L'Académie française et l'évolution de la langue au XVIIe
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L'Académie française et les puristes de la langue
1. L'Académie française : importance et pureté linguistique
L'Académie française est une institution littéraire et linguistique unique, conçue à l'origine comme une assemblée de « gens d'esprit ». Son but premier est d'exercer une influence positive sur la langue et la littérature françaises en codifiant le langage et en lui donnant un cadre officiel.
Créée en 1635 par le cardinal de Richelieu, sous le règne de Louis XIII, cette institution s'inscrivait dans une politique de centralisation et de renforcement de l'autorité royale. Sa mission était de rendre le français « pur » et « éloquent » en éliminant les mots populaires, les termes techniques, les jargons et les expressions provinciales pour imposer la langue cultivée de Paris.
Au XVIIe siècle, deux visions s'affrontent :
- L'Académie française : une vision élitiste visant le « bon usage » et l'idéal noble.
- Les lexicographes indépendants (Richelet) : une vision pratique intégrant le français réel, les termes techniques et les usages quotidiens.
2. Expansion et rôle politique de la langue du roi
Sous Richelieu, Mazarin et Louis XIV, le français s'impose comme la langue des cours européennes et des savants. Parallèlement, l'expansion coloniale diffuse la langue aux Antilles, en Louisiane et au Canada.
En France, Colbert et Louis XIV utilisent le français comme un instrument de sécurité d'État pour unifier le royaume. L'imposition de la « langue du roi » dans les actes publics et la justice devient un moyen de prouver la loyauté des populations annexées (Flandre, Alsace, Roussillon).
3. Les conséquences du départ des huguenots
Le départ des huguenots représente un quadruple échec pour la France :
- Démographique et économique : perte de plus de 300 000 personnes qualifiées.
- Politique : discrédit de la France et de Louis XIV en Europe.
- Géopolitique : diffusion temporaire de la langue à l'étranger.
- Coloniale : l'interdiction d'émigrer en Nouvelle-France a privé l'Amérique d'un peuplement francophone massif.
4. Usage réel vs langue du roi
Claude Fabre de Vaugelas théorise en 1647 le « bon usage », défini par la pratique de la Cour. À l'opposé, des dictionnaires comme ceux de Richelet (1680) et Furetière (1690) capturent la richesse du français réel, incluant les termes techniques et familiers que l'Académie rejetait.
5. Les types de locuteurs au XVIIe siècle
- Les francisants : locuteurs du français populaire (Paris et villes du Nord).
- Les semi-patoisants : bilingues (patois local et français populaire) présents dans les classes instruites.
- Les patoisants : paysans unilingues majoritaires, pour qui le français était une langue étrangère.
6. Le français, langue internationale
Le français devient la langue incontournable des chancelleries et des élites européennes. Si une légende attribue au traité de Nimègue (1678) le statut de « langue diplomatique », c'est en réalité un processus graduel qui s'achève en 1763, lors des traités de Hubertsbourg et de Paris, où le français supplante définitivement le latin.
7. Les Filles du roi et le français canadien
Les 770 « Filles du roi » ont joué un rôle crucial dans l'unification linguistique de la Nouvelle-France. En transmettant un français populaire urbain, elles ont permis aux colons de délaisser leurs patois d'origine pour adopter une langue commune. À l'inverse, la tentative de francisation forcée des populations autochtones via des pensionnats fut un échec total, les Français devant finalement apprendre les langues locales pour communiquer.