Réalité et poésie dans La Maison de Bernarda Alba

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Réalité et poésie dans La Maison de Bernarda Alba (par le professeur Manuel Cifo)

Il semble que La Maison de Bernarda Alba soit inspirée de faits réels. La famille Alba a existé dans la réalité, et l'auteur a pu observer et s'en inspirer en 1935.

Un cadre andalou symbolique

La maison propose un espace typiquement andalou : rideaux de jute garnis de glands et de volants, chaises de quenouilles, murs épais, portes voûtées, etc. Par ailleurs, la maison est caractérisée par sa blancheur, qui s'estompe symboliquement au fil de l'œuvre (salle blanche au premier acte, aspect légèrement bleuâtre au deuxième, et teinte plus sombre au troisième).

À côté du blanc, le noir du deuil est tout aussi réel et symbolique : robes noires, éventails noirs, etc. Ce contraste entre le blanc et le noir est accentué dans l'acte III, lorsque Bernarda et Martirio montent sur scène en jupon et châle noir, et quand les ténèbres de la nuit retiennent la couleur de l'étalon blanc.

Structure sociale et patriarcat

L'œuvre reflète parfaitement le système patriarcal (ou matriarcal, dans ce cas) de ces années-là, source de malheur, de souffrance et de rébellion. Elle montre clairement le rôle des femmes et des hommes : « Fil et aiguille pour les filles. Fouet et mule pour l'homme. »

Les mariages sont souvent arrangés, en marge de la volonté des enfants, et davantage axés sur les questions économiques et sociales que sur l'amour, comme dans le cas de la relation entre Pepe el Romano et Angustias. Il est question d'argent, de terres et de bois.

Une fois mariée, la femme doit s'occuper de la maison et de la famille sans rien demander au mari : « Ne demande rien. Et quand tu te marieras, demande encore moins. »

Les composantes réalistes

Federico García Lorca fournit plusieurs aspects qui renforcent la composante réaliste de l'œuvre :

  • Reflet fidèle de la société de l'époque, compartimentée, avec ses divers groupes sociaux et ses défauts.
  • Présence d'éléments folkloriques : façon de s'habiller, croyances, superstitions, pratiques religieuses et la préoccupation pour le célèbre cliché : « Qu'en dira-t-on ? »
  • Utilisation de la langue.

Les éléments poétiques et symboliques

L'œuvre intègre également des éléments poétiques :

  • Figures de style : métaphores, comparaisons, hyperboles, parallélismes morphosyntaxiques et sémantiques.
  • Symboles clés :

Symboles majeurs

  • L'eau : liée à la soif des jeunes filles, c'est-à-dire au désir sexuel. L'eau du fleuve est une eau vive, fertilisante, associée à la rencontre amoureuse. En revanche, l'eau du puits est un symbole d'eau stagnante, morte et empoisonnée.
  • Les couleurs : le contraste noir et blanc. Le blanc symbolise la vie, l'amour, la liberté, mais aussi la répression et la mort. Le vert est associé à l'espoir (la robe verte d'Adela, les fleurs).
  • Le blé : associé à la fertilité et au masculin. La paille de blé est liée au sexe.
  • L'étalon : représente la force de la nature, l'instinct et la passion débridée. Associé à Pepe el Romano, l'étalon blanc dans les ténèbres préfigure la mort d'Adela.
  • Les fleurs : symbole d'amour, de passion et de désir sexuel.
  • Les moutons : portés par María Josefa à la fin de l'œuvre, ils peuvent faire référence au sacrifice d'Adela, donnant sa vie pour la liberté.

Sources littéraires

Certains chercheurs évoquent les sources littéraires de García Lorca. La notion d'honneur très stricte de Bernarda Alba renvoie à la tradition du théâtre de l'Âge d'or, notamment celui de Calderón de la Barca. On peut également y voir une influence de La Célestine concernant la relation entre serviteurs et maîtres.

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