Panorama de la Littérature Espagnole (Romantisme à 98)
Classé dans Langue et de philologie
Écrit le en
français avec une taille de 10,51 KB
ROMANTISME
José de Espronceda
Cet auteur est, tant par sa vie que par son œuvre, le poète espagnol romantique par excellence. Dans sa poésie, on retrouve les deux tendances du Romantisme :
Poésie narrative
L'Étudiant de Salamanque s'inscrit dans la tendance narrative de la poésie romantique. On y retrouve toutes les caractéristiques de la période concernant l'atmosphère triste et sombre, ainsi que les aspects formels tels que la polymétrie. Appartient également à cette tendance Le Diable Monde, un long poème inachevé dans lequel Espronceda mène une réflexion sur la vie humaine.
Poésie lyrique
Elle est recueillie dans son livre Poèmes (Poems). On y trouve notamment le Chant du pirate ou Le Mendiant. La déception est son thème principal.
Gustavo Adolfo Bécquer
Né alors que le mouvement romantique était déjà en déclin en Europe, il représente le point culminant du romantisme intime espagnol. Bécquer est considéré comme le premier poète moderne.
Production en prose
Son œuvre en prose excelle avec les Légendes, une série de courtes histoires dont le thème est toujours un événement extraordinaire ou surnaturel.
Production poétique
Sa poésie est réduite aux Rimas (Rimes), publiées par les amis du poète après sa mort. L'univers des rimes couvre deux aspects principaux : l'homme et l'amour.
Rosalía de Castro
Elle écrit une poésie simple et intime, dans la lignée de Bécquer. Parmi ses œuvres, on trouve :
- En galicien : Follas Novas.
- En castillan : Sur les rives du Sar (En las orillas del Sar).
Sa subjectivité lyrique, à la fois harmonieuse et douloureuse, s'accompagne d'une contemplation magistrale de la nature.
Mariano José de Larra
L'œuvre littéraire de cet auteur s'inscrit dans le genre de l'article de presse. Larra est devenu le premier grand journaliste espagnol. Il lutte pour le progrès et la modernité. Ses articles sont répartis en trois groupes :
Articles de mœurs
Ce sont de courtes compositions. Larra utilise la critique pour dénoncer les coutumes sociales. Vuelva usted mañana (Revenez demain) et El castellano viejo (Le vieux Castillan) en sont des exemples.
Articles de critique politique
Il y expose ses idées politiques. Dans ce groupe se distinguent : Tres de más y dos de menos (Trois de plus que deux) ou Le Jour des morts, 1836.
Critique littéraire
Il y diffuse ses théories sur la littérature et soutient l'idée que l'écrivain doit prendre une position engagée.
Sa prose est simple, claire, directe et ironique.
José Zorrilla
Son œuvre la plus célèbre est Don Juan Tenorio, le drame romantique le plus populaire. Il refond le mythe de Don Juan.
RÉALISME
Benito Pérez Galdós
Grande figure du réalisme espagnol. Ses romans sont un témoignage monumental, tolérant et critique de la vie et des conflits de son temps. Son œuvre narrative se divise en deux sections : les Épisodes nationaux et les romans, qui sont eux-mêmes divisés en trois périodes :
Romans de la première période (1870)
Caractérisés par leurs romans à thèse, qui combattent le fanatisme et le despotisme. Exemple : Doña Perfecta.
Romans contemporains (1880)
Parmi eux se trouvent les titres majeurs : Fortunata et Jacinta, Miau. Ils sont objectifs ; l'auteur retrace la vie des gens de différentes classes sociales et conditions.
Romans spirituels et symboliques (1890)
Ils se concentrent sur l'intériorité des personnages, les valeurs morales et les idéaux. Exemple : Misericordia (Miséricorde).
Leopoldo Alas « Clarín »
Libéral et progressiste, il a préconisé une littérature militante pour dénoncer la corruption politique, le despotisme et la superstition. Parmi ses œuvres, on souligne son roman La Régente (La Regenta), dont l'histoire est l'adultère d'Ana Ozores, mais dont le véritable protagoniste est la ville de Vetusta.
Quant à sa technique, il analyse l'environnement social plein de contrastes et la profondeur intérieure des personnages. Il mélange les aspects réalistes et naturalistes et utilise des techniques narratives modernes, telles que les flashbacks ou le style indirect libre.
