Analyse de la Lettre 1 des Liaisons dangereuses

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Introduction aux Liaisons dangereuses

Le document que nous allons analyser est la Lettre première, un texte qui fait partie de l’œuvre Les Liaisons dangereuses, un roman publié en 1782, écrit sous forme épistolaire par Pierre Choderlos de Laclos. Ce texte appartient au genre du roman libertin. Ce genre se caractérise par la volonté de convaincre et de persuader, et privilégie la dialectique puisque le séducteur doit amener l'autre à reconnaître la loi du plaisir.

Le récit libertin utilise la forme romanesque à la mode du XVIIIe siècle : le roman épistolaire. Il permet de multiplier les points de vue, de montrer la stratégie du séducteur et d'en exposer les conséquences sur les victimes. Il met en scène des personnages cyniques, experts dans l’art de la stratégie amoureuse et de la séduction. Le héros libertin peut aussi bien être un homme qu'une femme. Choderlos de Laclos provoque le scandale avec Les Liaisons dangereuses, un roman dans lequel l’utilisation brillante du genre épistolaire sert la dénonciation d’un libertinage meurtrier, tout en exposant, de façon très audacieuse, le lien entre la volonté de puissance et le désir sensuel.

La forme du discours est narrative, avec la présence d’une narratrice à la première personne du singulier qui expose et commente les rôles des personnages et les événements de la narration. Elle a une fonction d’information, ce qui est le rôle propre de la lettre. Cette narratrice est Cécile de Volanges, qui écrit cette lettre à son amie Sophie Carnay pour lui raconter un événement qui lui est réellement arrivé. Le registre est familier et propice à l’intrigue, car il s'agit d'une lettre adressée à une amie. Le style est à la fois direct et indirect.

Dans ce texte, les thèmes développés sont l’amitié, l’intrigue, l’amour et le mariage, car le texte est une lettre de Cécile de Volanges adressée à son amie Sophie, restée au couvent. Elle lui décrit ses journées, durant lesquelles elle n’a pas d’autres obligations que de rejoindre sa mère à des horaires précis. Puis, elle évoque son possible mariage et la situation cocasse qu’elle a vécue avec le cordonnier, pensant qu’il s’agissait de son futur époux.

Structure du texte

Ce texte n’est pas divisé en paragraphes, mais on peut y distinguer quatre parties fondamentales :

La première partie s’étend de la ligne 1 à la ligne 13. Au début de la lettre, Cécile de Volanges raconte à son amie du couvent, Sophie, comment se déroule sa vie après son départ de l'établissement. Cette partie est narrative et descriptive car elle explique à son amie que sa vie est désormais différente : elle a une femme de chambre, une chambre et un cabinet dont elle dispose, ainsi que beaucoup de temps libre pour faire ce qu'elle veut.

De plus, le couvent dont elle sort est très présent dans son esprit ; Cécile y retourne symboliquement en écrivant à Sophie.

La deuxième partie s’étend de la ligne 13 à la ligne 18 : la mère de Cécile de Volanges s’apprête à la marier. Cécile pense que sa mère veut déjà la marier parce qu'elle lui a toujours dit qu’une demoiselle devait rester au couvent jusqu’à ce qu’elle se mariât.

La troisième partie s’étend de la ligne 19 à la ligne 34 et relate l’épisode du cordonnier. Cécile croyait qu’il s’agissait de son prétendant parce qu’il lui a fait un compliment, mais elle se rend compte qu'il est en réalité le cordonnier lorsque sa mère lui dit de lui donner le pied pour prendre ses mesures.

De plus, l’intrigue est relancée par Cécile lorsqu'elle écrit : « Je reviendrai sûrement te raconter ce qui se sera passé. Voilà toujours son nom. Il ne faut pas se faire attendre. Adieu, jusqu’à un petit moment ». En effet, un carrosse arrive à la porte et elle cesse d'écrire car elle veut savoir de qui il s'agit.

La quatrième partie s’étend de la ligne 35 à la ligne 38. Cécile y fait des adieux très affectueux à son amie : « Adieu, ma chère Sophie ; je t’aime comme si j’étais encore au couvent ».

Dans cette partie, on retrouve du style indirect lorsqu'elle mentionne les paroles de sa mère, par exemple : « me disant : 'Eh bien ! qu’avez-vous ?' ».

Le texte suit un schéma narratif mais surtout descriptif. Il est narratif parce que Cécile raconte sa vie depuis sa sortie du couvent, et descriptif parce qu'il nous explique la honte que Cécile a éprouvée après avoir confondu le cordonnier avec son prétendant.

Analyse linguistique

Le lexique : Les champs lexicaux utilisés par l’auteur sont le sentiment, l’amitié et l’amour. L’auteur emploie un lexique valorisant pour parler de l’amour (par exemple : « cœur », « perdu la tête », « tremblement », « rouge ») ainsi que pour évoquer l’amitié (par exemple : « je t’aime comme si j’étais encore au couvent », « Adieu, ma chère Sophie », « ma bonne amie »).

Les marques de possession : On note également des marques de possession, par exemple : « J’ai une femme de chambre à moi ; j’ai une chambre et un cabinet dont je dispose », « ma disposition », « ma harpe », « mon dessin ».

Le niveau de langue : Le registre est familier. Lorsque Cécile s'adresse à Sophie, elle utilise le tutoiement.

Grâce à ce lexique, Cécile de Volanges apparaît immédiatement au lecteur comme un personnage enfantin. Sa façon de s’exprimer est naïve, comme en témoignent les nombreux termes affectifs employés, tels que « maman » (mentionné à de nombreuses reprises).

Les figures de style : On relève des questions rhétoriques (par exemple : « Si c’était le monsieur ? ») et des métaphores (comme : « les bonnets et les pompons ne prennent pas tout mon temps »).

La structure des phrases : Les phrases sont très simples et faciles à comprendre.

Conclusion de l'analyse

La Lettre première des Les Liaisons dangereuses s'inscrit dans le genre du roman épistolaire. Il s'agit d'un genre littéraire dans lequel le récit se compose de la correspondance, fictive ou réelle, d’un ou plusieurs personnages. Les chapitres de ces romans sont généralement constitués par les lettres échangées. Dans ce cadre, ce texte constitue la toute première lettre de l'œuvre, centrée sur deux personnages : Cécile et Sophie. Cette œuvre est rédigée dans un style particulièrement soigné.

Le roman épistolaire est très à la mode à l'époque où Laclos écrit son œuvre. Sa particularité est d'avoir réussi à concilier le principe de la succession de lettres avec une intrigue dramatique rigoureusement construite et vraisemblable, dans laquelle chaque lettre tient une place nécessaire : la lettre n'est pas un simple artifice, elle sert directement l'intrigue. Enfin, l'absence de narrateur omniscient permet la juxtaposition de différents points de vue. Le lecteur est ainsi sollicité et devient le seul apte à centraliser toutes les informations.

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