Nationalisme Catalan et Régénérationnisme (1898-1906)

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Analyse du Nationalisme Catalan (Prat de la Riba, 1906)

Ce texte est une source primaire de nature politique, extrait de l'ouvrage "Le Pays Catalan", publié en 1906. L'auteur, Prat de la Riba, aux tendances conservatrices, a joué un rôle central dans l'émergence du nationalisme catalan. Il a notamment participé à la fondation de :

  • L'Unió Catalanista en 1891.
  • La Lliga Regionalista en 1901.

Cet écrit a une intention informative sur un sentiment qui prenait de plus en plus d'importance dans la société : le nationalisme. L'auteur justifie la demande de défense du nationalisme catalan et l'autonomie de l'État dans un régime fédéral.

La Notion de Nation et l'État Fédéral

Dans le premier alinéa, Prat de la Riba fait référence à la notion de nation, dans laquelle l'individu est attaché à la population de cette région et dont l'identité est distincte des autres. Il suggère que les personnes partageant ces identités devraient former une nation et, en tant que telle, devraient avoir leur propre État, par opposition à l'État unitaire que l'auteur qualifie de « pan-national », c'est-à-dire un corps supranational qui inclurait tous les territoires de la « nationalité ».

Contexte Historique et Culturel

En Catalogne, un mouvement culturel était déjà émergent : la Renaixença, qui a permis l'identification de la langue et fut un précurseur de l'émergence du nationalisme catalan. En Espagne, pendant la Restauration, et surtout après la « crise » de 1898, des groupes d'intellectuels et des groupes régénérationnistes sont apparus, posant non seulement des questions spécifiques, mais aussi la récupération de l'identité nationale et des droits historiques, ce qui explique l'émergence des régionalismes périphériques.

Le Fédéralisme comme Solution Politique

Prat de la Riba justifie le système politique fédéraliste comme le meilleur « quand il y a des nations qui doivent vivre ensemble ». Cela démontre le caractère conservateur et nationaliste catalan du pétitionnaire, qui propose l'association d'États nationaux autonomes, où les identités nationalistes régionales et les libertés sont respectées dans un système fédéral, et non une politique séparatiste. Cette formule visait à unifier les différentes positions sous un État catalan fédéral et la coexistence avec les autres peuples du pays, formant ce que Prat de la Riba appelait un « État composé » : l'intégration de l'État catalan dans l'État espagnol, ce qui implique l'unité de l'Espagne, car « L'universalité conduit à la formation des puissances mondiales. »

L'auteur réaffirme que le catalanisme, tout en étant conscient de « ses droits et de sa force », n'a jamais eu d'intentions séparatistes, mais a toujours voulu maintenir l'unité de l'Espagne dans un cadre fédéral, et ce qui a été fait avec « un passage en toute sécurité. »

L'Établissement du Mouvement Politique Catalan

C'est au cours de la période de la Restauration que le catalanisme s'est établi comme un mouvement politique sous l'influence de Valentí Almirall, qui militait pour la liberté et l'unité d'action de tous les nationalistes catalans. Almirall a fondé le Centre Català avec l'intention de parvenir à l'autonomie, dont l'activité principale était la présentation de griefs au roi Alphonse XII dénonçant l'oppression de la Catalogne. Plus tard, il a fondé l'organisation Unió Catalanista, qui intégrait des intellectuels conservateurs. Un an plus tard, le premier programme politique catalan fut élaboré : les Bases de Manresa (1892). Cette charte, rédigée par Prat de la Riba lui-même, exigeait un système complet d'autonomie pour la Catalogne au sein de la monarchie espagnole. Prat de la Riba formerait ensuite un nouveau parti, la Lliga Regionalista, qui fusionna plusieurs groupes nationalistes catalans modérés. Des sentiments nationalistes similaires émergèrent à cette époque dans les zones périphériques, principalement au Pays Basque et en Galice (ce dernier étant plus tardif). En conclusion, le nationalisme en Catalogne a connu un grand succès dans la restauration de l'autonomie durant cette période particulière.


Le Régénérationnisme et la Crise de la Restauration (Joaquín Costa, 1901)

Ce texte est une source primaire de nature politique et historique, datée de 1901, juste après la catastrophe de 1898. Il appartient à l'une des œuvres les plus remarquables de l'auteur, Joaquín Costa, intitulée « L'Oligarchie et le Despotisme, écrits agraires et collectivistes, et autres ».

