Analyse du meurtre dans L'Étranger de Camus

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Le rôle de la chaleur dans le meurtre

La chaleur joue un rôle déterminant dans le meurtre. C'est un élément vivant dans le passage ; les verbes d'action soulignent son influence néfaste : « se pressait derrière moi », « s'opposait », « s'appuyait ». La brûlure assimile le personnage à une victime ; c'est elle qui l'oblige à avancer vers l'Arabe. Le lien logique établi par l'expression « à cause de » montre bien la relation de cause à effet entre la chaleur et le premier pas vers l'Arabe. S'ajoute à cette chaleur « le voile épais » de la sueur qui coule d'un coup sur les paupières. Le narrateur est dans l'incapacité de discerner ce qu'il voit et ressent, ce qui va le conduire à l'irréparable.

Une figure du châtiment divin

Une force transcendante semble peser sur le personnage. Un champ lexical indique ce rapprochement : « glaive », « lame étincelante », « ciel ». Le texte souligne que c'est le front qui est touché, prouvant que l'agression frappe un point vital (« lame... qui m'atteignait au front », « les cymbales du soleil sur mon front »). Le vocabulaire évoque l'Apocalypse : « océan de métal bouillant », « la mer a charrié un souffle épais et ardent », « tout a vacillé », « il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu ».

III. L'absurde

A - La rupture de l'équilibre

Le temps suspendu et la structure en boucle de la première partie du roman, qui se clôt sur la scène initiale, montrent un équilibre défaillant où le temps se referme sur lui-même. Tout ce qui s'est passé entre ces deux moments perd son importance : « Tout revient au même. » L'acte de tuer apparaît comme une rupture de l'ordre de la nature : « détruit l'équilibre du jour ». Le bruit du revolver crée une césure : « J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux ». Le plus-que-parfait d'aspect accompli signale une rupture irréversible. L'expression « quatre coups brefs sur la porte du malheur » évoque le théâtre : la vie humaine se met en scène.

B - La question de la responsabilité

Le narrateur semble manquer de volonté propre : « J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et tout serait fini ». Mais il ne le fait pas. « Je savais que c'était stupide », mais il continue. Le crime n'est ni motivé, ni prémédité : « Rester ici ou partir, cela revenait au même ». Il apparaît également comme un enfant : les termes « maman » et « épée » renvoient à l'univers enfantin, dénotant un manque de maturité. De plus, il transforme la réalité : « les cymbales du soleil », « la lumière a giclé ». « C'était comme » montre qu'il joue à métamorphoser le réel. On a l'impression que c'est le corps qui a réagi sous la pesanteur de l'environnement. Enfin, le pistolet semble avoir agi seul : « la gâchette a cédé ». Le personnage est coupable, certes, car c'est lui qui a tiré, mais il n'apparaît pas responsable. Tout lui échappe ; ses actes autant que son corps semblent soumis à la loi de l'absurde.

C - Absence de prise de conscience

Ce qui frappe, c'est l'absence de sentiment avant, pendant et après le crime. Il tire quatre fois encore après le premier coup, effaçant une légitime défense éventuelle. Cet acharnement est introduit par l'adverbe « alors », soulignant une conséquence du meurtre. Il ne prend pas conscience de l'horreur de son acte et semble se complaire dans une curiosité malsaine : « où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût ». Il se contente de tirer sur le cadavre « pour voir ». Le monde et les comportements n'ont pour lui aucun sens.

Conclusion

Ce passage, centré sur le thème du meurtre, pose le problème de la responsabilité. Meursault devient un personnage étranger à ses propres actes et à lui-même, ce qui ramène au titre du roman. Les images symboliques et la menace d'un environnement hostile pèsent sur le récit comme une fatalité. La sincérité du narrateur et sa simplicité déroutante mettent en cause l'absurdité de la vie en montrant l'enchaînement des hasards malencontreux, ainsi que des comportements et un monde dépourvus de sens.

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