Analyse de Vénus Anadyomène d'Arthur Rimbaud

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Introduction : Écrit vers 1870 dans les Cahiers de Douai, ce sonnet irrégulier parodie la figure mythologique de la naissance de Vénus sortant des eaux. Rimbaud détourne le genre traditionnel du blason pour en faire un contre-blason insistant sur la laideur du modèle, affirmant ainsi son désir de liberté et de rupture poétique.

Problématique : Comment Rimbaud parodie-t-il le mythe de Vénus ?

1. L’apparition effrayante de Vénus (v. 1 à 4)

  • La comparaison initiale de la baignoire avec un « cercueil » (v. 1) désacralise immédiatement le mythe en associant l'élément vital de l'eau à la mort.
  • Le contre-rejet du mot « tête » (v. 1) crée un effet d'attente chez le lecteur tout en mettant en valeur le surgissement d'un corps tronqué et disgracieux.
  • L'emploi de l'adjectif péjoratif « bête » (v. 3) apporte un jugement de valeur sévère qui enlève toute divinité à la femme pour souligner son animalité.

2. Le portrait de la déesse en contre-blason (v. 5 à 11)

  • L'allitération lourde en « gr » dans l'expression « le col gras et gris » (v. 5) accentue de manière auditive la lourdeur et la saleté du sujet observé.
  • L'antithèse formée par les verbes « rentre » et « ressort » (v. 6) insiste sur l'inélégance de la gestuelle et met en évidence un corps manquant totalement d'harmonie.
  • La métaphore prosaïque des « feuilles plates » (v. 8) sert à décrire l'excès de graisse sous la peau avec une crudité peu gracieuse évoquant la cellulite.

3. La chute provocante du sonnet (v. 11 à 14)

  • L'utilisation du substantif « croupe » (v. 13), terme réservé aux animaux, achève de rabaisser la femme en la montrant dans une posture d'exhibition impudique.
  • L'oxymore « Belle hideusement » (v. 14) résume parfaitement l'esthétique poétique de Rimbaud, qui cherche à rompre avec l'idéal classique en mêlant le laid avec le beau.
  • La rime triviale associant « Vénus » à « anus » (v. 12-14) dégrade violemment la déesse par la maladie et marque une rupture provocatrice avec la tradition.

Conclusion : Pour conclure, le poète se livre dans ce sonnet à une violente caricature du mythe initial. Cette parodie est la manifestation directe de son émancipation de la poésie classique, Rimbaud s'inscrivant ici dans l'héritage de Baudelaire en parvenant à susciter la beauté à travers l'étrangeté et le laid.

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