Le Roman Médiéval : Genres et Évolution
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Histoire du Roman Antique
Le roman antique est un récit de fiction écrit en ancien français, le terme "roman" désignant généralement la langue vulgaire. Le roman est destiné à la lecture (à haute voix, devant un public choisi), et non au chant, le livre manuscrit en étant le support. Il revendique pleinement son statut de texte écrit et fixé par l'écrit, et les prologues donnent généralement le nom de l'écrivain. Le premier texte considéré comme un roman est l'Alexandre d'Alberic de Besançon. Le fragment raconte le début de l'histoire d'Alexandre. Ces récits romanesques et chroniques ont en commun la volonté de consigner par écrit et pour la postérité un passé considéré comme exemplaire et dont il importe de conserver le souvenir.
Les Trois Catégories du Roman Médiéval
Le roman du Moyen Âge se divise en trois grandes catégories :
- Les romans antiques
- Les romans bretons
- Les romans idylliques et d'aventures
Les Romans Antiques
Ces romans se caractérisent par une certaine déformation de l'Antiquité. Les principaux romans de cette catégorie sont le Roman de Thèbes, de Troie, d'Énéas, de Jules César, d'Alexandre et Piramus. Ils s'inspirent de sources latines en les transposant de façon très libre et sans craindre les anachronismes. Le roman antique prétend donc "mettre en roman" des œuvres de l'Antiquité classique.
Les Romans Idylliques
Les plus importants sont : Floire et Blancheflor et Aucassin et Nicolette.
Aucassin et Nicolette : Aucassin, fils de Garin, comte de Beaucaire, aime Nicolette, jeune fille achetée aux Sarrasins. Son père refuse de la lui donner pour femme. Le comte de Valence étant venu assiéger Beaucaire, il ne consent à combattre qu'à la condition qu'il puisse voir Nicolette et lui parler au moins une fois. Nicolette, transportée à Carthage, découvre qu'elle est la fille du roi de cette ville. Plutôt que de se marier avec un roi païen, elle s'enfuit et épouse Aucassin.
Les Romans Bretons
On donne le nom de « matière de Bretagne » à un ensemble de récits inspirés par la légende arthurienne. La matière de Bretagne connut une fortune littéraire considérable après sa publication en français. Les romans bretons font, avec les romans antiques, partie d'un ensemble qui se distingue de la chanson de geste par l'emploi de l'octosyllabe à rimes plates, puis de la prose, et par une inspiration qui cesse d'être nationale.
On distingue trois cycles dans le roman breton :
- Le premier comprend les lais, inspirés par le répertoire des jongleurs bretons, notamment les Lais de Marie de France, écrits vers 1175. Ce cycle est consacré à l'amour et inclut les romans inspirés par Tristan (cycle Tristan).
- Le deuxième cycle a pour figure centrale Arthur (ou Artus), roi légendaire de Bretagne, entouré de sa cour de chevaliers.
- Le cycle du Graal, enfin, s'ouvre sur l'énorme poème de Perceval (63 000 vers), commencé par Chrétien de Troyes vers 1182. Il se distingue du précédent par une inspiration nettement mystique.
Les Romans Mystiques : Le Graal
Dans l'imaginaire du Moyen Âge, le Graal occupe une place privilégiée, signifiant la recherche de l'impossible. Lié à la symbolique du repas, le Graal promettait la pérennité, par la séquence énigmatique qui se propose de texte en texte, tantôt christianisée, tantôt proche de la tradition celtique. À l'origine plat ou écuelle, le Graal devient chez Chrétien de Troyes une splendide pièce d'orfèvrerie, faite pour le service d'une table royale, dont la nature merveilleuse demeure mystérieuse. Le cortège qui passe devant Perceval doit être perçu comme un magnifique service de table : des jeunes gens amènent en procession une lance au bout de laquelle perlent des gouttes de sang, des candélabres d'or, un Graal orné de pierres précieuses et un tailloir en argent, puis une table d'ivoire, avant de servir un sublime festin. À cause de son péché, Perceval manque de demander la signification de la Lance et du Graal.
Chrétien de Troyes s'inspire des récipients merveilleux des récits celtiques anciens : vases et plats y produisent en abondance une nourriture ou une boisson inépuisables. Il a laissé les aventures du Conte du Graal inachevées. Quatre Continuations, rédigées par Wauchier de Denain, entre autres, tentent d'élucider les mystères, en développant le caractère chrétien et miraculeux du Graal, et en transformant les aventures chevaleresques en quête mystique. Ces romans mettent en scène Perceval et Gauvain.
