Le rôle de l'école dans l'égalité des chances

Classé dans Économie

Écrit le en français avec une taille de 5,81 KB

II. Le rôle de l'école

II. Le rôle de l’école

L’école est censée être au service de l’égalité des chances en évaluant les mérites individuels et en décernant des diplômes dont la hiérarchie reflète les différences entre les mérites des élèves. Dans quelle mesure l’école remplit-elle cette fonction ?

A) Mobilité sociale et ouverture de l'école

A) Une école de plus en plus ouverte favorise la mobilité sociale

L’école, et en particulier l’enseignement secondaire, est de plus en plus ouverte aux enfants issus de milieux populaires auxquels elle était relativement fermée. En effet, seuls 28 % des enfants d’ouvriers ou d’employés nés dans les années 1966-1970 obtenaient le bac, contre 68 % des enfants de cadres ou de professions intermédiaires de cette génération ; mais, parmi les générations nées dans les années 1986-1990, 55 % des enfants d’ouvriers ou d’employés ont obtenu le bac, pour 85 % des enfants de cadres ou de professions intermédiaires.

Les inégalités d’accès au bac en fonction de l’origine sociale restent importantes, mais elles se sont réduites au cours du XXe siècle.

B) Études indispensables mais insuffisantes

B) Faire des études est indispensable mais ne suffit plus

L’écart de chances d’étudier au collège a disparu avec le collège unique et l’écart des chances d’accéder au bac s’est fortement réduit (doc. 4).

Mais les inégalités scolaires se sont modifiées et déplacées. En effet, si les enfants d’ouvriers obtiennent plus souvent le bac que leurs parents, ils se retrouvent plus souvent que les enfants de cadres dans les filières les moins valorisées en termes de possibilités de poursuite d’études, d’accès à l’emploi et de revenus futurs.

Par ailleurs, la compétition scolaire s’est déplacée au niveau de l’enseignement supérieur où les inégalités restent importantes. La part des enfants d’ouvriers parmi les élèves des grandes écoles les plus prestigieuses a même diminué.

Enfin, faire plus d’études que ses parents ne suffit pas pour occuper une position sociale plus élevée qu’eux : c’est le paradoxe d’Anderson. En effet, une part importante des enfants qui font plus d’études que leurs parents n’obtient pas une position sociale plus valorisée. Cela tient à l’inflation des diplômes : le nombre de diplômés ayant augmenté plus vite que le nombre d’emplois dans les catégories socioprofessionnelles (CSP) favorisées, les diplômes ont perdu de leur valeur relative. Dans la compétition pour accéder aux emplois, le diplôme est désormais indispensable (moins on est diplômé, plus on risque le chômage et de faibles salaires). Mais il est devenu insuffisant pour accéder aux emplois les plus valorisés : d’autres facteurs jouent sur l’accès à l’emploi, comme par exemple la possession d’un capital social.

III. Interactions entre école et famille

III. Les interactions entre les influences de l’école et de la famille

La mobilité sociale est limitée par l’inégalité des chances scolaires : les jeunes dont le père est cadre ont 3,4 fois plus de chances d’obtenir un bac +5 que leurs camarades dont le père n’est pas cadre (37 % contre 11 % ; doc. 3). Pierre Bourdieu, d’autre part, et Raymond Boudon, d’autre part, ont proposé deux schémas d’analyse de l’inégalité des chances.

A) Capital familial et inégalités (Bourdieu)

A) Le rôle du capital transmis par les familles — Pierre Bourdieu (1929-2002)

Pour le sociologue Pierre Bourdieu, la transmission par la famille de capital économique, mais aussi — et surtout — culturel et social, explique l’inégalité des chances scolaires et, au-delà, la tendance à la reproduction sociale.

Les inégalités de capital économique entre les familles jouent un rôle dans les inégalités scolaires (paiement de cours particuliers, achats de biens culturels, séjours à l’étranger, inscription dans de grandes écoles, etc.), mais leur influence n’est pas la plus déterminante. Pour Bourdieu, ce sont les inégalités de capital culturel hérité qui sont la principale explication des inégalités scolaires. La réussite scolaire des enfants est plus liée au niveau de diplôme des parents qu’à leur niveau de revenu. En effet, la réussite scolaire nécessite de disposer d’atouts culturels que l’école ne transmet pas elle-même.

Les familles des classes sociales dominantes, richement dotées en capital culturel, transmettent ces atouts à leurs enfants : langage proche du langage scolaire, culture générale, familiarité avec les œuvres valorisées par l’école. Par exemple :

  • la présence de livres à la maison ou le fait d’avoir des parents lecteurs rend la littérature familière à l’enfant ;
  • la visite de musées et d’expositions en famille familiarise l’enfant avec les beaux-arts ;
  • sortir à des concerts ou pratiquer un instrument initie l’enfant à la musique.

La réussite scolaire dépend donc de l’héritage culturel autant — ou plus — que des mérites individuels.

Par ailleurs, même quand les enfants de milieux populaires obtiennent le même diplôme que leurs camarades issus de milieux favorisés, ils n’en tirent pas le même bénéfice en termes d’emploi. Trois ans après l’obtention d’un bac +5, on a 73 % de chances d’être cadre si l’on a un père cadre, contre seulement 62 % de chances si le père n’est pas cadre (doc. 3). Les enfants de cadres peuvent valoriser davantage leurs diplômes en exploitant le capital social de leur famille, c'est-à-dire le réseau de relations qu’elle peut mobiliser.

Entrées associées :