La philosophie moderne : le rationalisme cartésien
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Point 4. La philosophie moderne : rationalisme cartésien
Vue d'ensemble : le rationalisme dans la philosophie moderne
Caractéristiques générales du rationalisme :
- Importance de la connaissance du sujet. La conscience de soi est la réalité radicale : tout revient à la subjectivité.
- Le rationalisme crée de grands systèmes de pensée à partir de premiers principes, pour en déduire des théorèmes et former un système global par inférence.
- Utilisation de la méthode déductive et logique.
- Préoccupation avec les questions métaphysiques héritées des scolastiques : Dieu, le monde et l'âme.
- Autonomie de la raison. Primauté de la raison contre le dogme et la foi (déisme).
- Les rationalistes appliquent la méthode mathématique à la métaphysique, recherchant des certitudes apodictiques par une recherche rigoureuse et la déduction logique. L'application de la géométrie analytique par Descartes en est un exemple.
Confrontation entre rationalisme et empirisme : ces deux courants sont les principaux de la philosophie moderne. Ils diffèrent quant à l'origine de la connaissance :
- Rationalisme : notre connaissance « bonne et vraie » de la réalité vient de la raison. Cela mène à l'admission d'idées innées.
- Empirisme : toutes nos connaissances viennent des sens. L'empirisme refuse l'idée d'idées innées, car l'esprit naît comme une feuille blanche. Pour les rationalistes, les sens donnent des informations, mais elles sont confuses et incertaines.
Le point de départ cartésien de la réflexion philosophique
La démarche cartésienne inaugure la philosophie moderne en insistant sur l'importance de la connaissance du sujet. La division des idées est importante, mais Descartes conçoit la connaissance et la raison de manière unitaire : la raison est unique. Descartes rêvait d'une réconciliation des pensées humaines : dans les Méditations métaphysiques il entreprend de penser le monde comme une structure logique et de construire une science générale fondant toute connaissance. Il cherche à dépasser la division des idées, ce qui implique la nécessité d'une méthode, exposée dans le Discours de la méthode. Cette méthode s'inspire de la logique aristotélicienne classique et du modèle mathématique.
Méthode cartésienne (épistémologie)
3.1. Règles provisoires de morale
Descartes propose une «morale provisoire» pour vivre durant la période de doute méthodique et pour constituer ensuite une morale définitive. Ces règles sont :
- Attitude de prudence : en cas d'erreur, s'écarter le moins possible de la voie morale.
- Continuer d'agir comme si les coutumes et les lois étaient vraies pour éviter l'indécision stoïque.
- Adapter ses désirs à l'ordre du monde : ne pas vouloir ce qui est inatteignable, afin de vivre heureux et satisfait.
- Cultiver la raison : consacrer sa vie à développer la raison et la connaissance en vue de la vérité.
Pour Descartes, il y a un lien entre bonheur et connaissance : la méthode permet d'assurer l'acquisition des connaissances possibles et la réalisation des biens réels accessibles.
3.2. Recherche de la nouvelle méthode : règles et sources
Sources d'inspiration pour la méthode : la logique aristotélicienne classique et le modèle mathématique (algèbre et géométrie), avec l'intention d'atteindre en philosophie le même degré de certitude et d'accord que dans les mathématiques.
Les attitudes méthodologiques sont :
- Intuition : la lumière naturelle de la raison qui saisit immédiatement des concepts simples.
- Déduction : enchaînement logique des vues et des connexions entre les éléments saisis par l'intuition.
Étapes de la méthode : les quatre règles :
- Règle 1. La preuve (intuition) : ne pas accepter comme vrai ce qui n'est pas connu par une preuve. Ne recevoir que ce qui est clair et distinct ; éviter tout doute. La preuve se manifeste dans l'intuition (l'esprit «voit» immédiatement et clairement une idée), et son modèle est la preuve mathématique. L'idée est un concept mental ; la clarté et la distinction caractérisent la preuve.
- Règle 2. Analyse : diviser les difficultés en autant de parcelles que possible jusqu'aux éléments simples et indivisibles. Diviser les idées composées en idées simples pour trouver l'évidence.
