Régénération politique, nationalismes et crise de 1917 en Espagne

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La régénération politique sous la Restauration

Depuis le début du règne d'Alfonso XIII, plusieurs politiciens ont cherché à réaliser les principes régénérationnistes de Joaquín Costa. Les conservateurs et les libéraux, notamment Maura et Canalejas, ont tenté de mettre en œuvre des projets de réforme au sein du système.

Mais ils échouèrent en raison de l'usure et de l'instabilité politique.

En 1906 se manifesta la première crise importante du système de la Restauration, qui devait assurer la primauté du pouvoir civil sur les militaires.

L'une des préoccupations du régime de la Restauration fut de mettre fin à la présence active et excessive de l'armée dans la vie politique.

Le gouvernement d'Antonio Maura

Le nouveau gouvernement d'Antonio Maura entreprit une série de réformes présentées comme conservatrices mais à visée régénératrice. Maura projetait la régénération du système par des réformes du pouvoir, en s'appuyant sur une « masse sociale neutre ». Avec ce soutien, il souhaitait instaurer un État fort.

Ses objectifs incluaient notamment la revitalisation politique par la réforme des collectivités locales et la révision des lois électorales. Il proposa :

  • une loi sur la réforme de l'administration locale, première étape pour limiter le caciquisme (ce projet ne fut toutefois pas adopté) ;
  • des projets de loi électorale et de réforme municipale visant à rendre la fraude électorale plus difficile.

Maura impulsa également une politique sociale visant à améliorer certains aspects de la condition ouvrière. Sur le plan économique, son gouvernement mit en place des mesures interventionnistes.

Baisse de Maura

Après la catastrophe de 1898 et la perte des dernières colonies, l'Espagne orienta son attention vers le Nord de l'Afrique, où se jouait la répartition des zones d'influence entre puissances européennes. Pour assurer la défense de Melilla, il fallait une armée forte espagnole.

Lorsque les troupes furent envoyées au Maroc, éclata une révolte qui donna lieu à la Semaine tragique. Par la suite se forma un comité de grève qui déclencha une grève générale le 26 février. Les habitants se révoltèrent contre l'Église et l'état de guerre fut proclamé. La révolte se conclut par des blessés et des morts, conséquence de la répression gouvernementale.

La répression qui suivit fut très dure, ce qui créa un bloc d'opposition de gauche réclamant la démission de Maura. À cette situation s'ajouta la rupture d'alliances politiques dynastiques. Le roi Alfonso XIII dissout le Parlement et confia finalement le gouvernement aux libéraux.

Canalejas et le réformisme libéral

Après la mort de Sagasta, José Canalejas forma un gouvernement libéral (1910) et entreprit un programme régénérateur destiné à obtenir l'appui de la classe ouvrière.

Parmi ses mesures marquantes :

  • la limitation du pouvoir de l'Église ;
  • la préparation de la dite « loi du cadenas » pour contrôler l'ingérence d'ordres religieux dans certains domaines.

Canalejas tenta de mettre en œuvre la régénération mais fut assassiné en 1912.

La naissance du nationalisme régional

Sous la Restauration, certaines régions cherchèrent à valoriser leur langue et leur histoire : on parla de mouvements « régionalistes » puis « nationalistes ». Ces mouvements furent souvent soutenus par la bourgeoisie régionale, qui, pour préserver ses intérêts, ne souhaitait pas dépendre de Madrid.

Le catalanisme

Ses origines remontent à la première moitié du XIXe siècle. Durant la Restauration, le catalanisme prit une forme politique sous l'influence de Valentí Almirall. Des forces conservatrices locales formèrent leur parti en 1887 et présentèrent un programme régional fidèle à la monarchie mais exigeant une large autonomie.

Les représentants catalans souhaitaient un projet d'autonomie propre, la promotion de la langue catalane et la préférence des Catalans pour les emplois dans les services publics.

Le nationalisme basque

Le point de départ du nationalisme basque fut la contestation de la suppression de privilèges traditionnels. Son fondateur, Sabino Arana, développa une théorie nationaliste fondée sur la revendication de la race, la défense de la morale et du catholicisme, l'anti-espagnolisme et l'indépendance. Il fonda ensuite le Parti nationaliste basque (PNV), marqué par un discours souvent anti-espagnol.

La crise de 1917

Après la mort de Canalejas, les partis dynastiques perdirent en crédibilité : les politiciens semblaient devoir leur pouvoir au roi davantage qu'à l'électorat, ce qui fragilisa le régime.

Neutralité pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918)

La neutralité espagnole entraîna une conjoncture favorable à l'économie : les puissances en guerre avaient besoin de produits alimentaires et l'Espagne en profita. Toutefois, ce boom fut mal réparti ; la pénurie de produits de première nécessité et la hausse des prix provoquèrent des tensions sociales.

La révolution militaire

En raison du traitement et des conditions des officiers servant au Maroc, les militaires de la péninsule réclamèrent des promotions, des augmentations de salaire et davantage de considération. Finalement, le gouvernement adopta la Loi sur l'Armée de terre (1918), attribuant promotions et améliorations de traitement.

La révolution bourgeoise

À la suite des crises politiques fréquentes, le président du Conseil Dato suspendit les Cortès en février 1917. Par la suite, des parlementaires catalans appelèrent à la convocation d'une session constituante des Cortès. Le refus du gouvernement et les entretiens avec le roi conduisirent à un affrontement entre les députés catalans et le gouvernement central.

La révolution ouvrière

La neutralité pendant la guerre, la hausse des prix et la pénurie provoquèrent un appauvrissement d'une partie importante de la population salariée. Les tensions sociales croissantes entraînèrent une radicalisation du mouvement syndical. La crise aboutit à une grève générale soutenue par l'UGT, la CNT, le PSOE et certains secteurs républicains.

Les grévistes affrontèrent l'armée, qui fit des morts et des blessés à Madrid, Barcelone et ailleurs. La collaboration entre l'armée et le gouvernement dans la répression permit de préserver la monarchie et de maintenir le système. La bourgeoisie catalane se désolidarisa du mouvement ouvrier radical à la suite de la crise de 1917.

Le problème du Maroc

L'intervention espagnole au Maroc fut coûteuse et dangereuse : les troupes furent souvent attaquées et subirent de lourdes pertes. Plus tard, les forces espagnoles à Melilla subirent environ 12 000 victimes, situation analysée dans le rapport connu sous le nom de « rapport Picasso ».

Le coup d'État de Primo de Rivera

L'oligarchie au pouvoir et le roi cherchèrent une solution militaire au désordre politique. Dans la nuit du 12 au 13 septembre 1923, le capitaine général de Catalogne, Miguel Primo de Rivera, proclama à Barcelone l'état de guerre et la suspension de la Constitution de 1876. Le roi approuva le coup d'État et nomma Primo de Rivera à la tête d'un conseil gouvernemental qui gouverna le pays pendant les sept années suivantes.

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