Les Romans d'Aventures et le Cycle Arthurien
Toutes les aventures des chevaliers, dont Lancelot est le type, sont placées sous le signe de l'amour courtois. On distingue les romans biographiques (prouesses du héros de sa première apparition à la cour à son retour) et les romans épisodiques (plus brefs, mêlant plusieurs aventures). Chrétien de Troyes a écrit cinq romans : Érec et Énide, Cligès, Lancelot ou le Chevalier de la charrette, Yvain ou le Chevalier au lion, et Perceval ou le Conte du Graal (inachevé). Dans les prologues, Chrétien expose les principes de son art d'écrire : la matière (le sujet), le sens (souvent imposé par le mécène), et la conjointure (qui donne cohérence et unité).
Les Romans de Tristan et Iseut
L'histoire des amants de Bretagne a connu un succès extraordinaire dès le Moyen Âge, donnant naissance à l'un des mythes fondateurs de l'Occident. C'est une histoire d'amour et de mort. Ce récit nous est parvenu de façon fragmentaire, à travers des textes incomplets ou mutilés, composés aux XIIe et XIIIe siècles.
Origines de la Légende
Les amours légendaires de Tristan et Iseut ont fait l'objet de plusieurs mises en œuvre littéraires au XIIe siècle, dont certaines sont perdues. Il existe une pluralité de récits, de traditions et d'allusions littéraires. Les différents peuples celtiques (Irlandais, Gallois, Cornouaillais, Bretons) ont contribué à la légende. Elle puise aussi aux sources antiques (combat de Tristan contre le dragon rappelant Hercule). La genèse et la diffusion de la légende restent obscures. Des rapprochements ont été établis avec le roman persan de Wîs et Râmîn. Le lien avec la « matière de Bretagne » est incontestable.
Auteurs de Tristan et Iseut
À l'époque médiévale, on trouve différents manuscrits relatant la légende. Les deux principales versions sont celles de Béroul (vers 1170-1173) et de Thomas d'Angleterre.
Version de Béroul : Inspirée des origines celtiques. Le début et la fin sont perdus. Le fragment commence avec Tristan et Iseut épiés par le roi Marc. Le récit n'est pas une exaltation de la passion mais une interrogation sur la place de l'amour et du désir dans la société.
Version de Thomas : Il ne reste que dix fragments. Grâce à lui, on connaît des épisodes absents chez Béroul (le philtre, le mariage de Tristan). Ces fragments privilégient l'analyse du sentiment amoureux et la dimension courtoise. D'autres textes célèbres sont conservés : La Folie Tristan de Berne et La Folie Tristan d'Oxford (fin XIIe - début XIIIe siècle). Au XIIIe siècle, Luce del Gat et Hélie de Boron en proposent une version en prose.
L'Idéal Courtois et la Transgression
Le XIIe siècle est une période d'essor. La noblesse découvre la courtoisie : se conduire selon les usages de la bonne société, être habile, multiplier les vertus, etc. La dame suscite chez le chevalier le souhait de perfection. L'amour courtois se confond avec le désir. L'amant doit mériter l'amour de sa dame. Tristan multiplie les qualités. L'histoire des deux amants est subversive, car elle contrevient aux fondements de la société féodale chrétienne : Tristan trahit son seigneur.
Les Lais de Marie de France
Marie de France, première femme poète française, vécut à la cour d'Henri II d'Angleterre au XIIe siècle. Elle connaissait le latin, l'anglais et la littérature française. Elle a écrit un Isopet (fables ésopiques) et surtout des Lais. Nous avons conservé trois œuvres : un recueil de Fables (vers 1180), L'Expurgatoire saint Patrice (voyages dans l'au-delà, après 1189), et un recueil de récits brefs (contes ou lais). Marie de France a entendu conter ces lais par des jongleurs bretons. Le mot "lai" désigne la source orale et son propre texte. Les lais parlent d'une vérité morale et psychologique. Ils font la part belle aux motifs folkloriques et au merveilleux celtique. Le merveilleux explore la relation entre l'être humain et l'amour. Marie de France a raconté ces légendes en poèmes narratifs (une douzaine, de 100 à 1000 vers). Ces lais présentent le merveilleux et la peinture de l'amour. Marie de France donne au lai une dimension narrative.
Le Lyrisme Courtois
Le lyrisme courtois désigne une poésie mise en musique, dont le sujet est profane et composé en langue vernaculaire. Cet art nouveau correspond à l'essor d'une culture aristocratique dans les cours féodales du sud de la France (langue d'oc). Cette culture courtoise témoigne d'un raffinement des mœurs. Le lyrisme courtois s'acclimate en France du Nord vers le milieu du XIIe siècle.
