La Philosophie Morale de Kant : L'Impératif Catégorique
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L'Impératif Catégorique et l'Impératif Hypothétique
La Distinction Fondamentale
Les impératifs catégoriques s'expriment généralement sous la forme « tu dois faire X » ou, de manière prohibitive, « tu ne dois pas faire X ». Par exemple, « tu dois être honnête » ou « tu ne voleras pas » sont des impératifs catégoriques. Cependant, la simple formulation linguistique ne suffit pas à déterminer si un impératif est de nature hypothétique ou catégorique. Pour le savoir, il est nécessaire d'examiner ce qui a motivé notre volonté.
Prenons l'exemple de l'impératif « tu ne voleras pas ». Si nous nous abstenons de voler par peur de la police, notre action est conforme au devoir, mais l'impératif qui nous guide est hypothétique : « ne vole pas si tu ne veux pas avoir de problèmes avec la police ». En revanche, si nous nous abstenons de voler parce que l'acte de voler est mauvais en soi, indépendamment du risque d'être pris, alors notre impératif est catégorique.
Les Types d'Impératifs Hypothétiques
Les impératifs hypothétiques s'expriment sous la forme « tu dois faire X si tu veux obtenir Y ». Kant distingue deux types :
- Les impératifs problématiques (règles de l'habileté) : Ils concernent une fin seulement possible, que l'on peut vouloir ou non. Par exemple, « tu dois t'entraîner cet après-midi » est un impératif de ce type si la fin est de bien jouer au match de football demain.
- Les impératifs assertoriques (conseils de la prudence) : Ils concernent une fin que tous les hommes recherchent par nature : le bonheur. Cependant, même ces impératifs ne sont pas universels et nécessaires, car le concept de bonheur dépend des circonstances empiriques de chaque personne.
Selon Kant, l'éthique ne peut se fonder que sur des impératifs catégoriques, car les impératifs hypothétiques sont contingents et particuliers, et non universels.
Les Trois Formulations de l'Impératif Catégorique
Kant propose trois formulations principales de l'impératif catégorique :
- « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »
- « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »
- « Agis comme si, par tes maximes, tu étais toujours un membre législateur dans un règne universel des fins. »
Le Concept du Royaume des Fins
La conception kantienne des êtres raisonnables comme des fins en soi mène au concept de « royaume des fins ». Kant définit ce royaume comme « l'union systématique de divers êtres raisonnables par des lois communes ». Puisque ces lois communes régissent les relations entre des êtres qui sont des fins en eux-mêmes, il est logique de nommer cet ensemble un « règne des fins ».
Selon Kant, un être raisonnable peut appartenir à ce royaume de deux manières :
- En tant que membre : il participe à l'élaboration des lois, mais il y est également soumis.
- En tant que souverain (ou chef) : sa volonté législatrice n'est soumise à la volonté de personne d'autre.
Liberté et Postulats de la Raison Pratique
La Liberté, Fondement de la Morale
La raison théorique ne peut prouver l'existence de la liberté, car elle ne connaît que le monde des phénomènes, où tout est soumis à la causalité naturelle. Or, sans liberté, un comportement ne peut être qualifié de bon ou de mauvais, et le sujet n'est pas moralement responsable. Pour Kant, la liberté est synonyme d'autonomie de la volonté.
Il établit une relation cruciale : « La liberté est la ratio essendi (la raison d'être) de la loi morale, tandis que la loi morale est la ratio cognoscendi (la raison de connaître) de la liberté. » Cela nous amène à considérer que l'homme appartient à deux mondes : le monde sensible (phénoménal) et le monde intelligible (nouménal).
Le Bien Suprême : Vertu et Bonheur
Bien que le bonheur ne puisse être le fondement de la morale, Kant ne néglige pas sa valeur. Il introduit le concept de Bien Suprême, qui est la synthèse de la vertu et du bonheur. La réalisation de ce Bien Suprême est la finalité ultime de la moralité, mais elle soulève des difficultés qui mènent à des postulats.
Les Postulats pour une Morale Possible
Pour que la morale ait un sens, Kant postule trois idées :
- L'immortalité de l'âme : La sainteté (l'adéquation parfaite de la volonté à la loi morale) n'est pas réalisable dans cette vie. Il faut donc postuler une existence future, une immortalité de l'âme, pour permettre un progrès infini vers cette perfection.
- L'existence de Dieu : Dans le monde, il n'y a pas de lien nécessaire entre la vertu et le bonheur (les justes souffrent et les méchants prospèrent). Il faut donc postuler l'existence de Dieu comme une cause suprême capable d'harmoniser le bonheur avec la moralité, assurant ainsi que la vertu soit récompensée.