La Philosophie de Kant : Raison Pure et Morale
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I. Critique de la raison pure
La philosophie de Kant est basée sur l'existence de deux faits : d'une part, il y a la science et, d'autre part, la morale. Si nous analysons la science, nous verrons qu'il n'y a pas de liberté, mais un déterminisme (nécessité). D'autre part, il y a la liberté morale, qui n'existe que dans le royaume des humains : la loi morale. Donc, l'homme est soumis à deux lois : les lois de la physique (nécessaires) et la loi morale (la liberté). L'être humain possède une raison théorique qui lui permet de connaître la science, mais aussi une raison pratique qui lui permet de formuler des lois morales et de les mener à bien (obligations) ou non.
La Critique de la raison pure (CRP) est basée sur deux idées principales :
- La philosophie comme une science : Kant se demande si la philosophie pourrait être une science.
- Conditions pour qu'il y ait la science : Afin de clarifier ces questions, nous devons d'abord analyser ce que sont les jugements scientifiques.
Il existe deux types de jugements : les jugements analytiques (le prédicat est inclus dans le sujet, ils sont a priori, universels et nécessaires) et les jugements synthétiques (ils ne sont pas a priori et sont subordonnés à l'expérience). Kant se base sur Newton pour dire que les jugements scientifiques doivent être a priori parce qu'ils sont universels et nécessaires (valables pour tous et immuables). Mais la science possède aussi des jugements synthétiques. Ainsi, la science apporte des jugements synthétiques a priori.
La structure de la connaissance
Pour expliquer cela, Kant distingue la logique de la science, et divise la science en science pure et science appliquée. On peut distinguer deux parties :
- 1. Formelle (mathématique) : dans laquelle le sujet ne contient pas le prédicat, mais qui est un jugement a priori, à savoir : « la ligne droite est la plus courte distance entre deux points ».
- 2. Empirique : par exemple, « tout effet a une cause » ou « tout changement a une cause ».
La question posée par Kant est de savoir comment il est possible d'avoir une connaissance a priori des choses avant l'expérience. Kant se réfère à la grande révolution copernicienne pour l'expliquer. Il affirme : « En supposant que le sujet possède certaines conditions a priori pour percevoir les objets, et que tous les objets doivent nécessairement s'y adapter pour être connus, nous pouvons expliquer ce que nous savons a priori sur le monde. »
Kant considère ensuite le sujet comme le centre, établissant les conditions de l'objet (l'idéalisme). Le sujet doit être actif, il doit apporter sa part. Avant d'aller vers le monde, il sait déjà quelque chose sur le monde. Pour Kant, la réalité en soi (indépendamment du sujet) est appelée « chose en soi », l'« inconnaissable », le « x » ou le noumène. Enfin, il définit le phénomène comme l'objet de la connaissance. Le sujet possède des structures a priori qui déterminent la façon dont nous voyons la réalité. Ces structures sont appelées les formes a priori. Le contenu reçu de l'objet est la matière. Le sujet possède trois facultés de connaître :
1. La Sensibilité (Esthétique transcendantale)
1.1. La première étape est de percevoir. Pour cela, nous avons besoin de données sensibles fournies par la sensibilité. Grâce à elle, les apparences nous sont données. Les apparences peuvent être de deux types : les sens externes (apparences physiques) et les sens internes (événements psychiques en moi).
1.2. Des conditions sont nécessaires à l'existence de l'universalité. Toutes les apparences sont dans l'espace et le temps. Ainsi, nous disons que le sujet impose l'espace et le temps comme formes a priori. Ce sont des intuitions pures et non des concepts. Il est impossible de penser à quelque chose hors de l'espace.
2. L'Entendement (Analytique transcendantale)
2.1. Étude des concepts a priori. La différence entre les animaux et les humains réside dans le langage qui nous permet de comprendre et de porter des jugements, reliant le concept à ce que nous voyons (sujet et prédicat). Savoir quelque chose, c'est lui attribuer un prédicat. Nous avons besoin de concepts a priori purs, que Kant appelle les catégories. Elles sont nécessaires pour penser et sont au nombre de 12, regroupées selon 4 critères :
- Quantité : Unité (universel), Pluralité (particulier), Totalité (singulier).