La Quête du "Joy"
L'amour courtois repose sur le désir, qui se confond avec l'amour. La dame doit paraître insaisissable mais pas inaccessible. Il n'y a pas d'amour possible dans le mariage. La jalousie est une vertu car elle stimule le désir. La courtoisie est un phénomène de civilisation. La doctrine amoureuse est un jeu littéraire.
Différents Types de Composition
Les troubadours distinguent trois styles :
- Trobar leu (ou plan) : poésie facile et accessible.
- Trobar clus (fermé) : revendique un certain hermétisme.
- Trobar ric (ou cobert) : recherche de rimes, mots rares, assonances, allitérations.
Les cansons reprennent le sujet de la requête d'amour.
Principaux Genres du Lyrisme
- La canso : Chanson courtoise, forme poétique la plus représentée. Elle parle de l'amour, des joies et des peines. C'est le modèle traditionnel de la courtoisie.
- La tenso : Variante de la canso, elle aborde des sujets plus larges et se présente sous forme de débat.
- Le roman courtois : Destiné à l'aristocratie. Le héros doit triompher d'obstacles, comme le héros épique, mais il sert sa dame.
Troubadours, Trouvères et Trobairitz
Les troubadours sont de grands seigneurs (Guillaume IX), des hobereaux (Bertrand), des pauvres hères (Cercamon), des clercs (Peire Cardenal), des marchands (Folquet), d'anciens jongleurs. Ils échangeaient des chansons, se citaient, disputaient des questions d'amour ou de poétique (jeux partis) ou s'invectivaient (sirventès). Les œuvres sont précédées d'un récit de leur vie. Les trouvères (nord de la France) se distinguent par leur réserve et leur habileté (versification, rhétorique). Des sociétés littéraires organisent des concours de poésie. Ces poètes urbains pratiquent le grand chant courtois. Des femmes, nommées trobairitz, rédigent des poèmes sur la Fin'Amor. Le terme trobairitz est le pendant féminin de troubadour.
Le terme trobairitz englobe les femmes auteures de poésie et musiciennes du Sud de la France (langue d'oc, occitan).
Lyrisme Bourgeois
L'élévation du peuple et l'accession de la bourgeoisie ont eu une répercussion dans la littérature. L'esprit des œuvres est un esprit de satire, de raillerie, de gaité populaire et cynique. C'est l'esprit bourgeois.
La Poésie Lyrique aux XIVe et XVe Siècles
Le lyrisme est diversifié. L'extension de la prose donne une unité à la production en vers. La poésie combine l'esthétique du dit et une esthétique lyrique.
François Villon : Dernier des Poètes du Moyen Âge
Né à Paris, d'origine humble, il est maître ès arts à la Sorbonne. Condamné à la potence pour meurtre, il est gracié. Les circonstances de sa mort sont mystérieuses. Son œuvre annonce la Renaissance : il s'oppose au mysticisme et préfère un lyrisme individuel. Ses vers font de lui un poète majeur. Il aborde le thème de la mort.
La Littérature Satirique : Roman de Renart et Fabliaux
Dès le XIIe siècle, la bourgeoisie possède sa propre littérature satirique. Elle est malicieuse, pittoresque, parfois grivoise ou morale, mais souvent réaliste. Il nous reste des fabliaux. Le Roman de Renart est composé de courts récits indépendants, en vers octosyllabiques. Ils sont écrits en français (langue romane). Le Roman met en scène des animaux : le loup Ysengrin et le goupil Renart. Il y a 26 récits brefs. Chaque épisode s'organise autour de Renart, de sa famille et de ses relations avec les animaux de la cour de Noble (le lion) : Ysengrin, Hersent (son épouse), Brun l'ours, Tibert le chat, Chanteclerc le coq, etc. Des humains peuvent intervenir (paysans, curés).
Variété de Tons du Roman de Renart
Une épopée parodique : Composés par des clercs, les récits sont une parodie de la chanson de geste, du roman courtois, des Tristan, ou réutilisent ironiquement l'éthique courtoise, l'idéologie de la croisade, les procédures juridiques, les rituels religieux, etc. L'intérêt des branches tient à l'équilibre/décalage entre la réalité animale et les comportements humains, et à la représentation de la vie quotidienne. Ces récits sont une satire de la société médiévale.
Les Fabliaux
Ce sont des contes à rire. Beaucoup de ces textes se situent dans le nord de la France, mais aussi le centre et la Normandie. Il y a une grande diversité de sujets et de tonalités (contes moraux, récits plaisants, blagues).