Comprendre la socialisation : processus et enjeux

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La socialisation : définition et approches

La socialisation est un terme vaste. C'est l'ensemble des processus par lesquels l'individu se construit, au sein de la société globale ou locale dans laquelle il vit, et au cours desquels il acquiert des façons de faire, de penser et d'être qui sont situées socialement (Muriel Darmon, La Socialisation, Paris, A. Colin, 2006).

C'est donc la relation entre l'individu et le groupe. On y trouve deux types d'approches :

  • L'analyse du processus de socialisation et le rôle joué par les différentes instances (famille, groupe de pairs, école, travail...).
  • L'analyse des produits et résultats de la socialisation : une approche en termes d'identité.

I. Remise en cause de la définition durkheimienne

A. Le point de départ : Durkheim

« L’éducation consiste en une socialisation méthodique de la jeune génération » par les générations précédentes. Elle a pour objet de susciter chez l'enfant des états physiques, intellectuels et moraux réclamés par la société (Éducation et sociologie, PUF, 1922).

Trois points à retenir sur l'analyse de Durkheim :

  • La socialisation est abordée uniquement comme un phénomène intergénérationnel (enfant contre adulte).
  • L'individu socialisé est montré comme largement passif ; l'enfant est façonné.
  • Il y a peu de place accordée à la diversité des contenus de la socialisation.

On distingue l'assimilation (généraliser un comportement à l'environnement) de l'accommodation (nuancer son comportement pour s'adapter à l'extérieur).

C. La continuité des processus de socialisation

La socialisation est un processus continu qui n'aboutit jamais (Peter Berger et Thomas Luckmann, La construction sociale de la réalité, 1966). On différencie :

  • La socialisation primaire : liée à la famille et à l'école, forte et affective.
  • La socialisation secondaire : processus postérieur permettant d'incorporer l'individu dans de nouveaux secteurs du monde social.

II. Deux autres distinctions

Merton distingue le groupe d'appartenance du groupe de référence. Weber, quant à lui, oppose :

  • La socialisation communautaire : conditionnement passif, inculcation de valeurs partagées, aspect fusionnel.
  • La socialisation sociétaire : plus souple, repose sur l'engagement mutuel et la rationalisation.

Deuxième partie : Socialisation et construction de l'habitus

La sociologie bourdieusienne cherche à dépasser l'opposition entre déterminisme et individualisme via les notions de classe sociale et d'habitus.

I. Incorporation du monde social et habitus

La socialisation primaire est vécue comme une socialisation de classe. