Ordre Économique et Politique Post-Guerre : Reconstruction et Modèles

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Ordre Économique et Politique de Relèvement Après-Guerre

Les Dégâts de la Seconde Guerre Mondiale et la Reprise

Les dégâts de la Seconde Guerre Mondiale ont été plus élevés que ceux de la Première, bien que la reprise ultérieure ait été beaucoup plus rapide. Cela s'explique par plusieurs facteurs :

  • L'Allemagne n'a pas été tenue de payer des réparations de guerre aussi lourdes.
  • La reprise des échanges économiques a été facilitée par une récupération généralisée.
  • L'aide des États-Unis a été cruciale, impliquant une reprise aussi rapide que lors de la Première Guerre Mondiale.

L'Aide Économique Américaine Initiale

L'aide à l'Europe provenait essentiellement des États-Unis et avait deux sources de distribution :

  1. Nourriture et médicaments distribués par les armées alliées.
  2. Administration des Nations Unies pour le Secours et la Reconstruction (UNRRA) en 1945-1946, qui a coûté plus d'un milliard de dollars et distribué 20 000 tonnes de nourriture, de vêtements, de couvertures et de médicaments. Les États-Unis ont fourni plus des 2/3 de cette aide.

L'UNRRA a ensuite laissé place à d'autres organismes. Contrairement à la période suivant la Première Guerre Mondiale, tous les pays impliqués dans la Seconde Guerre Mondiale savaient qu'il était impossible de revenir à la situation d'avant-guerre. Contrairement à l'isolationnisme des années 20, les États-Unis se sont fortement impliqués dans la reconstruction de l'Europe.

Les Raisons de l'Implication Américaine

L'aide américaine à l'économie européenne n'était pas désintéressée pour 3 raisons principales :

  1. Intérêt pour la reconstruction d'un ordre international multilatéral, contre le nationalisme et le protectionnisme de la période de guerre.
  2. Prévision d'une baisse des exportations américaines, qui aurait eu des effets négatifs sur l'activité commerciale et l'emploi aux États-Unis.
  3. Le début de la Guerre Froide (bloc de l'Est et de l'Ouest) a conduit les États-Unis à être très préoccupés par le maintien d'une Europe de l'Ouest économiquement et politiquement forte contre l'URSS.

Le Plan Marshall (ERP)

Le 5 juin 1947, le Secrétaire d'État américain George Marshall a proposé d'aider l'Europe, approuvant le « Plan Marshall » (ERP), appelé Programme de Relance Européen.

L'aide américaine fut distribuée sur 4 ans (fin 1947 à début 1952) et représenta un total de 13 milliards de dollars. L'Allemagne et l'Espagne n'étaient initialement pas incluses. Elle était essentiellement destinée à payer les importations européennes, principalement de la zone dollar (Amérique du Sud, Amérique du Nord).

Bien que la reprise économique fût déjà en cours, l'ERP a clairement accéléré le processus. La question critique de l'économie européenne était la pénurie de devises étrangères pour acheter les importations nécessaires.

Facteurs de la Reprise Européenne (1945-1950)

Le rythme de la reprise économique européenne fut impressionnant, surtout en Europe occidentale. Les facteurs clés furent :

  • La politique des gouvernements respectifs, prenant des mesures économiques internationales.
  • Coopération : Implication de tous les pays d'Europe.
  • Priorité donnée à l'investissement sur la consommation.
  • Réduction du déficit commercial et augmentation des exportations.

En 1950, la position extérieure de l'Europe restait faible, avec des déficits commerciaux persistants dans de nombreux pays durant cette décennie.

L'Intégration de l'Allemagne et les Tensions de la Guerre Froide

L'Allemagne fut incluse dans l'ERP. L'unification des trois zones contrôlées par les Américains, Français et Britanniques créa l'embryon de la République Fédérale d'Allemagne (RFA) en septembre 1949, suivie un mois plus tard par la République Démocratique d'Allemagne (RDA) sous l'égide de l'URSS.

La reprise de la RFA commença en 1948, stimulée par :

  • Aide extérieure.
  • Récupération des exportations.
  • Travaux d'investissement productifs.

Ce processus unilatéral aggrava les tensions avec les Soviétiques, qui répondirent par le blocus. Ce contexte mena à la formation du Traité de Bruxelles (GB, France, Benelux) en 1948, qui se transforma plus tard en OTAN avec l'intégration des États-Unis, du Canada, du Danemark, de la Norvège, du Portugal, de l'Islande et de l'Italie.

Base pour Atteindre l'Économie Européenne : Le Nouvel Ordre International

La première étape vers un système multilatéral fut la Charte de l'Atlantique (1941) signée par la Grande-Bretagne et les États-Unis.

En 1944, la conférence de Bretton Woods jeta les bases de deux institutions internationales clés :

  1. Fonds Monétaire International (FMI) : Chargé de diriger la structure des échanges monétaires mondiaux et de financer les déséquilibres de la balance des paiements. Il devait assurer que les pays membres fixent une valeur nominale de leur monnaie en termes d'or et de dollar américain (USD), avec une parité fixe. Ce système s'apparentait à l'étalon-or et dura jusqu'en 1973.
  2. Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) ou Banque Mondiale : Sa fonction était de prêter pour la reconstruction des économies détruites par la guerre et pour le développement des nations les plus pauvres. Elle développa pleinement son rôle dans les années 50.

Le Nouvel Ordre du Commerce International Libéral

Les plans pour ce nouvel ordre aboutirent à la création de l'Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce (GATT), signé à Genève en 1947 par 23 pays.

Les signataires s'engagèrent à :

  • Réduire le recours aux restrictions quantitatives et aux tarifs douaniers.
  • Éliminer les autres politiques restrictives existantes.
  • Se consulter avant d'apporter des changements importants.

Les pays industrialisés maintinrent leur hégémonie. Les membres du GATT menèrent 8 conférences tarifaires appelées cycles. Le 7ème fut le Tokyo Round (terminé en 1979) et le 8ème, le Cycle d'Uruguay (1986-1993), aboutit à un accord remplaçant le GATT par l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

L'Âge d'Or du Capitalisme et le Grand Management (1950-1973)

Le taux de croissance de la production totale, des exportations et des revenus nationaux fut sans précédent, particulièrement fort dans les pays occidentaux les plus développés. Cette croissance accentua les inégalités économiques mondiales.

Analyse Économique de l'Âge d'Or (Offre et Demande)

Côté Demande

On observa une expansion sans précédent des marchés intérieurs et internationaux, due à :

  • Croissance du revenu par habitant.
  • Augmentation de la consommation privée et publique.
  • Accroissement des échanges internationaux.

Après la Seconde Guerre Mondiale, la société moderne de consommation de masse apparut dans les pays développés. Un changement structurel se produisit dans les relations entre travail et capital : une pénurie de main-d'œuvre renforça la position des travailleurs face aux syndicats. L'État veilla à ce que l'augmentation de la productivité du travail se traduise par une augmentation de la rémunération du travail (salaires).

La croissance économique, le plein emploi et une répartition plus équitable du revenu fondèrent la politique de l'État-providence après 1945. Les salaires réels et nominaux augmentèrent considérablement dans les années 50-60 (triplés en Europe occidentale entre 1953 et 1970). Les travailleurs bénéficièrent aussi de la réduction du temps de travail et d'une amélioration significative des services sociaux (santé, éducation), financés par des prélèvements sur les travailleurs, les entreprises et l'État.

Côté Offre

Trois aspects principaux expliquent l'offre :

  1. Contribution du travail : Main-d'œuvre, immigration.
  2. Contribution du capital : Augmentation du capital par habitant et investissements productifs.
  3. Productivité : Développement de nouvelles technologies et procédés de production, entraînant une augmentation des dépenses de R&D (industrie électronique, pharmaceutique, chimique).

Caractéristiques des Années 50-60

1. L'Économie Mixte

Elle fut élaborée par les États industrialisés, visant à stimuler la croissance économique avec un rôle pertinent de l'État. L'objectif était le plein emploi, la croissance et la redistribution.

Le rôle de l'État fut renforcé par l'augmentation des dépenses publiques, finançant un système de sécurité sociale universelle et élargissant les services publics (éducation, transport). Ces conditions de stabilité encouragèrent l'investissement dans des secteurs durables (biens de consommation, services).

2. Stabilité des Prix Modérée

La hausse des prix fut modérée grâce à :

  • La discipline monétaire imposée par les taux de change fixes.
  • Des prix très bas aux États-Unis, dont la monnaie était le pivot du système international.
  • La croissance de la productivité stabilisant les prix à l'exportation.

Les pressions sur les salaires restèrent modestes en raison de l'offre de travail et de la croissance du revenu par travailleur liée à la productivité.

3. Stabilité de la Croissance (Pourquoi était-ce possible ?)

L'explication principale réside dans l'augmentation soutenue de la demande, favorisée par des accords institutionnels nationaux et internationaux encourageant le commerce extérieur.

Le nouvel état de l'économie a ancré le comportement des consommateurs et des entreprises, qui prévoyaient une croissance soutenue, maintenant ainsi leurs niveaux d'investissement et de consommation.

Le Management des Grandes Entreprises

Les grandes entreprises se consolidèrent en augmentant leurs capacités et en développant une hiérarchie administrative capable de coordonner une production de volume bien supérieur à celle des petites entreprises familiales.

