Philosophie de Descartes : Méthode, Doute et Dualisme

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Introduction à la Philosophie de Descartes

Pour Descartes, être rationnel signifie que la raison est la chose la plus importante. Il ne se fie pas à la foi, sa philosophie est fondée sur la raison. Il remet en question les sens. Descartes croit en l'existence d'une connaissance a priori établie par la raison elle-même. Cette connaissance est vraie parce qu'elle reflète la réalité; en connaissant la structure de la raison, nous connaissons la réalité. Selon Descartes, Dieu s'est basé sur les mathématiques pour créer le monde (langage mathématique, comme Galilée). Descartes rejette l'expérience.

1. La Méthode Cartésienne

Descartes cherche les fondements de cette structure de la raison afin de ne pas se tromper. Il considère les mathématiques comme un modèle parfait. Il applique donc une méthode mathématique pour fonder sa philosophie.

2. Le Mécanisme

Descartes abandonne la notion de finalité, privilégiant les causes efficientes. Les corps sont réduits à des points de masse dans un espace infini; les essences ne l'intéressent pas.

3. Le Subjectivisme

Chez Descartes, le sujet prime sur l'objet. Il affirme qu'il faut démontrer l'existence du monde extérieur (subjectivisme), et vérifier si le monde est tel que nous le pensons (en supposant qu'il existe). Descartes soutient que nous ne connaissons que l'image des objets, des perceptions dans notre esprit. L'image (visuelle) que nous nous formons est dans l'esprit, pas en dehors de moi. Je ne peux donc pas prouver l'existence de l'objet uniquement avec cela.

II. La Méthode en Détail

Descartes développe sa méthode, un ensemble de règles pour que la raison ne commette pas d'erreurs.

1. Fonctions de la Raison et Règles Associées

Les deux fonctions principales de la raison sont :

  • L'intuition : Saisie intellectuelle immédiate d'une chose simple, qui ne peut être expliquée davantage. L'intuition correcte est appelée analyse.
  • La déduction : À partir de prémisses (objets simples), on obtient une conclusion (objets complexes). La déduction correcte est appelée synthèse.

2. Règles pour l'Intuition (Analyse)

  1. Décomposer le composé en autant de parties simples que possible. Ces éléments simples doivent être clairs (il doit y avoir de la lumière) et distincts (les parties doivent être définies et délimitées).
  2. S'en tenir à ce que l'on voit, ne pas aller au-delà.
  3. Ne pas se précipiter ni être trop prudent. En se basant sur les évidences, on peut atteindre la vérité grâce à un système où toutes les parties sont comprises, et où l'on connaît le tout à partir des parties.

3. Règles pour la Déduction (Synthèse)

  1. Tout doit découler logiquement de ce qui précède.
  2. Ne pas brûler les étapes, vérifier chaque étape pour ne rien manquer.

III. Application de la Méthode à la Philosophie

1. Le Doute Méthodique

Descartes doute de tout ce qui peut être mis en doute afin de trouver une vérité indubitable. Il remet en question :

  • Les sens : Ils nous trompent parfois, donc on ne peut pas s'y fier pour fonder une nouvelle philosophie.
  • Le monde extérieur : Nous le percevons par des faits psychologiques, dans notre esprit (premier argument). De plus, il est impossible de séparer le rêve de la veille, les rêves pourraient donc être la réalité (deuxième argument).
  • Les mathématiques : Argument du relativisme (métaphore du malin génie, psychologisme).

Cependant, on ne peut douter du fait même de douter. Douter, c'est penser (pensées = faits psychologiques, perceptions, émotions, sensations, etc.). De là découle le fameux "Je pense, donc je suis". C'est un argument solipsiste, qu'il faut dépasser pour "sortir de soi-même".

2. Mise en Œuvre de la Synthèse

Descartes ne peut travailler qu'avec les pensées (idées). Il distingue trois types d'idées :

  • Innées : Nées avec nous.
  • Adventices : Viennent de l'extérieur.
  • Factices : Fabriquées par nous-mêmes (les deux dernières sont liées).

Descartes s'intéresse au contenu objectif des idées, c'est-à-dire à ce qu'elles représentent. Ce contenu objectif peut concerner des accidents ou des substances (finies ou infinies). Il existe une idée parfaite, innée en nous, dont le contenu objectif est une substance infinie : l'idée de Dieu. C'est en voyant l'imperfection du monde que l'on prend conscience de cette idée de perfection.

Les idées dans notre esprit doivent avoir une cause proportionnée à leur effet. La cause (réalité formelle, acte réel) doit avoir au moins autant de réalité ou de contenu objectif que l'effet (l'idée). Je peux être à l'origine des idées qui ont un contenu objectif de substance finie, car, selon la métaphysique, en tant que cause (substance finie), je peux créer des effets (substances finies) proportionnels. Mais il doit exister une substance infinie en dehors de moi, qui est la cause de l'idée du contenu objectif de la substance infinie. Cette substance infinie, c'est Dieu. Descartes en déduit que Dieu existe.

