Coran.

Avec le soutien de l'Iran, le camp fondamentaliste se développe, notamment en Syrie ou au Liban (Hezbollah).

Définition : Un ayatollah est l'un des titres les plus élevés décerné à un membre du clergé chiite. Ce sont les chefs et les docteurs du clergé et ils sont considérés comme des experts de l'islam.

2. Les guerres de l'Irak

De 1980 à 1991, Saddam Hussein provoque dans la région deux conflits :

  1. Guerre Iran-Irak (1980-1988) : Inquiet d'une possible révolte chiite en Irak (où ils sont majoritaires), il décide d'attaquer l'Iran en 1980 en prétextant revendiquer le fleuve Chatt el-Arab. Il possède le soutien des Occidentaux mais s'engage dans une longue guerre (8 ans) qui fera un million de victimes. Un cessez-le-feu est décrété par l'ONU en 1988.
  2. La guerre du Golfe (1990-1991) : Comme pour se venger de son échec face à l'Iran, Hussein décide le 2 août 1990 d'envahir le Koweït pour prendre ses réserves de pétrole. Cette fois, l'ONU et les États-Unis ne le soutiennent pas et l'opération « Tempête du désert » oblige Hussein à se retirer en 1991.

3. Le XXIe siècle : entre espoirs et menaces

Au début du XXIe siècle, la situation n'est pas apaisée au Moyen-Orient. D'un côté, les interventions américaines peinent à aboutir :

  • Les interventions récentes des États-Unis dans la région ont pour cause l'attaque terroriste du 11 septembre 2001. Ceux-ci frappent l'Afghanistan en 2001 et l'Irak en 2003.
  • Malgré une victoire militaire rapide, les Américains ont des difficultés à instaurer des régimes favorables à leur cause et doivent faire face à une guérilla acharnée.
  • L'armée américaine doit se retirer d'Irak en 2011 et achève aujourd'hui de quitter l'Afghanistan. Le coût des opérations est pharaonique et leur utilité relative.
Mouvements populaires et Printemps arabe

Le mouvement parti de Tunisie se communique depuis 2011 à toute la région (Égypte, Libye, Syrie, Yémen, États du Golfe). Ce « printemps arabe » met fin à de vieilles dictatures et porte l'espoir d'une démocratie.

Cependant, la menace de l'islamisme reste forte : lors des premières élections, les partis islamistes sortent premiers.

La paix n'est pas acquise pour autant au Moyen-Orient : tandis que le Printemps arabe s'enlise en Syrie, l'Iran est soupçonné de mettre en place un programme nucléaire. Cette question l'oppose vivement à Israël dont le conflit avec la Palestine reste sans solution.

B. Le conflit israélo-palestinien sans solution

1. Une histoire de la résistance palestinienne

C'est dans les camps de réfugiés créés lors de la fondation d'Israël (1948) que se forme le mouvement palestinien. Des frustrations liées à l'expropriation naît un sentiment national. Ce sentiment est renforcé lors de l'opération israélienne « Paix en Galilée » de 1982, qui provoquera des massacres chez les réfugiés au Liban.

Cette résistance prend forme en 1964 avec la création de l'OLP (Organisation de la libération de la Palestine). Celle-ci, dirigée par un Comité exécutif, obtiendra sous la direction de Yasser Arafat (1929 – 2004) le statut d'observateur à l'ONU.

Cependant, l'action de l'OLP est discréditée par le terrorisme qu'elle emploie. Plus qu'un simple désaccord sur la question des réfugiés, l'OLP porte aujourd'hui des revendications idéologiques.

2. 1978-1989 : l'espoir d'une détente

Après la guerre du Kippour, un processus de paix est engagé sous l'impulsion de l'Américain Kissinger, mais celui-ci a du mal à s'imposer face aux revendications de chacun :

  • Le 18 septembre 1978, Sadate signe une paix séparée avec Israël, commençant le processus conçu comme « pas à pas » par Kissinger (une succession d'accords bilatéraux).
  • Cependant, l'Algérie, la Syrie, l'Irak, la Libye, le Sud-Yémen et l'OLP s'opposent dans un « front de la fermeté » à cette paix. L'Égypte est exclue de la Ligue arabe.
  • Israël décide alors de frapper au Liban pour affaiblir l'OLP qui y est réfugiée. En 1982, l'opération « Paix en Galilée » s'attaque à l'OLP à Beyrouth qui se rend au bout de trois mois. Une paix est négociée avec l'aide de l'Occident lors des accords de Taëf en 1989, mais la situation n'est pas résolue pour autant.

3. L'échec des processus de paix depuis 1989

Le 7 décembre 1987, c'est au tour des Palestiniens des territoires occupés de se soulever : c'est l'Intifada.

Définition : L'Intifada (« soulèvement » en arabe) désigne le mouvement des Palestiniens des territoires occupés (Gaza, Cisjordanie) contre les autorités israéliennes.

En conséquence, un nouveau processus de paix est lancé :

  • En décembre 1988, l'OLP reconnaît l'existence d'un État palestinien et condamne le terrorisme. Les accords d'Oslo signés par les deux parties en 1993 engagent la région vers la paix.
  • Cependant, le processus est interrompu par le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou en 1997, relançant attentats et représailles.
  • Une deuxième Intifada a lieu en 2000. Pour calmer les choses, Ariel Sharon, chef d'un parti politique sioniste, se rend sur l'esplanade des Mosquées. Une fois premier ministre, en 2004, Sharon renonce à la bande de Gaza.

Les négociations durent depuis, mais ne sont pas facilitées par la rivalité entre le Hamas (mouvement palestinien islamiste) et le Fatah (mouvement politique) qui se disputent la responsabilité de l'État palestinien. L'intransigeance du Hamas mène aujourd'hui Israël à durcir sa politique face à un environnement arabe hostile.

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