Les carrières des salariés devinrent plus professionnalisées, les distinguant des propriétaires. Des conflits apparurent entre les actionnaires (visant les dividendes) et la nouvelle classe de managers salariés (favorisant la stabilité et la croissance à long terme).

Modèles Nationaux de Management

  • Société Américaine : Basée sur la taille du marché et la création de grandes entreprises. Elle fut la première à avoir un véritable marché de masse. La Révolution de la gestion (organisation) fut exportée.
  • Société Allemande : Caractérisée par un personnel (managers, ingénieurs, techniciens) réduit et une main-d'œuvre très préparée. Ce système fut qualifié de « capitalisme managérial de coopération ».
  • Système Japonais (Toyota) : Approche souple et diversifiée pour produire en petites séries et à coûts élevés. La solution fut de repenser l'usine pour une utilisation flexible des machines et du temps de travail. Le financement reposait sur la dette bancaire à faible taux d'intérêt. Les actionnaires recevaient des dividendes faibles et fixes, tandis que les profits étaient réinvestis.

Modèle Soviétique d'Expansion (1944-1946 et au-delà)

Ce modèle s'étendit à l'Europe de l'Est, la Chine, le Vietnam, Cuba, etc. Il s'agissait d'un régime socialiste à démocratie populaire (dictatures politiques).

La libération de l'Est par l'armée soviétique permit l'accès au pouvoir des partis communistes. Le Plan Marshall ne fut pas proposé à ces pays.

Problèmes de Reconstruction

La destruction était difficile à mesurer, particulièrement en Yougoslavie, en Pologne et en Allemagne de l'Est. La plupart de ces pays étaient majoritairement agricoles, avec une faible productivité. Seule la Tchécoslovaquie et l'Allemagne de l'Est étaient industrialisées, mais l'industrie est-allemande dépendait des matières premières de la Ruhr (Allemagne de l'Ouest).

Le Problème de l'Agriculture

Après 1945, une véritable réforme de la propriété eut lieu, souvent par expropriation des grands domaines et répartition des terres aux paysans. Les partis communistes respectèrent la propriété privée des moyens de production dans un premier temps, ce qui était une dérogation au modèle soviétique pur, dans le but d'obtenir l'adhésion paysanne.

Les terres confisquées sans compensation créèrent un fonds national, d'où furent réparties les terres aux paysans, créant aussi des fermes d'État.

L'Ajustement : Collectivisation et Nationalisation

La fragmentation excessive des exploitations nécessita une adaptation au modèle socialiste via la collectivisation (lente entre 1953-1956, plus rapide après). L'État poussa à l'installation de machines pour habituer le paysan au travail commun.

L'industrie fut nationalisée en deux étapes (conseils ouvriers puis nationalisation avec indemnisation), suivant le modèle soviétique (mines, électricité, industrie lourde, banques).

La Planification

Trois objectifs furent fixés :

  1. Plans de reconstruction (objectifs d'investissement élevés).
  2. Plans de développement économique quinquennaux (priorité à l'industrie lourde).
  3. Objectif de planification.

Le manque d'attention à l'agriculture créa des problèmes d'approvisionnement et des protestations sociales. L'ajustement passa par l'augmentation des salaires réels et des avantages pour les coopératives agricoles.

Conclusions sur le Modèle Socialiste

La maximisation du profit devint une cible privilégiée. La croissance stimula l'exode rural (plus d'un quart de la population active quitta les campagnes entre 1950 et 1973).

Les taux de croissance étaient similaires à ceux de l'Ouest, mais des différences majeures subsistaient :

  • Chiffres de consommation beaucoup plus faibles.
  • Qualité des produits faible et choix limité.
  • Le niveau de vie était inférieur à celui de l'Europe occidentale.
  • Les économies socialistes consacraient plus de ressources à l'industrie lourde, négligeant les intérêts des consommateurs.

La Naissance du Tiers Monde et la Décolonisation

L'expression Tiers Monde fait référence aux pays non alignés sur les deux blocs.

  • 1er Monde : Bloc capitaliste (USA), économie de marché, propriété privée, démocraties politiques.
  • 2e Monde : Bloc communiste (URSS), planification centrale, propriété collective, dictatures politiques.
  • 3e Monde : Tous les autres pays pauvres, cherchant à ne pas être soumis aux USA ou à l'URSS.

La majorité des pays du Tiers Monde étaient d'anciennes colonies occidentales. La décolonisation fut le facteur principal de leur émergence.

Phases de la Décolonisation

  • Décolonisation Japonaise : Libération des pays occupés par le Japon (Extrême-Orient) vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
  • Décolonisation Britannique et Française (1945-1965) : Marquée par l'indépendance de l'Inde, du Pakistan et de l'Indonésie (vers 1947-1949).
  • Décolonisation Africaine : Accélération en 1960 (Afrique française et britannique). La décolonisation portugaise fut plus tardive (1974-1975).

