Analyse thématique de L'Enfant de sable

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Conteurs : Marques de l'oralité

“Et qui fut-il ? La question tomba après un silence d’embarras ou d’attente. Le conteur assis sur la natte, les jambes pliées en tailleur, sortit d’un cartable un grand cahier et le montra à l’assistance” (p. 11).

  • “Amis du bien” (p. 14) : interpellation.
  • “Je vous disais donc...” (p. 23).
  • “Ô mes compagnons” : complicité avec l’auditoire.
  • “Je referme ici le livre” (p. 35).

La multiplicité des conteurs fait que la parole se livre à une incessante correction du récit et, par là même, à sa déconstruction.

Écrit intangible

Qui est en possession du véritable cahier d’Ahmed ? Volé le lendemain de la mort d’Ahmed, brûlé avec les vêtements du conteur mort, racheté aux infirmiers de la morgue...

  • « Permettez que j’ouvre le livre et que je vous lise ce qu’il y a écrit » (p. 29).
  • « Dans le livre, c’est un espace blanc, des pages nues laissées ainsi en suspens, offertes à la liberté du lecteur. À vous ! »

Constantes références au Coran qui signifie « récitation », donc pensé pour l’oralité.

Héritage et patriarcat

« Notre religion est impitoyable pour l’homme sans héritier ; elle le dépossède ou presque en faveur de ses frères. Quant aux filles, elles reçoivent seulement le tiers de l’héritage. »

« Bien sûr, tu peux me reprocher de ne pas être tendre avec tes filles. Elles sont à toi. Je leur ai donné mon nom. Je ne peux leur donner mon affection parce que je ne les ai jamais désirées. Elles sont toutes arrivées par erreur, à la place de ce garçon tant attendu » (p. 20).

« L’enfant que tu mettras au monde sera un mâle, il s’appellera Ahmed même si c’est une fille » (p. 21).

Le père façonne un corps masculin par son discours. Le genre s’accomplira alors par la pratique du corps dont la répétition institue le genre. On parvient ainsi à la performativité du genre. Ahmed se construit donc en homme sur injonction du père.

Cérémonies

Mariage : projet d’insertion sociale.

« La fête du baptême fut grandiose. Un bœuf fut égorgé pour donner le nom : Mohammed Ahmed, fils de Hadj Ahmed. On pria le grand fqih et mufti de la ville. » (p. 26).

La mort du père : elle est essentielle car elle l’oblige à être conscient de sa condition. En acceptant le versant masculin, privilégié, il a perpétué l’injustice traditionnellement commise.

« À partir de ce jour, je ne suis plus votre frère ; je ne suis pas votre père non plus mais votre tuteur. [...] Enfin, inutile de vous rappeler que je suis un homme d’ordre et que, si la femme chez nous est inférieure à l’homme, ce n’est pas parce que Dieu l’a voulu ou que le Prophète l’a décidé, mais parce qu’elle accepte son sort. Alors, subissez et vivez dans le silence. »

Symbolique du 7

  • « Le livre a sept portes » (p. 12) : symboles du processus d’évolution.
  • « Cette famille frappée sept fois par le malheur » (p. 18).
  • « Alors, j’ai décidé que la huitième naissance serait une fête, la plus grande des cérémonies, une noce qui durerait sept jours et sept nuits. »
  • « Elle le mit sur son dos et tourna sept fois autour du tombeau en priant le saint d’intercéder auprès de Dieu pour qu’Ahmed soit protégé du mauvais œil, de la maladie et de la jalousie des curieux. » (p. 28).
  • « Un anneau comportant sept clés pour ouvrir les sept portes de la ville. » (p. 163).
  • « Transmettez le récit en le faisant passer par les sept jardins de l’âme. » (p. 180).
  • 7 conteurs.

Colonisation

La quête de l’identité ou la quête de soi-même est l’un des thèmes principaux de la littérature postcoloniale et de la littérature maghrébine de langue française.

Cependant, après la colonisation, la plupart des auteurs maghrébins s’expriment dans la langue de l’ancien colonisateur car ils se sentent libérés des tabous sociolinguistiques (Interview de Ben Jelloun : il n’aurait jamais pu écrire L'Enfant de sable en arabe).

La voix

  • « Tantôt je la reconnais, tantôt je la répudie, je sais qu’elle est mon masque le plus fin » (p. 40).
  • « J’ai de petits seins – des seins réprimés dès l’adolescence – mais une voix d’homme. » (p. 131).
  • « Voix d’homme qui aurait subi une opération sur les cordes vocales ? Voix de femme blessée à vie ? Voix d’un castrat vieilli avant l’âge ? » (p. 150). Il est resté à Ahmed-Zahra définitivement quelque chose de cette ambiguïté sexuelle qui est maintenant partie de son être alors qu’au début il s’agissait purement d’une dissimulation.
  • « C’était une voix de femme dans un corps d’homme. » (p. 169).

Dualité et réalité ambiguë

Quête de soi d’un être auquel aucune appartenance sexuelle ne peut être assignée : conséquence tragique sur l’équilibre mental d’Ahmed-Zahra, victime de la supercherie, qui se retrouve dans l’indistinction identitaire tout au long du récit.

« Je suis l’architecte et la demeure ; l’arbre et la sève ; moi et un autre ; moi et un autre. »

Ambiguïté existentielle : un seul corps, deux consciences.

  • « Elle était devenue la femme à barbe qu’on venait voir de tous les coins de la ville. » (p. 121).
  • « Tantôt homme, tantôt femme, notre personnage avançait dans la reconquête de son être. Il ne dormait plus avec les acrobates mais dans la roulotte des femmes ; elle mangeait et sortait avec elles. » (p. 108).
  • « L’homme aux seins de femme » (titre chap. 11).
  • « La femme à la barbe mal rasée » (titre chap. 12).
  • « J’ai vécu dans l’illusion d’un autre corps, avec les habits et les émotions de quelqu’un d’autre. J’ai trompé tout le monde jusqu’au jour où je me suis aperçue que je me trompais moi-même. » (p. 169).
  • « Un bâttène » (cette pièce de monnaie porte sur l’une de ses faces une figure d’homme et sur l’autre une figure de femme, mythe de l’androgyne).

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