Primo de Rivera : la dictature en Espagne (1923–1931)

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La dictature de Primo de Rivera

Le coup d'État militaire de Primo de Rivera, le 12 septembre 1923, eut des causes diverses :

  1. Les conséquences de la campagne annuelle : l'armée exigeait davantage de moyens pour venger l'humiliation, que le gouvernement n'était pas disposé à accorder. La dissolution des Cortes en 1922 et l'affaire Picasso provoquèrent le rejet par les milieux conservateurs et au Parlement.

  2. La montée du nationalisme en Catalogne et au Pays basque fut perçue comme une menace à l'unité du pays par la droite conservatrice.

  3. L'alarme de l'oligarchie face à la division des partis dynastiques, à la progression des républicains et des partis socialistes, et à la menace du mouvement ouvrier.

La dictature militaire fut considérée par les militaires comme une solution possible à l'instabilité politique en cours, la seule manière, à leurs yeux, d'arrêter l'affaire Picasso, et ce facteur détermina en grande partie le coup d'État.

Directoire militaire (1923–1925)

Le coup réussit grâce au silence et au soutien d'Alphonse XIII, qui autorisa Primo de Rivera à former un gouvernement.

Bien que Primo de Rivera se soit présenté au pays dans un manifeste où il exprimait une volonté régénératrice, les premières mesures visaient à établir une dictature militaire. Il devint chef du gouvernement, entouré d'un Directoire militaire. Il déclara l'état de guerre et reprit le contrôle militaire du gouvernement civil. Les garanties constitutionnelles furent suspendues et le Parlement dissous, tandis qu'une censure de la presse fut instaurée. Il y eut peu d'opposition immédiate ; les syndicats et les partis de gauche furent mis en attente.

Le gouvernement de la dictature entreprit quelques réformes : le Statut municipal de 1924 et la Loi provinciale de 1925, visant à étendre l'autonomie des municipalités et des autorités locales.

En Catalogne, les conseils provinciaux furent dissous ; la Mancomunitat fut interdite, de même que certains symboles (drapeau, hymne), et la langue catalane fut limitée à la sphère privée.

En 1924 fut créée l'Union patriotique, organisation dirigée par l'autorité militaire pour unifier catholiques et groupes conservateurs soutenant la dictature.

Pour maintenir l'ordre public, furent interdites les manifestations et protestations, et des mesures répressives furent adoptées contre les organisations de travailleurs.

Le grand succès militaire de la dictature fut la conclusion de la guerre au Maroc. En 1924, après l'octroi d'une amnistie et la réduction des effectifs, un retrait partiel fut ordonné. Lorsque, en 1925, Abd el-Krim mena des opérations dans la zone française du Protectorat, l'Espagne et la France signèrent une alliance militaire qui permit le débarquement d'Al Hoceima, opération conjointe qui affaiblit la rébellion du Rif et entraîna l'effondrement du pouvoir d'Abd el-Krim.

Directoire civil (1925–1930)

À la fin de 1925, Primo de Rivera décida de remplacer progressivement les militaires par un gouvernement civil afin d'institutionnaliser la dictature.

En 1927, il convoqua une Assemblée nationale consultative, principalement composée de membres de l'Union patriotique. Elle fut chargée d'élaborer une constitution qui ne satisfit personne et ne entra donc jamais en vigueur.

Un Conseil national du Travail fut créé (1924) et une série de lois relatives aux contrats de travail, aux accidents du travail, aux allocations pour familles nombreuses et à l'assurance maternité furent adoptées. En 1926, fut mise en place une organisation corporative destinée à réglementer la négociation des accords ; une représentation syndicale encadrée collabora avec l'UGT, qui monopolisa en pratique la représentation des travailleurs dans certains comités.

La politique économique reposait sur l'intervention de l'État : le Conseil national économique fut créé en 1924 et intégré au ministère de l'Économie nationale en 1928. L'objectif était de relancer l'économie par des travaux ferroviaires, routiers et hydrauliques.

L'opposition au régime (à partir de 1928)

L'opposition au régime se structura progressivement :

  • Les partis dynastiques refusèrent de coopérer avec la dictature et exigèrent le rétablissement de la constitution et la tenue d'élections.
  • Les républicains commencèrent à s'organiser en 1926 au sein de l'Alliance républicaine, qui devint une référence politique identifiant le républicanisme à la démocratie.
  • Les partis et organisations ouvrières se mirent à mobiliser les travailleurs dès 1927.
  • Le nationalisme catalan entra en confrontation ouverte avec le régime.
  • Les intellectuels rejoignirent la critique du régime et soutinrent les étudiants et la Fédération universitaire espagnole (FUE) lors des manifestations débutées en février 1929 contre la tentative du gouvernement d'encourager des universités privées, ce qui entraîna la fermeture des universités de Madrid et de Barcelone.
  • Un mécontentement militaire apparut également : rivalités personnelles, arbitraire de Primo dans les promotions et opposition des officiers les plus libéraux troublèrent la vie casernée, jusqu'à une tentative de révolte en février 1929.

En octobre 1929 eut lieu le krach de Wall Street. Plus tard cette année-là, une vague de grèves secoua le pays et la peseta s'effondra. Le 27 janvier 1930, Alphonse XIII accepta la démission de Primo de Rivera.

D'Alphonse XIII à la Deuxième République

Alphonse XIII nomma Premier ministre le général Dámaso Berenguer, avec pour objectif le retour à l'ordre constitutionnel.

Le nouveau gouvernement fut incapable de remédier à la situation économique critique, marquée par le ralentissement de la production et la hausse du chômage.

Tout au long de 1930, l'opposition s'amplifia. Les républicains connurent une progression spectaculaire avec l'arrivée de personnalités issues des partis dynastiques et du nationalisme, et avec le soutien de jeunes militaires.

En août 1930, républicains et nationalistes — rejoints en octobre par le Parti socialiste et soutenus par la CNT — signèrent le Pacte de San Sebastián : un front uni contre la monarchie. Ils organisèrent un Comité révolutionnaire pour préparer un soulèvement ; la tentative de décembre 1930 échoua.

Berenguer annonça son intention de tenir des élections et tenta de promouvoir un parti monarchiste vainqueur, sans succès. Le 14 février 1931, il présenta sa démission. Le nouveau Premier ministre, Aznar, convoqua des élections pour le 12 avril. Les résultats furent perçus comme un référendum entre monarchie et république : le fort soutien urbain aux candidats républicains conduisit le souverain à renoncer à la couronne et à quitter le pays. La Deuxième République fut proclamée le 14 avril 1931.

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