Philosophie d'Ortega : Raison Vitale et Perspectivisme
Classified in Philosophie et éthique
Written at on français with a size of 7,71 KB.
Le Sens de la Philosophie selon Ortega
La Nécessité de la Philosophie
Pour Ortega, la philosophie est indispensable. L'homme a un besoin vital de comprendre l'univers et « tout ce qu'il y a ». Cependant, la philosophie se trouve actuellement dans une impasse en raison de l'opposition entre le réalisme et l'idéalisme, qu'elle doit maintenant surmonter.
Réalisme et Idéalisme Critiques
Critique de l'Idéalisme
L'idéalisme critique d'Ortega considère le sujet comme l'axe autour duquel tourne la réalité. Le réalisme critique, quant à lui, examine le sujet comme une simple partie de la réalité. Ortega comprend le sujet comme une réalité qui vit ici et maintenant.
Critique du Réalisme
Pour le réalisme, la vraie réalité réside dans les substances (les choses existent en elles-mêmes et sont indépendantes de mon esprit), reléguant la conscience au second plan. Ortega ne peut admettre que l'homme soit juste une simple partie de la réalité. Selon lui, le réalisme a manqué d'accorder de l'importance au « moi » et l'a dilué dans le monde extérieur.
Dépassement du Dilemme
Pour l'idéalisme, les choses sont comme le « moi » les perçoit. Ortega critique cette position car elle va à l'encontre de la vie. Si tout est pensé, alors vivre, c'est souffrir d'une illusion d'optique. Le dilemme entre réalisme et idéalisme est un faux dilemme, car il y a des choses auxquelles personne ne pense, mais il n'y a pas non plus de « moi » sans choses à penser, et le monde n'est pas seulement ce que je pense.
La Vie comme Synthèse
Ortega trouve dans le « vivre » une synthèse intermédiaire qui dépasse le réalisme et l'idéalisme. La donnée radicale de l'univers est la vie, entendue comme le « moi avec le monde ».
Raison Vitale et Ratiovitalisme
La Théorie de la Connaissance Ratiovitaliste
La théorie de la connaissance ratiovitaliste part de la vie. Le ratiovitalisme d'Ortega cherche à surmonter l'opposition entre le rationalisme et le vitalisme. Pour lui, il n'y a ni rationalisme seul ni vitalité seule, mais ratiovitalisme.
La Raison comme Fonction Vitale
Il est erroné de parler de la raison comme de quelque chose de séparé de la vie. Le ratiovitalisme considère la raison comme une fonction vitale, une partie de la vie qui essaie de la comprendre. L'homme a le droit de vivre. La raison est quelque chose que l'homme a dû inventer pour vivre, elle lui est donc essentielle.
Raison Vitale et Histoire
La raison rend compte de la vie, elle ne traite pas de ce qui a été fait, mais de ce qui va être fait. Raison, vie et histoire sont liées. Il ne peut y avoir d'opposition entre la raison et la vie, donc la raison pure doit céder sa suprématie à la raison vitale. Notre tâche consiste à faire de la raison vitale une raison pure.
Critique de la Raison Pure
Depuis la philosophie grecque, la raison a été considérée comme la seule source de connaissance, usurpant la vraie vie. La raison a été comprise comme la conception qui capture l'essence des choses. Cette position a abouti à la raison mathématique des rationalistes du XVIIe siècle et à la raison pure de Kant. Mais la raison « pure » est incapable de capturer l'évolution des réalités. Alors, des anti-rationalismes sont apparus, qui placent la vie avant la raison.
La Raison Vitale comme Compréhension de l'Homme
La raison vitale fait allusion à quelque chose qui concerne toute ma vie. Cette raison m'amène à comprendre l'homme dans une dimension plus complexe que la raison pure. Ainsi, dans ses Méditations sur Don Quichotte, Ortega fait la déclaration suivante : « Je suis moi et mes circonstances. »
Je suis Moi et ma Circonstance
- Je suis moi : Dans la philosophie d'Ortega, la vie est individualisée, l'homme tend vers son ego, vers l'être soi-même.
- Et ma circonstance : Ma vie n'est pas seulement moi, mais toute la réalité qui m'entoure. Le fait est que tout cela m'est imposé et que je ne peux pas le choisir. Donc, ma circonstance serait tout ce qui est autre, les coutumes, les idées, les croyances, etc., qui entourent l'homme.
La Vie comme Projet
L'homme est ma vie : il est un projet. Ortega comprend la vie humaine comme un projet, quelque chose que l'homme doit inventer, une décision constante. Donc, la vie est un projet. L'homme est en fait un être tourné vers le futur, une tâche permanente, un plan pour l'avenir, mais construit dans le présent.
Anticipation du Futur et Esclavage du Présent
Nous vivons en planifiant et en anticipant l'avenir, et ce « projet » est une caractéristique de la raison humaine. Si nous ne vivions que dans le présent, nous serions installés dans l'ici et maintenant. Pour Ortega, vivre esclave du présent est une caractéristique de l'animal.
Circonstance et Vie
La circonstance et la vie sont deux éléments fondamentaux qui composent la vie. Pour Ortega, le destin de l'homme est de se sauver. Vivre, c'est se perdre parmi les choses. L'homme doit se sauver, c'est-à-dire se sauver lui-même.
Raison Historique et Historicisme
La Raison Vitale comme Raison Historique
Cette position ratiovitaliste doit être placée dans un contexte plus large, celui de la raison historique. La raison vitale est constitutive de l'homme. Par conséquent, « l'homme n'a pas de nature, mais il a une histoire ». L'histoire de la vie humaine est quelque chose que l'on fait.
L'Histoire comme Lieu de l'Être Humain
L'homme vit à un moment donné, et c'est à ce moment qu'il doit s'adresser, à partir de et depuis la vie. Il convertit notre avenir en problèmes actuels que nous devons résoudre. L'histoire est le lieu approprié de l'être humain, affecté par les circonstances. L'histoire est le point de départ à partir duquel nous développons notre propre vie.
La Doctrine du Point de Vue : le Perspectivisme
Une Solution Originale au Problème de la Connaissance
Le perspectivisme est la théorie qu'Ortega développe dans son œuvre. Il y trouve une solution originale au problème de la connaissance.
La Réalité et les Multiples Perspectives
Le perspectivisme considère qu'il n'existe pas une vision unique et absolue de la réalité. Chaque homme, chaque vie est un point de vue. Nous connaissons la réalité telle qu'elle se présente à chacun, du point de vue qu'elle nous offre.
Vérité et Complémentarité des Perspectives
Il existe autant de perspectives que d'individus. Les points de vue sont innombrables, et chacun regarde la réalité depuis l'endroit où il lui a été donné de vivre. Par conséquent, pour Ortega, la connaissance est « vraie », mais ce n'est pas une vérité absolue. Personne n'a le droit d'imposer son point de vue, mais de le compléter avec d'autres.
Perspectives Individuelles et Collectives
J'ai une place dans l'espace et dans le temps à partir de laquelle, et seulement à partir de laquelle, je connais les choses. Et, tout comme chaque individu connaît les choses en perspective, les communautés et les peuples ont leur propre perspective spatio-temporelle. Ainsi, aucun village, aucune communauté, aucun individu ne peut absolutiser son point de vue, mais doit le compléter et l'enrichir avec celui des autres.
La Somme des Perspectives et Dieu
La possibilité de parvenir à une somme de tous les points de vue est envisageable. Ortega spécule sur un sujet qui pourrait le faire, qu'il appelle Dieu. Dieu serait la somme de toutes les perspectives divines. Le divin est la somme de toutes ces perspectives.