Restauration Bourbonienne en Espagne : Cánovas, le Système Bipartite et la Crise de 1898
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L'Architecte de la Restauration : Cánovas del Castillo
L'architecte de la restauration du système politique fut Cánovas del Castillo. Son objectif était de restaurer la monarchie et le système représentatif dans sa version doctrinale (souveraineté partagée, fondée sur le suffrage censitaire). Cánovas del Castillo réussit à obtenir l'abdication d'Isabelle II en faveur de son fils Alphonse, visant à établir fermement le pouvoir civil et à faire du roi le chef suprême de l'armée.
Nature et Principes du Régime de la Restauration
La Restauration n'était pas un système démocratique, mais libéral, soutenu par une bipartite stable, intéressée principalement par les affaires et l'économie. L'Alfonsisme, défini par le Manifeste de Sandhurst rédigé par Cánovas, présentait une idéologie monarchiste politique commune et un libéralisme qui en faisait un système politique libéral conservateur, dont les principes étaient les suivants :
- La reconnaissance de la légitimité historique de la monarchie comme principe indépendant de la souveraineté nationale.
- Le modèle politique fondé sur la souveraineté partagée entre le roi et le parlement.
- La monarchie constitutionnelle composée de forces politiques et sociales acceptant ces principes.
- Un sentiment de patriotisme, libéral et catholique comme fondement du régime.
Le Rôle de la Monarchie et l'Alternance des Partis
Le rôle de la monarchie était de gérer la vie politique en assurant l'alternance au pouvoir des deux partis dynastiques :
- Le Parti Libéral-Conservateur (Parti Conservateur), organisé durant cette période. Son chef fut Cánovas del Castillo et ses membres appartenaient à l'aristocratie et à la gentry.
- Le Parti Libéral-Fusion (Parti Libéral), qui regroupait différents secteurs, professionnels et classes moyennes, sous la direction de Sagasta. Son programme était plus réformiste et laïque.
Ces deux parties étaient des notables, possédant des journaux, des lieux de rencontre et des comités dans toutes les régions.
L'Alternance et la Corruption Électorale
Ces deux partis alternèrent dans l'exercice du pouvoir jusqu'à la crise de 1898. Le Parti Libéral arriva au gouvernement en 1881. Après la mort d'Alphonse XII, un accord fut conclu entre les deux dirigeants pour maintenir les règles durant la régence de Marie-Christine de Habsbourg. Sous le gouvernement libéral, une législation plus progressive fut adoptée : l'abolition de l'esclavage dans les colonies et le suffrage universel masculin.
L'alternance au sein du gouvernement fut rendue possible par un système électoral corrompu, qui exerçait une pression sur l'électorat en utilisant l'influence et le pouvoir de certains individus sur la société : les chefs. Autrement dit, le résultat de l'élection était décidé à l'avance.
Paix Intérieure et Extérieure
La politique canoviste obtint la paix intérieure et extérieure : la Guerre Carliste se termina en 1876, abolissant les privilèges, mais fut ensuite réglée par un accord économique qui fixait la contribution de chaque province basque au Trésor. La Guerre des Dix Ans à Cuba prit fin en 1878 avec la Paix de Zanjón, laissant la question de l'esclavage non résolue (il ne fut aboli que des années plus tard).
La Constitution de 1876
Les Cortès constituantes furent élues au suffrage universel masculin, mais le droit fut ensuite fondé sur le suffrage censitaire. La Constitution de 1876 se situait entre celles de 1845 et 1869. Elle reconnaissait la souveraineté partagée entre le roi et le parlement. La Déclaration des droits était similaire à celle de 1869, mais ils pouvaient être suspendus. Il y avait tolérance religieuse, mais le catholicisme était la religion d'État. Les Cortès étaient composées de deux chambres : le Congrès et le Sénat, ce dernier étant plus conservateur. Les Cortès étaient convoquées et dissoutes par le roi. La monarchie avait préséance sur la Constitution. Le roi détenait le pouvoir exécutif et partageait le pouvoir législatif avec les Cortès. Il était également le commandant suprême de l'armée.
Le Système en Concurrence : Carlisme et Républicanisme
Opposition Républicaine et Carliste
Les républicains croyaient que la démocratie équivalait à la République. Ils estimaient que pour réaliser le progrès et le développement, l'autonomie et l'enseignement des sciences étaient primordiaux. Ainsi, ils promurent la culture populaire (l'Ateneo Obrero de Gijón fut fondé en 1881). Le problème pour les républicains fut leur division interne et la fragilité des liens entre eux.
Quant au carlisme, le prétendant Charles VII fut exilé et une nouvelle étape carliste commença. Avec Cándido Nocedal, le catholicisme fondamentaliste devint leur marque principale. Le secteur carliste se restructura autour du Conseil d'Administration Traditionnel, qui servait d'organes de coordination et de propagande dans les provinces et localités. Le député carliste espagnol Mella siégea à Pampelune.
Les Guerres Coloniales et la Crise de 1898
La Guerre d'Indépendance Cubaine
Cuba était l'un des principaux producteurs mondiaux de sucre et de tabac. La population de ce pays se tourna vers le séparatisme avec le soutien du Parti Révolutionnaire Cubain. La Paix de Zanjón avait mis fin à la longue guerre, mais l'insurrection reprit en 1895 (Grito de Baire), menée par José Martí, le leader, et Maceo et Máximo Gómez, comme chefs militaires. Le gouvernement espagnol envoya le général Martínez Campos pour obtenir la paix. Après son échec, le général Weyler appliqua des mesures plus drastiques et difficiles.
La Défaite et ses Conséquences
La Guerre hispano-américaine commença après le naufrage d'un navire des États-Unis et l'intervention américaine à Cuba et Porto Rico, et se termina par la défaite de l'Espagne. Par le traité de Paris, l'Espagne reconnut l'indépendance de Cuba.
La catastrophe constitua un coup terrible pour la conscience des citoyens espagnols, tant en raison du nombre de victimes (des centaines de milliers de morts et un pays démoralisé) que des pertes matérielles (pertes de recettes coloniales et hausse des prix alimentaires). Plus grave encore fut sans doute l'atteinte au prestige militaire due à la lourde défaite.
La crise politique fut inévitable. L'autorité des chefs de file de la première génération s'épuisa et de nouveaux dirigeants furent nommés : Antonio Maura au Parti Conservateur et Canalejas au Parti Libéral. Des critiques apparurent concernant le fonctionnement de la politique espagnole. Finalement, la défaite fut acceptée avec résignation.