Les Présocratiques, les Sophistes et Socrate : Fondements de la Philosophie Grecque

Classé dans Philosophie et éthique

Écrit le en français avec une taille de 11,74 KB

Les Présocratiques, les Sophistes et Socrate

Point 1 : Sophistes et Socrate face aux Présocratiques

Transition du Mythe au Logos

Le mythe doit être compris et interprété comme les récits traditionnels enregistrés par les poètes, qui donnaient une réponse au problème de l'origine des êtres et des événements. Les explications mythiques diffèrent des explications rationnelles en recourant aux volontés surnaturelles, et sont par conséquent arbitraires. Au VIIe siècle av. J.-C., de nouvelles explications apparaissent en Grèce.

  • Explications physiques : Elles expliquent les phénomènes à travers des éléments naturels.
  • Explications métaphysiques : Elles tentent d'expliquer rationnellement, mais se tournent vers des éléments qui dépassent le simple constat naturel.

La Nature comme Problème

Le terme « présocratiques » ne renvoie pas seulement aux philosophes antérieurs à Socrate ; certains sont incorporés dans l'objet de leurs spéculations. Par nature, on entend tous les êtres naturels. La question centrale est : Quelles sont les causes qui font que les choses changent, cessent d'être ce qu'elles sont et deviennent n'importe quoi ?

Le changement naturel amène les philosophes présocratiques à se demander ce que sont réellement les choses. Le projet commun des présocratiques est la tentative de rationaliser le changement en trouvant une unification dans la multiplicité des êtres observée dans l'expérience. Cette unification réside dans certaines choses qui sont la source et le soutien du changement.

Cet être immuable, qui est le début de tout ce qui est généré et corrompu, est appelé l'« Archè ». Selon que l'explication rationnelle est « physique » ou « métaphysique », les philosophes adoptent une forme ou une autre d'explication.

La culture grecque disposait de réponses mythiques et religieuses à ces problèmes. Le présocratique aborde le problème avec la conviction que l'univers doit avoir un sens rationnel.

L'École Ionienne

La première réponse philosophique (fin du VIIe siècle av. J.-C.) est donnée par Thalès, qui ouvre l'école ionienne et fournit une première explication physique. Pour Thalès, l'Archè est une entité physique unique : l'eau, dont toutes choses dérivent.

  • Anaximandre de Milet dit que l'Archè n'est pas quelque chose de spécifique que l'œil peut saisir, mais un être indéfini (l'apeiron).
  • Anaximène pensait que l'Archè était l'air.

Les Pluralistes

D'autres philosophes estimèrent qu'il n'était pas possible que des êtres si différents proviennent d'une seule Archè. Pour eux, l'Archè n'est pas une, mais plusieurs, bien que toutes soient matérielles. Ces philosophes sont les pluralistes.

  • Empédocle d'Agrigente affirme que l'Archè est constituée de quatre éléments : terre, air, feu, et eau, qui se fusionnent pour former les choses. Il ajoute que l'Amour et la Haine sont les causes qui lient ou séparent ces éléments, produisant ainsi le changement et le mouvement de la nature.
  • Anaxagore de Clazomènes soutenait que les êtres naturels sont composés de substances infinies appelées Homéoméries. Dans n'importe quel objet se trouvent des Homéoméries, même en petite quantité.

Dans le pluralisme, on trouve également les atomistes : Leucippe et Démocrite d'Abdère. Pour eux, tout revient à de petites particules indivisibles appelées atomes, se déplaçant dans l'espace vide. Les atomes sont immuables en taille, forme, poids et subtilité.

L'École Italique (Pythagorisme)

Son fondateur fut Pythagore de Samos. L'originalité de Pythagore est de souligner que l'être matériel n'est pas ce qui est vraiment significatif. Pour Pythagore, l'essence est le nombre. Le nombre explique la nature des choses que nous observons et leurs propriétés. Les relations entre les nombres détermineraient le comportement des êtres.

Héraclite d'Éphèse

Héraclite aborde le problème par une spéculation métaphysique. Il fait du changement la caractéristique essentielle : tout coule, tout change constamment. Il prend le feu comme représentation de ce devenir. Le feu n'est pas à comprendre comme un simple élément physique, mais comme la représentation du devenir. Héraclite semble penser que derrière le changement apparent, il y a une loi directrice immuable.

Parménide d'Élée

Parménide est le grand représentant de la pensée métaphysique et le fondateur de l'école d'Élée, considéré comme le plus important des présocratiques.

Il formule le « principe d'identité » : « L'Être est, le Non-Être n'est pas ». Sur ce principe, Parménide dérive des postulats que doit remplir tout ce qui est :

  • L'Être doit être un.
  • L'Être est éternel (il a toujours été et sera toujours).
  • L'Être est illimité (sans limites).
  • L'Être est immuable (rien ne peut changer, modifier, car changer impliquerait de devenir ce qu'il n'est pas).

Parménide caractérise l'Être comme éternel, infini et immuable, mais les choses nous apparaissent multiples, éphémères, limitées et variables. Cela conduit Parménide à distinguer deux voies :

  1. La voie de la vérité : Celle de ce qui est, accessible par la droite raison.
  2. La voie de l'opinion : Celle de ce qui peut être et ne peut pas être, accessible par le sens.

