Statut juridique du patrimoine culturel et conservation
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La liste des mesures qui permettent aux autorités publiques de se conformer à la tâche positive désignée est large et variée. Parmi ces mesures, deux sont fondamentales et générales. Le premier, et le plus favorisé par la législation, est de garantir la connaissance du patrimoine. Le niveau de référence des autres, en ce qui concerne principalement le patrimoine architectural et monumental, est celui de la «réhabilitation intégrée». Cette politique n'est pas seulement un moyen de préserver le patrimoine, mais aussi de l'enrichir ; elle assure sa réalisation, d'un point de vue culturel, comme un élément vivant dont la société d'aujourd'hui a besoin.
Nature juridique : Biens culturels
L'expression «quel que soit leur statut juridique et leur propriété», à l'article 46, transmet immédiatement une idée claire : la conservation et l'enrichissement des fonctions priment sur les droits et pouvoirs inhérents au régime juridique des biens connexes aux valeurs culturelles et, par conséquent, sur l'état ordinaire de la propriété privée. Autrement dit, la Constitution n'opte pas pour une succession automatique en propriété publique ni pour une formule spéciale particulière. Elle préfère une forme plus subtile que nous exposons :
Très brièvement, il convient de noter qu'en ce qui concerne les biens appartenant à l'administration, les auteurs sont en faveur de les considérer comme des biens publics. Dans le cas des biens culturels privés, on constate que la conception traditionnelle de la propriété privée, en raison de la fonction sociale, est affectée. Toutefois, ces expressions doctrinales ne sont jamais tout à fait satisfaisantes, car elles requièrent des structures dogmatiques différentes selon le titulaire appelé à expliquer le même phénomène.
L'article 46 stipule que les biens culturels sont soumis à un double système juridique : celui de la conservation et de l'enrichissement ; mais aussi qu'ils puissent relever de la propriété publique ou privée, ce second régime étant subordonné au premier, selon la Constitution.
Principes centraux et dissociation de la chose
L'élément nodal de ces constructions réside dans la dissociation de la chose, bien fondée sur l'idée que, sur un même matériau, peuvent peser divers produits ou intérêts juridiquement protégés, parmi lesquels figurent des intérêts incorporels d'ordre culturel. Cette vocation des biens culturels à dépasser la seule propriété individuelle et à relever d'une propriété collective insensible à l'appropriation exclusive constitue un statut juridique uniforme : un régime spécifique placé entre les mains des autorités publiques, qui disposent des pouvoirs nécessaires pour assurer leur préservation et leur amélioration, préalables à la jouissance collective.
L'impact sur la «chose» pour d'autres intérêts protégés par la loi — notamment le contenu économique lié au schéma patrimonial de ce bien — peut conduire à des collisions entre les deux régimes. Ces conflits sont, dans presque tous les cas, résolus en donnant la priorité à la jouissance collective sur les bénéfices économiques.
Approche moderne et limites de l'appartenance
Une approche «moderne» du statut juridique du patrimoine culturel, telle qu'elle est exposée par la Constitution, est tenue en considération. La Constitution ne fait pas de lien explicite entre la culture, le patrimoine et le domaine public. Cette absence de connexion automatique du patrimoine culturel à la main publique est une position cohérente : les biens appartenant à l'État, dans le système juridique, ne sont pas en soi la garantie d'une fonction conservatrice ou d'enrichissement.
En outre, en ce qui concerne les biens culturels privés, il faut prendre en compte que les interventions publiques sur ce type de propriété, visant à assurer les fonctions précitées, peuvent être justifiées de manière satisfaisante par :
- des contraintes techniques et administratives ;
- les paramètres de propriété assimilés à un intérêt public ;
- la notion de «biens fonctionnalisés».
De plus, il ne faut pas oublier qu'il existe des biens culturels généralement insensibles à l'appartenance publique ou privée, parce qu'ils ne se manifestent pas par des «choses» — comme les langues ou le patrimoine ethnographique — ce qui renvoie une fois de plus à une nouvelle difficulté théorique.
En résumé : le régime juridique du patrimoine culturel combine des mécanismes de protection, d'enrichissement et d'usage collectif qui peuvent restreindre ou subordonner les droits patrimoniaux individuels au profit de finalités culturelles et sociales. La tension entre intérêts économiques et jouissance collective demeure centrale et oriente la résolution des conflits en faveur de la préservation et de l'accès partagé.