- Règle 3. Synthèse : recomposer les éléments en suivant l'ordre des pensées, du simple au complexe, en reliant chaque partie par le raisonnement déductif.
- Règle 4. Revue : passer en revue l'ensemble du processus pour être sûr de n'avoir rien omis. Si la revue n'est pas complète, la conclusion est incomplète.
La méthode donne de très bons résultats en mathématiques ; Descartes décide de l'appliquer à la philosophie pour voir si elle permet de concilier les pensées humaines. Pour Descartes, il n'y a pas de mystères : tout ce qui peut être connu doit être saisi par des idées claires et distinctes. Comme les arpenteurs, on part des choses simples pour atteindre les questions difficiles et complexes.
Hypothèses de la méthode : 1) la réalité est composée de natures simples ; 2) le savoir consiste à découvrir ces natures simples ; 3) le nativisme (existence d'idées à l'esprit dès la naissance).
3.3. Point de départ : le doute dans le but de surmonter le scepticisme
Doute cartésien : Descartes doute méthodiquement pour atteindre la certitude. Le but du doute est d'assurer la sécurité de la connaissance et de surmonter le scepticisme.
Caractéristiques du doute : il est universel (met en doute toutes les connaissances et l'existence même de la réalité), réel (non simulé), méthodique (le doute est une méthode pour atteindre la certitude) et théorique (le doute ne concerne pas les normes morales que l'on accepte provisoirement).
Champ d'application du doute : le doute cartésien porte sur trois domaines :
- Doute des sens : si les sens nous trompent parfois, pourquoi ne seraient-ils pas trompeurs toujours ? Le doute sur la perception du monde conduit à un doute plus général sur l'existence de la réalité.
- Doute de l'existence du monde : l'indistinction entre éveil et rêve montre que l'on peut douter de l'existence du monde extérieur.
- Doute de la capacité de l'entendement : même les preuves mathématiques peuvent être mises en doute si l'on suppose l'existence d'un malin génie qui nous trompe.
3.4. Résultats : surmonter le doute et critère de la vérité
La première vérité : «Cogito, ergo sum»
Dans le processus de doute, je ne peux pas douter que je doute ; donc le fait de douter implique l'existence de celui qui doute (cogito ergo sum). Je suis un être pensant et donc un être qui existe. Cela ne prouve cependant pas l'existence du corps. Le cogito comprend toutes les opérations intérieures (douter, penser, sentir, imaginer...).
Le cogito est la première vérité, claire et distincte. Son caractère certain repose sur la règle selon laquelle tout ce qui est perçu avec clarté et distinction est vrai. Le cogito est le point de départ de la philosophie moderne, inspiré en partie par saint Augustin : «Si je me trompe, je suis». Pour Descartes, à partir du doute on obtient l'existence du sujet pensant, c'est-à-dire du domaine mental. Le problème suivant est de passer du mental à l'extra-mental, du sujet à l'objet.
Analyse et classification des idées
4.1. Le problème : l'existence de la réalité
Nous avons une idée claire et distincte de la pensée, et une idée de l'objet ; comment prouver l'existence d'une réalité extérieure à la pensée ? Descartes doit conclure à l'existence d'une réalité extérieure en partant du cogito. Les éléments pour la déduction sont la pensée, l'activité («je pense») et les idées présentes en moi.
4.2. Le concept d'idée chez Descartes
Descartes affirme que penser consiste toujours à avoir des idées. Son concept d'idée diffère des philosophies antérieures : alors que la philosophie classique reposait sur les choses, Descartes place les idées au centre : la pensée porte sur les idées, et non directement sur les choses. Le problème est de savoir comment l'«idée» du monde correspond à la «réalité» du monde.
4.3. Nature des idées
Descartes distingue deux aspects des idées : considérées comme actes mentaux, toutes les idées ont la même réalité puisqu'elles proviennent de la pensée ; mais considérées en termes de contenu objectif, chaque idée représente une réalité différente.
4.4. Classification des idées
Trois types d'idées :
- Idées adventices : celles qui semblent venir de notre expérience externe (les sens).
- Idées factices : produites par l'imagination.