L'indépendance offrit de nouvelles possibilités, mais les recettes de croissance de l'Europe occidentale ne furent pas toujours transposables.

Performance Économique du Tiers Monde

Les performances furent généralement positives durant l'Âge d'Or du capitalisme (croissance du PIB de 5,2% en Asie et 4,5% en Afrique). Cependant, la forte augmentation démographique a consommé une grande partie de cette croissance.

Contribution des Facteurs de Production

Les différences entre les régions étaient marquées :

  • Facteur Terre : Peu d'importance dans les pays développés.
  • Facteur Travail : Moins de poids en Europe de l'Ouest (ralentissement démographique).
  • Facteur Capital : Mobilisé deux fois plus par l'URSS que par les pays occidentaux.

La différence majeure résidait dans la Productivité Totale des Facteurs (PTF) : 62% en Europe de l'Ouest contre seulement 10% en URSS. La croissance occidentale fut intensive, tandis que la croissance soviétique fut extensive.

L'Économie Espagnole : De la Guerre Civile au Miracle des Années 60

1. 1936-1950 : Guerre Civile et Autarcie

Cette période fut la plus négative de l'histoire économique de l'Espagne. La guerre (1936-1939) déforma l'économie, et l'Espagne ne put bénéficier du Plan Marshall.

La stagnation économique fut parallèle à la perte des libertés et du capital humain.

L'autarcie visait l'autosuffisance économique, entraînant une chute brutale des revenus et l'appauvrissement général. L'Espagne prit du retard sur la reconstruction européenne.

Mesures d'autarcie :

  • Mesures contre la concurrence étrangère.
  • Soutien sectoriel aux politiques nationales.
  • Gestion industrielle par le régime.

Le coût de l'isolement international fut élevé (manque de matières premières, d'énergie, d'équipement). Produire uniquement pour le marché intérieur, peu dense et à faible pouvoir d'achat, annula les avantages de la production de masse. Le désordre monétaire et l'inflation nuisirent aux entreprises exportatrices. Le système d'autorisations préalables freina l'esprit d'entreprise.

2. Décennie 1950-1959 : Charnière (Récupération)

Des changements s'orientèrent vers une latéralisation progressive (ouverture nationale et internationale) expliquée par deux faits :

  • Changement de gouvernement en 1951, visant à réduire l'intervention et les contrôles sur le secteur privé.
  • Accords de 1953 avec les États-Unis, apportant des prêts et intégrant des recommandations de flexibilité du marché et de stabilité monétaire.

Les résultats de cette libéralisation furent positifs : PIB, Indice de Production Industrielle (IPI) et revenu par tête se redressèrent au-dessus des niveaux d'avant-guerre. Des modifications structurelles (urbanisation, exode rural) s'opérèrent, faisant de l'Espagne une nation industrielle suivant les normes européennes.

Les transferts de fonds des migrants, le tourisme et le commerce commencèrent à être importants. La reprise nécessitait des importations de machines et d'énergie, financées par la dette car les exportations étaient pénalisées par un taux de change surévalué.

En 1957, l'arrivée des technocrates, partisans de l'économie libérale, mena à des mesures de stabilisation importantes : dévaluation de la peseta, augmentation du taux d'escompte, réforme fiscale.

Le Plan de Stabilisation de 1959

Après l'entrée de l'Espagne à l'OECE et au FMI, le Plan de Stabilisation fut mis en œuvre :

  • Secteur public : Équilibrer recettes et dépenses pour un budget équilibré.
  • Politique étrangère : Libéraliser la circulation des marchandises et des capitaux.
  • Niveau institutionnel : Réduire les interventions et lier les salaires à la productivité.

3. De 1960 à 1973 : Le Miracle Espagnol

L'économie espagnole s'inséra dans le cycle de prospérité des économies industrielles. La base de cette croissance fut partagée avec d'autres économies occidentales (stabilité des prix internationaux des matières premières et de l'énergie).

Facteurs clés :

  • Accès au financement extérieur, complété par les envois de fonds des émigrés et les devises du tourisme.
  • Marché du travail flexible coïncidant avec l'exode rural.
  • Transfert de technologies des pays leaders.

L'Espagne enregistra un taux de croissance du PIB historique entre 1964 et 1974, atteignant 5,9%. Bien que qualifié de « miracle », ce taux n'était pas spectaculaire comparé à d'autres pays européens. L'importance de cette période réside dans le changement structurel profond dans tous les secteurs productifs (déclin du secteur primaire, croissance du secondaire et tertiaire).

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