Parménide distingue ainsi pour la première fois deux domaines de la philosophie : le monde sensible (que l'on voit et touche, mais qui est absurde face au principe d'identité, donc irréel) et la raison (pensable sans contradiction, non accessible par les sens).

L'approche de Parménide eut un impact énorme, formant l'école d'Élée, qui mit en évidence Mélissos de Samos et surtout Zénon d'Élée. Avec Héraclite, ils forment un dilemme intellectuel autour duquel gravitera toute la pensée grecque. Après Parménide, la tentative philosophique sera de concilier le monde sensible et le monde rationnel.

Les Sophistes et Socrate

Les Entreprises et les Modèles Éducatifs

L'idéal de vie grecque était incarné par le modèle du guerrier et ses vertus, culminant dans l'idéal du héros homérique, Achille. Cet idéal était transmis par les poèmes héroïques et les ménestrels, qui jouaient le rôle d'éducateurs dans la société traditionnelle.

Avec l'avènement de la démocratie, le modèle guerrier est remplacé par celui du citoyen. L'idéal du citoyen devient le sage, et l'éducateur qui rend les citoyens sages est le sophiste.

L'Enseignement du Sophiste

Les sophistes étaient des enseignants itinérants qui offraient leur enseignement en échange d'argent. Ils enseignaient les compétences nécessaires aux citoyens pour exercer leurs fonctions publiques, notamment la rhétorique et la politique.

Concernant la rhétorique, ils développèrent une compétence leur permettant de prouver n'importe quelle thèse et de l'enseigner :

  • Thèse relativiste : Toutes les opinions, même contradictoires, sont vraies.
  • Thèse sceptique : La vérité n'existe pas.

En politique, le politicien devait indiquer ce qui était le meilleur pour la polis. Les sophistes se présentaient comme maîtres de la vertu, capables de l'enseigner.

Les premiers sophistes défendirent le conventionnalisme. Traditionnellement, l'origine et la valeur des lois éthiques et politiques résidaient dans la volonté des dieux. Le problème était de savoir si ces lois pouvaient être fondées sur la nature humaine ou si elles étaient purement conventionnelles (un accord conclu par les humains).

Les sophistes croyaient que l'origine des lois humaines était conventionnelle, leur valeur dépendant uniquement de ceux qui les appliquent.

Plus tard, certains sophistes de la deuxième génération, comme Calliclès et Thrasymaque, conclurent que la nature humaine commune et immuable se révèle dans la recherche du plaisir et du pouvoir du plus fort, qui sont les seules lois naturelles. Les règles des cités sont alors des lois arbitraires établies contre cette nature.

Socrate

Biographie et Philosophie

À Athènes, dominée par les sophistes qui avaient dévalué la vérité, Socrate apparut comme un perturbateur. Ses questions s'opposaient à leur prétendue sagesse, et sa quête inlassable de la vérité canalisa la philosophie, que son disciple Platon finira par séparer de la sphère de la rhétorique.

Socrate introduisit deux techniques largement utilisées dans les dialogues : la définition universelle et le raisonnement inductif (généraliser à partir de plusieurs cas où un bien est trouvé).

Les questions qui intéressaient Socrate, contrairement aux philosophes antérieurs (mais en accord avec les sophistes), étaient les questions morales.

Socrate est connu pour son intellectualisme moral : être bon, c'est savoir ce qui est bon ; le mal est l'ignorance de ce qui est bon. Un homme est mauvais par ignorance, c'est-à-dire parce qu'il ignore ce qu'est le bien.

Socrate n'a laissé aucun écrit. Ses disciples, comme Xénophon et Platon, ont écrit sur lui. Au début des dialogues platoniciens, Socrate est le porte-parole de la philosophie socratique, mais progressivement, Platon fait évoluer le personnage, rendant difficile la distinction entre la pensée platonicienne et la pensée socratique.

Les Écoles Secondaires Socratiques

Socrate est l'initiateur de la période la plus importante de la philosophie grecque. Son influence se manifesta dans ses disciples qui formèrent des écoles pour expliquer leur propre réflexion. Parmi eux, Platon se distingue par son importance.

D'autres écoles formèrent ce que l'on appelle les petites écoles socratiques :

  • L'école d'Élis : Attachée à la réforme de l'éducation et de la vertu.
  • L'école de Mégare : Tentait de fusionner le « Bien » de Socrate avec l'« Être » immuable de Parménide.
  • L'école d'Antisthène (Cynisme) : Sa conception éthique visait à atteindre le bonheur par la maîtrise de soi, l'autosuffisance et l'indépendance (la vertu). Diogène prônait de vivre selon la nature, rejetant tout ce qui est artificiel et conventionnel. Pour les cyniques, il n'y a ni maître ni esclave ; le sage n'a ni famille, considérant femmes et enfants comme communs.
  • L'école de Cyrène (Cyrénaïque) : Fondée par Aristippe de Cyrène, elle est à l'opposé du cynisme. Aristippe défend le pur hédonisme : le plus grand bien est le plaisir présent.

Entrées associées :