- Idées innées : présentes dans la pensée elle-même, comme l'idée de «penser» ou d'«exister». Descartes tient l'idée innée de la substance infinie, c'est-à-dire Dieu, et soutient que Dieu assurera l'existence de la réalité hors de l'esprit.
Solution au problème de la réalité et construction de la métaphysique
Descartes affirme que le soi existe comme substance dont l'essence est la pensée. La substance est la chose qui existe de manière indépendante, n'ayant pas besoin d'autre chose pour exister.
5.1. Digression : la métaphysique de la substance
Concept de substance : une chose qui existe de telle sorte qu'elle n'a pas besoin d'autre chose pour exister.
Types de substances :
- Substance infinie : Dieu, seule substance qui n'a besoin de rien d'autre pour exister.
- Substances finies : il existe deux sortes de substances finies en dehors de Dieu : elles dépendent de Dieu pour exister. Ce sont la res cogitans (la pensée) et la res extensa (la matière). Ces substances possèdent des attributs (ce par quoi nous connaissons la substance) et des modes (les propriétés particulières de la substance).
5.2. Construction de la nouvelle métaphysique
La métaphysique générale de Descartes aboutit à une théologie naturelle. Descartes cherche à démontrer l'existence de Dieu à partir de l'analyse des idées que je possède, et en particulier des idées innées.
Il utilise notamment l'argument ontologique (inspiré de saint Anselme) : l'idée innée de Dieu comme être souverainement parfait implique l'existence réelle, puisque l'existence réelle est une perfection. Si l'être parfait n'existait pas réellement, il ne serait pas absolument parfait. Ainsi l'idée de Dieu suppose son existence.
Autres motifs avancés :
- Argument de l'infini : l'idée d'infini ne peut avoir pour cause un être fini ; il faut une cause qui ait en elle une réalité infinie, à savoir Dieu.
- Argument de la perfection : l'idée de perfection ne peut pas provenir d'un être imparfait ; elle a été mise en moi par une nature plus parfaite, c'est-à-dire Dieu.
Pour Descartes, l'attribut essentiel de Dieu est l'infinité et la perfection du système. Le rôle de Dieu dans la doctrine cartésienne est capital : parmi les idées innées figure l'idée d'un Dieu infiniment bon et vrai, qui ne me tromperait pas en me faisant croire à l'existence du monde alors qu'il n'existe pas. L'existence de Dieu sert ainsi de pont entre le soi et le monde extérieur et permet de résoudre le problème de la réalité.
Monde spécial - métaphysique cosmologique : la res extensa (la matière)
La res extensa est une substance finie qui n'existe que grâce à Dieu (substance infinie). Elle est distincte de la res cogitans (dualisme cartésien). L'existence de mon existence en tant qu'être pensant ne prouve pas l'existence de mon corps, mais je constate des actions et des mouvements qui impliquent l'existence d'une substance corporelle étendue.
L'existence du monde corporel est perçue comme ayant des étendues (longueur, largeur, profondeur), qui sont les attributs des corps. La vérité de l'idée d'extension apparaît comme claire et distincte, et Descartes prouve l'existence du monde par l'existence de Dieu : si Dieu existe et est parfait, il ne me tromperait pas sur l'existence des choses extérieures.
Attributs du corps ou de la res extensa : l'attribut fondamental des corps est l'extension, c'est-à-dire ce qui peut être quantifié mathématiquement. Le mouvement a aussi un rôle important, car il peut être mesuré.
La res cogitans ou substance pensante : le dualisme cartésien affirme que la pensée et l'étendue sont des substances distinctes. Je suis certain de ma pensée, mais je doute de l'existence du corps ; donc la pensée et le corps semblent être des choses différentes. L'homme est composé d'un corps (matière, extension) et d'un esprit ou âme (pensée) qui sont de natures différentes et distinctes.
Cependant, comment s'opère le lien entre corps et âme ? Descartes propose que l'union et la communication entre les deux se font par la glande pinéale, située dans le cerveau, siège de l'âme. Cette solution a été critiquée comme insuffisante. L'objectif du dualisme cartésien peut être en partie de préserver la liberté humaine.