L'Actualité de la Philosophie de José Ortega y Gasset

Classé dans Philosophie et éthique

Écrit le en français avec une taille de 5,95 KB

L'Actualité de la Pensée de José Ortega y Gasset

L'existence d'un penseur est toujours un présent manifeste. Étant donné qu'Ortega est mort en 1955, on peut dire que sa pensée est toujours en plein jour. La fin du XXe siècle et le début du XXIe se sont distingués, entre autres choses, par une préoccupation pour l'état civil ou existentiel ; ainsi, l'influence d'Ortega est cruciale. Il suffit de parcourir une librairie ou de consulter des catalogues spécialisés pour vérifier qu'il existe un intérêt énorme pour les questions de la vie quotidienne, des livres d'auto-assistance aux nouvelles philosophies de vie. À cet égard, le ratiovitalisme d'Ortega est toujours valide.

La Modernité des Thèmes Orteguiens

Ortega a rendu évident ce que, philosophiquement parlant, chacun de nous savait ou soupçonnait. Il a explicité, dans le discours philosophique, les catégories de la vie, et ces catégories sont aujourd'hui en pleine actualité. Mais d'autres thèmes centraux de la philosophie d'Ortega restent valables : son intérêt à lier la culture et la vie a une influence décisive sur la valorisation actuelle de la culture. Dans un monde de plus en plus mondialisé où le dialogue interculturel est nécessaire, le perspectivisme d'Ortega s'établit comme un ancrage solide pour éviter les positions manichéennes et comme une référence claire pour lutter contre le relativisme culturel. Le perspectivisme d'Ortega permet une intégration des formes culturelles sans tomber dans un mépris enfantin ou une surévaluation de la compréhension d'autres façons d'appréhender la culture et, finalement, la vie.

Éducation et Société : Un Diagnostic Toujours Vrai

Les réformes de l'éducation survenues dans notre pays mettent également en évidence l'importance accordée, dans notre système éducatif, aux intérêts vitaux. Ces réformes ont supprimé les contenus non essentiels au processus éducatif pour les remplacer par une compréhension et une auto-compréhension de l'homme et du monde qui nous entoure, dans lequel nous vivons. D'autres aspects de la pensée d'Ortega restent pleinement en vigueur, tant socialement que politiquement. Il suffit simplement de jeter un œil à la société espagnole — avec ses rassemblements, sa passion pour le football, ses macro-concerts, etc. — pour voir comment sa « Révolte des masses » reste d'actualité, tout comme la situation politique et les conflits régionaux font écho aux problèmes soulevés dans « L'Espagne invertébrée ».

La majorité de ses compatriotes ne le comprenaient pas. Cependant, on peut aujourd'hui penser à quel point il serait agréable que les grands progrès intervenus ces dernières années dans notre pays ne viennent pas seulement de là où Ortega l'exigeait : il semble clair que notre entrée dans l'UE produit de profonds changements dans la société espagnole. L'Espagne des dernières décennies, l'Espagne européanisée, est méconnaissable. En outre, une autre grande révolution, celle proposée par l'éducation — bien qu'elle n'ait pas encore produit les résultats souhaités en raison de nombreuses forces contraires (télé-poubelle, indiscipline, etc.) — apporte également des changements majeurs, tels que l'universalisation de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans ou la reconnaissance internationale croissante des projets de recherche espagnols.

La Raison Vitale et Historique face au Rationalisme

Le concept de raison n'est pas unique dans l'histoire de la philosophie. Il existe différentes conceptions historiques : la raison pure, mathématique, physique (positiviste), instrumentale, historique, critique, poétique... Ortega rejette les idées précédentes en revendiquant la raison vitale et la raison historique.

La conception de la raison qui a prévalu historiquement est celle de la raison pure, qui peut se résumer ainsi (incluant, au sens large, des penseurs comme Platon, Descartes et Kant) :

  • L'homme a placé la raison pure là où se trouvaient autrefois les mythes ou Dieu.
  • Il lui a voué une grande foi, la considérant comme autosuffisante pour la connaissance.

Le résultat est apparu au XIXe siècle : une poussée irrationnelle forte, notamment avec Nietzsche, face à une conception étouffante et insupportable de la raison pure. Ortega, quant à lui, tente de synthétiser ces deux extrémités exclusives. Il ne choisit ni l'irrationalisme (Nietzsche), ni la raison pure (Platon ou Descartes), mais la raison vitale et historique. Il ne s'oppose pas à la raison, comme Nietzsche, mais au rationalisme pur.

La Vie comme Réalité Radicale

La raison pure doit être remplacée par la raison vitale, car le premier attribut de l'être humain est de vivre, de se sentir vivre, de faire sa propre vie, laquelle n'est pas donnée d'avance. La vie est une action continue avec les autres dans le monde ; c'est vivre et coexister. Il n'y a pas d'homme dans l'abstrait, ni de raison dans l'abstrait, puisque : « L'homme n'a pas de nature, il a une histoire. »

La philosophie traditionnelle a donc commis une erreur. Prenons l'exemple de la philosophie moderne : une attitude méfiante et prudente a conduit Descartes à tenter de douter de tout. En examinant le contenu de la pensée, il réalise qu'il existe une réalité dont on ne peut douter : le fait de douter, de penser. La réalité ultime, dans son cas, était la pensée, la conscience, la subjectivité, telle qu'elle se manifeste dans la première vérité claire et évidente issue du doute méthodique : « Je pense, donc je suis. » Dans le cas d'Ortega, cependant, la vie sera élevée au rang de réalité radicale, nous permettant de dire : « Je vis, donc je pense, je rêve, je travaille, je coexiste... »

Entrées associées :