De là, Descartes postule la bonté de Dieu : les mathématiques existent parce que Dieu ne nous trompe pas à leur sujet. Dieu est le fondement du monde. Nous avons des idées d'objets matériels qui nécessitent une cause. Dieu ne nous laisserait pas croire que nous sommes la cause de ces idées si ce n'était pas vrai. Il doit donc exister quelque chose qui génère ces idées : le monde extérieur. L'existence de Dieu garantit l'existence du monde extérieur, mais cela ne signifie pas que nous sachions *ce qu'est* un objet. Les erreurs proviennent des sens, non de Dieu, mais de la matière avec laquelle Dieu crée le monde. Il faut se fier à la raison, qui, utilisée correctement, nous permet de connaître le monde, grâce à Dieu. Nous ne connaissons que ce qui est réductible aux mathématiques. Descartes change de perspective et affirme que l'essence des objets est la même pour tous, mais qu'elle se présente de différentes manières.

3. Caractéristiques du Monde Extérieur

3.1. L'Étendue (Matière)

L'espace est toujours plein. Un espace sans matière est comme un espace sans espace.

3.2. Le Problème des Atomes

Peut-on diviser quelque chose indéfiniment ? Deux options :

  • Non : il existerait des atomes (éléments ultimes) structurant la réalité.
  • Oui (Descartes) : Comme il y a toujours de l'espace, on peut toujours diviser. Si l'on trouvait quelque chose d'indivisible, ce ne serait pas de l'espace. L'espace a toujours une grandeur. Quelque chose d'indivisible (sans espace) ne peut pas constituer l'espace. Donc, il n'y a pas d'atomes.

3.3. La Finitude du Monde

Descartes, se référant à Dieu et à la théorie thomiste d'Aristote, considère que le monde ne peut pas être infini, car seul Dieu est infini (il ne peut y avoir deux infinis). Le monde est fini (car il aurait un centre et une limite), mais il n'est pas défini.

3.4. La Contingence

Dieu est tout-puissant et aurait pu ne pas créer le monde (le monde est contingent).

3.5. L'Univers

Pour le comprendre, il faut le réduire aux mathématiques, aux propriétés de base de l'univers. La réalité n'accepte pas les essences, car elles ne sont pas mathématisables. Il faut se préoccuper du "comment" (de cause à effet) plutôt que du "pourquoi" (finalité). L'univers est une machine.

3.6. Le Mécanisme

  • 3.6.1. Il n'y a pas de liberté dans la nature, pas de finalité. Seul le "moi" possède une certaine liberté. Sans le "moi", tout serait réduit à un déterminisme mécaniste, éliminant ainsi la liberté humaine. Tout se réduit à la matière, et le comportement est prévisible.
  • 3.6.2. Il n'y a pas de vie animale ou végétale (au sens d'une âme animant la matière).

3.7. Lois de la Mécanique de l'Univers

  • 3.7.1. Principe d'inertie : Aristote disait "S'il n'y a pas de force agissant sur quelque chose, il n'y a pas de mouvement". Descartes affirme "S'il n'y a pas de force agissant sur un mobile, il n'y a pas de changement d'état".
  • 3.7.2. Principe de la direction du mouvement : Tout mouvement tend à la ligne droite.
  • 3.7.3. Principe de conservation du mouvement : Il ne se crée ni ne se détruit.

3.8. Les Vérités Éternelles

Dieu se sert des mathématiques pour élaborer les lois physiques qui façonnent le monde. Les mathématiques auraient pu être différentes, car Dieu, dans sa toute-puissance, a choisi les lois à utiliser. Pour Descartes, Dieu est au-dessus des lois logico-mathématiques. Dieu est immuable et ne peut pas changer ce qui a été créé. Ces vérités sont donc nécessaires.

IV. L'Homme

1. Le Dualisme Anthropologique

Seul l'homme possède un "moi" (une âme). Le corps est lié à l'âme par la glande pinéale (relation matière-esprit). Les passions ont leur origine dans le corps, sont involontaires et s'expliquent par la physique.

2. La Morale

  • 2.1. La raison doit dompter les passions.
  • 2.2. La prudence est la vertu suprême.
  • 2.3. La vraisemblance : Il faut souvent suivre ce qui est le plus probable, car tout n'est pas clair et distinct.
  • 2.4. Règles de la morale provisoire :
    • 2.4.1. Respecter les lois et les coutumes de son pays.
    • 2.4.2. Être modéré.
    • 2.4.3. Une fois une décision prise, s'y tenir fermement.
    • 2.4.4. Se changer soi-même plutôt que de vouloir changer le monde.

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