Analyse du Discours de la servitude volontaire
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Introduction et problématique
Sujet général : Dans cet extrait, l'auteur apostrophe directement le peuple pour le placer face à sa propre responsabilité : la tyrannie ne vient pas de la force du maître, mais du consentement des sujets.
Problématique : Comment La Boétie utilise-t-il l'éloquence pour révéler au peuple sa propre complicité dans la tyrannie et le pousser ainsi à reconquérir sa liberté ?
Les mouvements du texte
- De « Pauvres gens et misérables, peuples insensés » jusqu'à « bravent à chaque instant la mort. » : Un réquisitoire contre le peuple
- De « Ce maître n'a pourtant que deux yeux » jusqu'à « traîtres de vous-mêmes ? » : Un double portrait : le peuple et le tyran
- De « Vous semez vos champs pour qu'il les dévaste » jusqu'à « vous tienne la bride plus courte. » : Une solution contre la tyrannie
1. Un réquisitoire contre le peuple
- Le rythme ternaire de la citation « Pauvres gens et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres... », qui est une apostrophe injurieuse, permet à La Boétie de marquer son indignation et de provoquer un électrochoc chez le lecteur. L'adjectif « insensés » montre que le peuple a perdu la raison.
- La périphrase verbale à sens passif de la citation « vous vous laissez enlever » révèle le cœur de la thèse : le peuple consent à sa propre soumission. La répétition du pronom « vous » implique le lecteur dans cette complicité.
- La répétition de la citation « non pas des ennemis, mais bien certes de l'ennemi » désigne précisément le tyran, obligeant le peuple à reconnaître le véritable responsable de son malheur.
2. Un double portrait : le peuple et le tyran
- La négation restrictive de la citation « Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps », qui s'appuie sur le champ lexical du corps humain, montre que le tyran n'a pas de pouvoir propre ; il emprunte tout au peuple.
- Le présentatif de la citation « ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. », qui introduit une subordonnée relative, souligne que le peuple donne lui-même les armes de sa destruction.
- Le champ lexical juridique de la citation « receleur », « larron », « complice », « traîtres » transforme le peuple en complice coupable : il n'est plus une simple victime, mais un traître à sa propre liberté.
3. Une solution contre la tyrannie
- Le parallélisme de construction entre la citation « Vous semez vos champs pour qu'il les dévaste » et la citation « vous meublez et remplissez vos maisons afin qu'il puisse assouvir sa luxure » oppose les actions productives du peuple aux actions destructrices du tyran, soulignant l'absurdité d'un peuple qui travaille à sa propre ruine.
- Les antithèses entre la citation « vous vous usez », « vous vous affaiblissez » et la citation « se miglander », « se vautre » opposent l'épuisement du peuple à l'avilissement moral du tyran, réduit à l'état de porc par le verbe « se vautre ».
- La subordonnée de but de la citation « Vous vous affaiblissez afin qu'il soit plus fort » montre que la force du tyran dépend directement de la faiblesse consentie du peuple.
Conclusion
À travers ce réquisitoire, La Boétie montre que le peuple est l'artisan de sa propre servitude. Le tyran n'est puissant que parce que le peuple consent à lui prêter ses forces. Le peuple n'est plus une victime, mais un complice coupable, « traître de lui-même ». La solution n'est pas une révolte armée, mais une prise de conscience : refuser de se soumettre. Toute domination repose sur l'acceptation de ceux qui la subissent. La liberté commence par le refus de la servitude volontaire.