Joaquín Costa : Figure du Régénérationnisme

L'auteur est le principal représentant du mouvement idéologique de régénération culturelle et politique qui a prévalu en Espagne suite à la crise de 1898. Né à Huesca, Costa était un homme politique, économiste, juriste et historien, expert notamment sur les questions liées à l'agriculture. Il appartenait à l'Institution Libre d'Enseignement et fustigeait le système de la Restauration et ses partis. Il est devenu le représentant des paysans et a remporté un siège au parlement en tant que membre de l'Union Républicaine.

Objectif et Style du Texte

Le texte s'adresse à tous les politiciens et avocats qui suivent sa pensée politique. Il est destiné à un public initié en la matière, auquel il cherche à répondre en utilisant une auto-description collective et une analyse de la situation, avec un style direct et sans grandes figures de rhétorique. Le texte dénonce la corruption du système électoral de la Restauration en tant que forme de gouvernement, ainsi que les membres de ce stratagème frauduleux qui le rendent possible. Derrière cette affirmation se trouve l'idée fondamentale du besoin de changer l'Espagne, de la régénérer en éliminant ses « maladies ».

L'Engrenage Électoral de la Corruption

La dénonciation de la corruption du système électoral est illustrée par l'existence d'un engrenage électoral qui la rend possible. Cet engrenage se compose de trois éléments qui interagissent pour atteindre l'objectif ultime : falsifier les élections et se maintenir au pouvoir sans aucune possibilité de changement ou de progrès pour le peuple. Cet engin est formé par :

  1. Les Oligarques : Membres des classes puissantes, des notables et de la gentry.
  2. Les Caciques (Chefs locaux) : Personnalités au pouvoir qui imposent personnellement leurs candidats lors des élections, exerçant une pression pour obtenir des résultats politiques conformes à leurs intérêts.
  3. Le Gouverneur Civil : Représentant du gouvernement dans chaque province, il contrôle le processus et assure la liaison entre les chefs locaux et les oligarques, fermant ainsi le cercle de la falsification du système électoral et du parlement.

Dans ce matériel, il faudrait également faire référence à la « boîte » (l'urne) et aux « offres » (le changement de bulletins de vote dans les urnes). Ce n'est donc pas un système au service du peuple, mais un système où les conservateurs et les dirigeants corrompus abusent de leur position. Ce système de contrôle par les caciques est resté en place jusqu'à la proclamation de la Seconde République.

Contexte de la Restauration Espagnole

Le contexte historique dans lequel s'inscrit le texte est l'époque de la Restauration espagnole, en particulier le début de la deuxième étape de la Restauration, avec le début du règne d'Alphonse XIII. C'est aussi le début de la décomposition du système, dont l'architecte politique et idéologique était le conservateur malaguène, Antonio Cánovas del Castillo. Le système était fondé sur des principes politiques, une monarchie à souveraineté partagée avec les Cortes, la Constitution de 1876, et des lois électorales aux mains des coupes successives, responsables du tour de rôle dynastique des partis politiques (Conservateurs et Libéraux).

Le texte est écrit juste après la catastrophe coloniale de 1898, au cours de laquelle l'Espagne a perdu ses dernières possessions d'outre-mer (Cuba, Porto Rico et les Philippines). Un climat de dépression collective et de catastrophisme s'est installé en Espagne, révélant un pays pauvre et en retard, confronté à de nombreux problèmes accumulés depuis des années. C'est dans ce contexte qu'émerge le mouvement régénérationniste, qui accuse le système impérial de la Restauration d'être responsable de l'arriération et du déclin espagnol.

À ce stade, le système commence à être en crise. Joaquín Costa est l'un des leaders de la régénération culturelle et politique, non seulement en tant que député, mais surtout en tant qu'érudit et intellectuel de l'époque. Il est un témoin très important, influençant la Génération de 98 et les politiques régénérationnistes de Maura et Canalejas, qui tentaient d'apporter des changements par le haut (depuis le gouvernement), ou par la voie républicaine, visant la fin de la Restauration et l'avènement de la République. Les nationalistes, quant à eux, réclamaient la décentralisation de l'État et l'autonomie, tandis que la classe ouvrière exigeait la fin du système de la Restauration.

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