La Philosophie de René Descartes : Cogito et Certitude

Classé dans Philosophie et éthique

Écrit le en français avec une taille de 7,35 KB

Le Doute Méthodique et la Certitude

Descartes pose la question de ce que l'on appelle l'épistémologie. Puisqu'il n'y a pas de connaissance acquise d'avance, toutes les informations doivent être révisées pour dissiper tout soupçon d'erreur. La vérité est guidée par une méthode théorique. Le doute méthodique est l'utilisation du doute comme voie à suivre, telle une procédure de recherche de la vérité. Il s'agit de douter de tout ce qui présente le moindre soupçon d'incertitude.

Cette exigence est dictée par la première règle de la méthode, qui impose de ne considérer comme vrai que ce qui est évident, c'est-à-dire ce qui se présente à notre esprit clairement et distinctement.

Les Canaux d'Information et le Doute

Ainsi, Descartes examine tous les canaux d'information possibles :

  • Le doute des sens ;
  • Le doute du raisonnement ou de la déduction ;
  • L'absence de distinction certaine entre la réalité et le rêve (veille-sommeil).

Le moment ultime du doute est l'hypothèse du Malin Génie, un être puissant et malveillant qui nous ferait tomber dans l'erreur, même pour les idées qui nous semblent évidentes. Le doute cartésien a la particularité d'être universel. Il s'applique à toutes les choses, qu'elles soient réelles ou non. Contrairement au doute sceptique, le doute méthodique est théorique et provisoire.

La certitude première de Descartes réside dans la proposition : « Je pense, donc je suis » (Cogito, ergo sum). Cette vérité n'est pas obtenue par un raisonnement, mais captée par l'intuition. Pour respecter le critère de vérité et la distinction de l'esprit, nous nous tournons vers l'existence de Dieu, en tant que créateur bienveillant disposé à nous débarrasser du Malin Génie.

La Nature des Pensées et des Idées

La pensée est l'attribut essentiel de la substance pensante, ce qui m'assure de ma propre existence. La pensée englobe la compréhension, la volonté, l'imagination et le sentiment. Pour clarifier le contenu de la pensée, Descartes analyse les idées. Il rompt avec la philosophie scolastique précédente, qui croyait que la pensée reposait entièrement sur les choses et non sur les idées.

Pour Descartes, l'idée est le médiateur de la pensée ; la pensée repose sur les idées et non directement sur les choses, dont l'existence est initialement douteuse. Les idées sont des contenus mentaux dépendant du sujet pensant. Ces idées ont été placées dans le sujet par Dieu. Les idées innées coïncident avec le vrai (claires et distinctes), car l'existence d'une divinité infiniment bonne assure leur correspondance avec la réalité.

Les Trois Types d'Idées selon Descartes

  • Les idées adventices : issues de l'expérience sensible et de la réalité extérieure (ex: l'idée du soleil).
  • Les idées factices : construites par l'esprit à partir d'autres idées (ex: la licorne).
  • Les idées innées : provenant de ma propre nature (ex: l'idée de la pensée, de l'infini).

Descartes distingue également la réalité objective des idées, leur réalité formelle propre, et la réalité éminente des objets, souvent moins précise que la forme.

Le Cogito et le Critère de Vérité

Descartes commence sa philosophie en doutant délibérément de toute connaissance possible. Le doute méthodique, procédure d'enquête philosophique, s'étend de nos sens à notre capacité de raisonnement, nous rendant incapables de distinguer la réalité du rêve. Nous rencontrons aussi le doute hyperbolique représenté par le Malin Génie.

En doutant de tout, nous découvrons une vérité incontestable : « Je pense, donc je suis » (Cogito). Cette vérité n'est pas la conclusion d'un argument, mais un processus productif par lequel je prends conscience que, même si je me trompe ou si tout est faux, il est clair que je suis celui qui doute. Cette vérité permet de réfuter les théories sceptiques.

L'Essence du Soi et le Dualisme

L'essence du soi est la pensée : je suis une substance pensante (res cogitans). Cette déclaration constitue la deuxième vérité cartésienne. Descartes revient à un dualisme où le soi est défini comme l'âme pensante, distincte du corps (res extensa). Cette séparation est possible car nous pouvons douter de notre corps, mais pas de notre pensée. Ce système pose le problème de la communication entre le corps et l'esprit, que Descartes tente de résoudre via la glande pinéale.

Le Besoin de Dieu dans le Système Cartésien

Le critère de vérité est une règle qui nous indique quand nous pouvons être sûrs de quelque chose. Une idée est claire lorsqu'elle est présente directement à l'esprit, et distincte lorsqu'elle est séparée de toute autre idée. Cependant, l'hypothèse du Malin Génie pourrait remettre en question ces intuitions évidentes.

Le besoin de Dieu constitue la quatrième vérité. Il est nécessaire pour garantir la validité des critères de clarté et de distinction. Puisque j'ai été créé par un Dieu bon, celui-ci m'empêchera de tomber dans l'erreur systématique et fera obstacle au Malin Génie. L'existence de Dieu est la garantie absolue et finale du critère de vérité.

Les Preuves de l'Existence de Dieu

Le critère de vérité assure que mes pensées claires et distinctes correspondent à des réalités extérieures, mais cela nécessite de prouver que Dieu existe et qu'il n'est pas trompeur. Les preuves cartésiennes partent du Cogito, seule certitude initiale.

Les Trois Preuves de l'Existence de Dieu

  1. La preuve par l'idée de perfection : Nous possédons en nous l'idée de Dieu, compris comme une substance parfaite. Cette idée n'est ni adventice (les sens ne perçoivent rien d'infini), ni factice (l'imagination ne peut créer la perfection). Elle est donc innée. Le parfait ne pouvant être l'œuvre de l'imparfait, seul Dieu peut être la cause de cette idée en nous.
  2. La preuve par la cause de mon existence : Si j'étais l'auteur de mon propre être, je me serais donné toutes les perfections. Puisque je suis fini et imparfait, mon créateur doit être un être plus parfait que moi : Dieu.
  3. La preuve ontologique : Proposée initialement par Anselme de Cantorbéry, elle stipule que l'essence d'un être parfait implique nécessairement son existence. On ne peut concevoir un être parfait sans existence, de même qu'on ne peut concevoir un triangle sans trois côtés.

En conclusion, l'existence de l'Être Parfait annule l'hypothèse du Malin Génie. Dieu, dans son infinie bonté, garantit que les idées perçues clairement et distinctement par le sujet correspondent effectivement à la réalité.

Entrées associées :