Analyse de la Charte des Espagnols de 1945 (Fuero)
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Classification du document
Le texte est une sélection d'articles de la Charte des Espagnols (Fuero de los Españoles), promulguée par Franco au Palais du Pardo le 7 juillet 1945. Ce même jour marquait le troisième anniversaire de la création des Cortes et le neuvième anniversaire du « glorieux soulèvement national ». Il s'agit d'une source historique directe et primaire ; c'est un texte de nature juridique et politique essentiel à la connaissance des principes fondamentaux de l'État. C'est un document officiel public, car il est destiné à tous les Espagnols.
Contexte historique du régime de Franco
Ce document s'inscrit historiquement dans le régime de Franco (1939-1975), au cours de sa phase la plus totalitaire (1939-1959). Cette période est caractérisée par l'isolement du régime, exclu des organisations internationales, et par une profonde souffrance intérieure en Espagne, où la pénurie et le marché noir sont les constantes économiques (stade de l'autarcie). Des actions répressives furent maintenues pendant de nombreuses années contre ceux qui avaient soutenu la cause républicaine.
Le régime de Franco fut le système politique instauré par le général Franco pendant la Guerre civile de 1936-1939, institutionnellement consolidé et développé après sa victoire. C'était une dictature personnelle où tout le pouvoir était concentré entre les mains du général, présentant de grandes similitudes avec les régimes fascistes d'Allemagne et d'Italie. Les fondements idéologiques et les institutions du franquisme se caractérisent par un profond antilibéralisme.
Les formes extérieures, la langue et les symboles provenaient de la Phalange espagnole, fondée par José Antonio Primo de Rivera en 1933, auxquels s'ajoutaient des éléments traditionalistes. Un autre pilier était la vision national-catholique : Franco se considérait comme un homme providentiel choisi par Dieu pour le salut de l'Espagne. Le franquisme était un régime militaire gardant toujours en mémoire la Guerre civile et la victoire. L'État ne pouvait se comprendre sans le rôle prépondérant de l'armée, dont les officiers jouaient un rôle majeur dans ce système autoritaire. Parallèlement, c'était un État policier doté d'un vaste appareil assurant l'ordre public et poursuivant toute forme de dissidence. État centralisateur, il fit disparaître toutes les lois républicaines. Comme tout fascisme, c'était un régime totalitaire où l'État intervenait dans tous les aspects de la vie sociale et économique.
Analyse et commentaire de la Charte
Dans ces articles, nous analysons les droits, devoirs et libertés du peuple espagnol. On peut diviser ce fragment de la Charte en deux parties :
- Titre I : Consacré aux droits et devoirs des Espagnols (articles 1, 2, 6 et 10).
- Titre II : Consacré à l'exercice et à la garantie des droits (art. 28).
Le texte énonce des droits qui, en principe, se retrouvent dans toute constitution (liberté d'expression, inviolabilité du domicile, libre association, propriété privée), mais ils sont ici subordonnés aux intérêts du régime. Chaque point est assorti d'une clause limitant l'exercice de ces droits s'ils contredisent la dictature. Autrement dit, les droits naturels des citoyens sont restreints pour le « bien commun » et la destination « glorieuse » de la nation.
Les trois piliers idéologiques
Nous voyons figurer les trois piliers de la dictature :
- Le national-catholicisme : Défense de la religion et de la morale catholique comme principes fondamentaux de l'État (art. 6), l'Église imposant ses normes à la société.
- Le national-syndicalisme : Éléments idéologiques du fascisme adaptés à la réalité espagnole. L'article 10 établit que la participation politique doit passer par la famille, la municipalité et le syndicat (démocratie organique), s'opposant radicalement à la démocratie libérale.
- Le national-patriotisme : Défense de l'unité de l'Espagne contre toute revendication autonomiste et subordination des droits individuels à l'unité nationale (art. 2).
L'État garantit la dignité et la liberté (art. 1) tout en établissant la famille comme pilier de l'ordre social (art. 22), vue à travers le prisme de la morale catholique traditionnelle (indissolubilité du mariage, natalité élevée). Cette déclaration a la particularité d'indiquer des limites à chaque droit : ils peuvent être suspendus par décret du gouvernement, sans participation du Parlement.
Conclusion sur la pérennité du régime
Le franquisme a duré près de 40 ans grâce à divers soutiens sociaux : l'oligarchie financière et les grands propriétaires fonciers ont obtenu la restauration de leur pouvoir politique. Des secteurs urbains et la petite paysannerie du centre du pays ont également constitué une base de soutien. Institutionnellement, la Phalange, l'Église et l'Armée furent les trois piliers du régime. L'Église a légitimé le pouvoir en échange de privilèges dans l'éducation et la morale. La loyauté des forces armées était essentielle à la survie politique. La permanence du régime, basée sur un contrôle absolu de la propagande et de l'éducation, n'a été ébranlée que dans ses dernières années.