- Qualité : Réalité (positif), Négation, Limitation.
- Relation : Substance et accident (catégorique), Cause et effet (hypothétique), Communauté (disjonctif).
- Modalité : Possibilité/Impossibilité (problématique), Existence/Non-existence (assertorique), Nécessité/Contingence (apodictique).
Ces concepts purs sont mis en œuvre par le sujet pour porter des jugements. Pour produire un jugement, il faut : 1. Des données empiriques (expérience) ; 2. L'espace et le temps ; 3. Des concepts empiriques ; 4. Des concepts a priori.
2.2. Kant explique que la nature obéit à la raison. Il justifie le principe de causalité, s'opposant ainsi à Hume. Les apparences combinées aux catégories constituent le phénomène par lequel nous comprenons le monde.
2.3. Portée des catégories : On ne peut jamais parler de choses en dehors de notre champ de vision. La connaissance est limitée au phénomène. Je ne peux pas connaître scientifiquement des choses comme Dieu.
2.4. Idéalisme transcendantal : Les catégories sont des formes a priori de la possibilité des phénomènes. Nous connaissons les événements et non les choses en elles-mêmes (noumènes).
3. La Raison (Dialectique transcendantale)
3.1. Le sujet est capable de raisonner, de percevoir et de juger. La raison est la capacité de lier les jugements jusqu'à atteindre un principe général. La métaphysique n'est pas une science car elle ne distingue pas le noumène du phénomène. Il y a trois erreurs majeures en philosophie concernant trois concepts : Dieu (faux témoignage), le Monde (antinomies sur sa finitude) et le Moi (paradoxes).
3.2. L'homme a une disposition naturelle à chercher l'inconditionné à travers trois idées transcendantales : le Moi, le Monde et Dieu. La raison cherche l'inconditionné, le noumène. Kant propose une critique : l'inconditionné est une idée nécessaire de la raison pour organiser l'expérience, mais la connaissance des choses en soi reste impossible.
II. La Morale
Kant a exposé sa morale dans la Critique de la raison pratique. Il s'agit d'une éthique formelle. Kant part d'un fait : les normes morales. Nous sommes obligés de respecter les règles si elles sont universelles et nécessaires ; une norme morale doit donc être a priori ou pure (la loi). Avant Kant, les éthiques étaient a posteriori et matérielles.
1. Les éthiques matérielles
1.1. Elles commencent par définir un souverain bien ou une fin suprême (bonheur, plaisir).
1.2. Elles établissent les moyens d'atteindre cet objectif. Une action est bonne si elle permet d'y parvenir. Kant critique cela car : a) C'est une connaissance inductive basée sur des cas particuliers ; b) C'est contingent, car le plaisir dépend du système nerveux. Cela crée des impératifs hypothétiques (si tu veux X, fais Y), qui n'obligent pas réellement si l'on ne veut pas la fin.
2. L'éthique kantienne
Kant pense que nous devons suivre des règles catégoriques, qui sont des fins en soi (ex: « Ne pas voler »), sans condition. Les actions se divisent en :
- a) Conformes au devoir : par pur devoir (catégorique) ou par intérêt (hypothétique).
- b) Contraires au devoir.
Les règles doivent être basées sur un principe universel a priori. Kant distingue les maximes (individuelles) des lois (universelles). Pour qu'une maxime devienne une loi, elle doit être universalisable. On ne peut vouloir que le bien universel.
2.1. Il y a deux moteurs à l'action : les passions (hétéronomie morale) et la raison (autonomie morale, liberté). L'impératif catégorique manifeste la dignité humaine. Bien que le monde phénoménal soit déterminé, la liberté doit exister dans le monde nouménal. Kant conclut que l'effort moral exige, comme postulats, l'existence d'une âme immortelle et d'un Dieu qui juge nos actions et assure une récompense après la mort.