Analyse de l'œuvre Les Fleurs du Mal
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Les Fleurs du Mal : l’œuvre va être condamnée après sa publication, et le poète va se sentir comme un poète maudit. Déjà, le titre est provocateur ; il y a un goût pour le scandale (notamment l’oxymore associant l’innocence de la fleur avec la malignité). Ce « du » exprime l’origine et l’appartenance : ces fleurs seraient la poésie extraite du mal.
Structure et sections du recueil
Il y a plusieurs sections dans Les Fleurs du Mal :
- Spleen et Idéal : où s’affrontent la misère et la grandeur de l’homme. L’être est dominé par l’angoisse, puisqu’il désire un bonheur infini qu’on ne peut trouver sur la Terre. Toute aspiration vers Dieu est suivie de la chute dans le Spleen.
- Tableaux parisiens : où Paris, ville de rêves, apparaît comme une ville fourmillante qui renvoie au poète l’image de sa décadence. Il se glisse dans le drame pour imaginer que leur destin est comme le sien.
- Le Vin : le recours des désespérés, une voie d’évasion vers l’ailleurs. Un moyen de noyer la mélancolie. Ce sont les paradis artificiels.
- Fleurs du Mal : amours interdites, quête du sublime (vouée à l’échec) et thèmes tabous comme l’homosexualité. Des êtres condamnés.
- Révolte : la tentation charnelle et la tentation spirituelle ; se révolter contre Dieu et se tourner vers Satan, le « prince des déchus ».
- La Mort : la consolation de l’être, le dernier espoir, là où la souffrance s’arrête. Un voyage sans retour.
Esthétique et formes poétiques
On observe une réconciliation des termes contraires : l’oxymore. Il existe un contraste entre le sonnet (forme classique) et la modernité provocatrice du contenu. Baudelaire reprend la doctrine romantique allemande des correspondances : diverses sensations reliées au mystère. Capter ces mystérieux accords et les fixer par la métaphore est ce qui caractérise son œuvre. Il utilise aussi la synecdoque : la partie pour le tout (par exemple, la chevelure pour la femme).
La figure féminine et le désir
Selon Baudelaire, la femme est « naturelle », donc « abominable ». Elle est toujours vulgaire, au contraire du dandy. Il veut que la femme soit surnaturelle pour devenir désirable. La femme est un paradis artificiel, comme l’alcool et les drogues. Comme l’ivresse provoquée par la femme est la plus dangereuse, elle devient l’éternelle Vénus. Il voit en elle une forme séduisante du diable. Esprit antithétique : face à la séduisante et diabolique Jeanne Duval, il place l’idée de la Madone avec Madame Sabatier.
Trois femmes occupent l’amour de Baudelaire, inspirant Les Fleurs du Mal : Jeanne Duval (la femme diabolique), Marie Daubrun (la femme-enfant) et Apollonie Sabatier (la femme-madone).
Dans la première partie du recueil, il y a une dissension entre l’élévation vers l’Idéal et la chute dans le Spleen. On y trouve donc un cœur ravagé par le désir, structuré autour de trois profils féminins : Jeanne Duval, « maîtresse des maîtresses », Mme Sabatier, « ange gardien », et Marie Daubrun, « la sœur ». L’œuvre réunit une femme à trois visages : l’amante, la mère et l’enfant du poète. Le désir érotique est le prétexte d’un travail de métaphorisation qui transforme l’être féminin en fantasme. Les métamorphoses de l’énergie du désir font de la femme l’obscur objet de la poésie baudelairienne.
La poésie de la cruauté et du Mal
Nous trouvons aussi une poésie de la cruauté, une écriture du Mal. Pour l’auteur, le désir est vicié, c’est comme une destruction de l’être. Tel est le sens du poème « Une martyre », inspiré d’une peinture qui représente le corps désirable d’une femme brutalement décapité par son amant. Il interpelle ce cadavre pour savoir si le meurtrier pervers a trouvé dans le crime l’immensité de son désir. On a l’idée d’un cauchemar.
« Une charogne » dépeint la carcasse d’une femme morte et la décomposition du corps. La cruauté lui permet de montrer l’obsession du sang qui coule ; le rouge est la couleur de la vie sacrifiée. Dans « La longue misère », il récite les litanies à Satan, s'adressant aux parias qui cherchent en Satan un guérisseur des angoisses humaines. « Remords posthume » fait du tombeau un confident. Le Temps est le « Noir Assassin » de la vie et de l’Art. Dans « Crépuscule du soir », l’hôpital est l’antichambre du gouffre. Tout Paris est emporté par une foule où la Mort mène le bal fatal.