La Transition espagnole : de la dictature à la démocratie
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Le contexte historique de la transition
Transition :
Contexte : en novembre 1975, à la mort de Franco, diverses circonstances sociales et politiques ont conduit à la nécessité d'un changement de régime en Espagne. D'une part, le processus de succession politique au sein du régime franquiste a été brisé après l'attentat contre l'amiral Carrero Blanco, que Franco avait nommé Premier ministre, séparant ainsi pour la première fois les fonctions de chef d'État et de gouvernement.
Par ailleurs, des mouvements d'opposition se sont développés et, surmontant leurs différences, se sont unis avec l'objectif commun de préparer une issue pacifique au régime. Ce mouvement était soutenu par un environnement international favorable au changement, renforcé par la chute du régime dictatorial au Portugal lors de la « Révolution des Œillets ». À cela s'ajoutent le développement économique et la modernisation de la société espagnole, ainsi que l'influence du tourisme et de l'émigration, favorisant un changement des attitudes traditionnelles imposées depuis la guerre, un message particulièrement accepté par la jeune génération. Enfin, l'augmentation des tensions sociales provoquées par la crise économique du pétrole de 1973 a agi comme un catalyseur majeur du changement.
La crise finale et le début de la transition
Le nouveau Premier ministre, Carlos Arias Navarro, annonça son intention de libéraliser le régime en régularisant le droit d'association politique : c'est l'esprit du « 12 février ». Cela divisa le camp franquiste entre les partisans de l'ouverture et le « Bunker », le groupe le plus conservateur. Alors que la santé du dictateur déclinait, la création du Conseil démocratique, dirigé par le Parti communiste et regroupant diverses forces de gauche (sans le PSOE) et des personnalités de la droite démocratique, marqua la première tentative d'unification de l'opposition antifranquiste.
Bien que la loi sur les associations politiques ait multiplié les obstacles, les groupes d'opposition l'interprétèrent comme une simple opération de maquillage. L'instabilité politique mena à une augmentation des manifestations et de la répression. La pression terroriste de l'ETA et du FRAP contraignit le gouvernement à une démonstration de force, signant plusieurs condamnations à mort, dont cinq furent exécutées en septembre 1975 (procès de Burgos). Malgré les appels à la clémence, notamment du Pape, et les protestations internationales, le spectre de l'isolement revint.
En Afrique du Nord, la décolonisation du Sahara, territoire convoité par le Maroc, aggrava la situation. La « Marche Verte » organisée par Hassan II accentua la tension jusqu'à ce que l'Espagne accepte de se retirer (Accords de Madrid). Parallèlement, la crise économique internationale freina le tourisme et provoqua le retour des migrants, augmentant le chômage et l'inflation.
C'est dans ce contexte que le général Franco mourut. Deux jours plus tard, Juan Carlos Ier fut couronné roi. Dans son discours, le Roi suggéra une volonté de démocratisation et accorda une grâce partielle aux prisonniers politiques, dont Marcelino Camacho. Cependant, le maintien d'Arias Navarro à la présidence maintenait la méfiance de l'opposition. Après les événements tragiques de mars 1976 à Vitoria, Arias démissionna. Il fut remplacé par un jeune politicien alors peu connu : Adolfo Suárez.
Le gouvernement Suárez et les premières élections
La nomination de Suárez surprit, mais son gouvernement intégra des ministres réformateurs. Son programme incluait la reconnaissance des libertés, la légalisation des partis et une amnistie. La clé de voûte fut la Loi pour la Réforme Politique, qui établissait le suffrage universel. Cette loi fut approuvée par les Cortes franquistes lors d'un véritable « hara-kiri » politique, puis ratifiée par référendum en décembre 1976.
Malgré la violence terroriste (massacre des avocats d'Atocha, actions du GRAPO et de l'ETA), Suárez légalisa le PCE le Samedi Saint 1977, permettant le retour d'exilés comme Dolores Ibárruri ou Rafael Alberti. Le 15 juin 1977, les premières élections démocratiques depuis 1936 eurent lieu :
- Union du Centre Démocratique (UCD) : coalition de centre-droit menée par Suárez, vainqueur sans majorité absolue.
- Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) : dirigé par Felipe González, il incarna le renouveau générationnel.
- Parti Communiste d'Espagne (PCE) : troisième force politique, forte de son prestige dans la lutte contre la dictature.
- Alliance Populaire (AP) : dirigée par Manuel Fraga, associée à l'ancien régime, elle connut un échec relatif.
- Groupes nationalistes : forte représentation du Pacte Démocratique pour la Catalogne (Jordi Pujol) et du PNV au Pays Basque.
- Gauche nationaliste : présence d'Esquerra Republicana et d'Euskadiko Ezkerra.
La période constituante et la Constitution de 1978
Le nouveau système s'attaqua aux problèmes économiques via les Pactes de la Moncloa, accords entre partis pour stabiliser la situation malgré des mesures impopulaires comme le gel des salaires. Parallèlement, la pré-autonomie fut accordée à la Catalogne et au Pays Basque.
Le 6 décembre 1978, la Constitution fut approuvée par référendum. Suárez entama son troisième mandat, suivi des élections municipales d'avril 1979 qui virent la victoire de coalitions de gauche dans les grandes villes.
L'instabilité de l'UCD et le coup d'État du 23-F
Cette période fut marquée par une forte instabilité interne à l'UCD (divorce, éducation) et une crise économique persistante. Le terrorisme de l'ETA atteignit ses années les plus sanglantes (1978-1980), alimentant les velléités de coup d'État chez certains militaires nostalgiques. Affaibli, Suárez démissionna. Lors de l'investiture de son successeur, Leopoldo Calvo-Sotelo, le 23 février 1981, le lieutenant-colonel Antonio Tejero fit irruption au Congrès. À Valence, le général Milans del Bosch fit sortir les chars. L'intervention télévisée du Roi en faveur de la Constitution fit échouer le putsch.
Conclusion : la normalisation démocratique
Le cabinet de Calvo-Sotelo relança le processus d'autonomie et intégra l'Espagne à l'OTAN. Cependant, la décomposition de l'UCD s'accéléra, Suárez fondant le CDS. En octobre 1982, le PSOE remporta la majorité absolue. Cette alternance marqua, pour la plupart des historiens, la fin de la Transition et le début d'une normalité démocratique, l'Espagne s'intégrant pleinement à l'Europe et relevant les défis de la modernisation.