MODERNISME ET GÉNÉRATION DE 98
Antonio Machado (1875-1939)
Né à Séville, il a vécu en Castille dès l'enfance. Il développe progressivement une idéologie radicale et un profond humanisme existentiel. Sa poésie synthétise les formes classiques, le symbolisme du monde sensoriel et la recherche de son monde intérieur. Le passage du temps, la nostalgie de l'enfance et de la jeunesse perdues, le manque d'amour et la correspondance émotionnelle entre les éléments du paysage et l'humeur sont les thèmes les plus utilisés par l'auteur. Son œuvre passe par trois étapes :
Première étape
Représentée par Soledades (Solitudes), elle montre l'écrivain de l'intérieur, la solitude, la mélancolie, la fugacité de la vie et le paradis perdu.
Deuxième étape
Représentée par Campos de Castilla (Champs de Castille), elle marque son intégration dans la Génération de 98. Elle exprime l'insatisfaction et l'inadaptation à la réalité sociale, ainsi que la sublimation d'un paysage idéalisé et dématérialisé.
Troisième étape
Représentée par Nuevas Canciones (Nouvelles Chansons), elle est plus réfléchie et porte un jugement.
Miguel de Unamuno
Le roman intellectuel et existentiel (1864-1936)
Professeur d'université, connu pour sa vaste culture. Outre son rôle de dramaturge et de poète (notable pour l'expression vigoureuse de son langage sensoriel et de son imagerie), il se présente comme un essayiste, intellectuel et penseur, l'un des plus influents de son temps. Le roman est le genre littéraire le plus renouvelé par cet auteur. Ses romans sont de nature existentielle, cherchant à exprimer son attitude intellectuelle, son point de vue philosophique du monde et ses préoccupations idéologiques et existentielles. Exemples de ses œuvres : Brouillard (Niebla), Abel Sánchez, Tante Tula et San Manuel Bueno, Martyr.
Unamuno appelle ses romans des Nivolas, afin de les éloigner du langage réaliste et de les rendre plus intellectuels. L'auteur y modifie l'ordre de la réalité objective pour la traiter conformément aux lois et aux normes qu'il impose.
Pío Baroja
Le roman social et naturaliste
Caractère solitaire et pessimiste, il entretient un pessimisme radical sur la nature et l'humanité. Il écrit : « Il n'y a pas de source d'énergie propre chez les hommes, au-delà de leurs pattes désordonnées et sales. C'est dans leur nature. » Baroja critique la corruption de la société et de ses institutions. Il conçoit la vie comme une lutte dans laquelle les faibles perdent toujours : « une chasse cruelle où nous nous mangeons les uns les autres. »
Dans le domaine littéraire, Baroja mêle le désespoir et l'angoisse du Romantisme recueillis par le Modernisme, la vision déterministe du monde du Réalisme et des formes modernistes qui se reconnaissent dans l'impressionnisme descriptif des milieux, la psychologie des personnages ou la tendance à l'évocation nostalgique. Baroja crée des espaces et des profils flous décrits par les coups de pinceau rapides des impressionnistes. Parmi ses titres, on trouve : Le Chemin de perfection, La Recherche, Zalacaín l'aventurier, Les Inquiétudes de Shanti Andía et L'Arbre de la science.
Ramón María del Valle-Inclán
Le roman d'avant-garde moderniste
Il tente de faire de sa vie et de son œuvre une invention esthétique constante, mélangeant le réel et l'imaginaire. Toujours attentif à la libération et au renouvellement, en particulier formel, son travail est guidé par une conception de la liberté. Dramaturge exceptionnel, qui élève le drame espagnol aux plus hautes normes de la modernité, son œuvre romanesque marque l'une des plus grandes ruptures contemporaines avec la conception traditionnelle du genre.
Il commence par les Sonates, dans le modernisme le plus luxuriant, riche en images et en langage éclatant, recréant les aventures du Marquis de Bradomín. Dans sa seconde période, il vise à dénaturer le style des règles classiques par le grotesque (Esperpento), qui cherche à retirer le masque à la vie par déformation grotesque et ainsi découvrir sa véritable image. Romans Grotesques : Tirano Banderas et Lumières de Bohème (Luces de Bohemia).
PENSEUR ET ESSAYISTE
José Ortega y Gasset
La doctrine ratiovitaliste
Il formule la doctrine du Ratiovitalisme, synthèse de la raison pure et de la vitalité. La raison est une fonction de la vie, et la vie n'a pas de sens sans raison. Ses idées esthétiques sont contenues dans La Déshumanisation de l'art, où il cherche le pur plaisir esthétique, mettant de côté les idées émotives, sentimentales et humaines.
Concernant le roman, il estime que le nouveau roman doit être un genre intellectuel et déshumanisé, qui donne plus d'importance à la forme ou au style qu'à l'action et aux personnages, et qui poursuit la jouissance esthétique pure. Dans L'Espagne invertébrée (1921), il aborde des problèmes sociologiques.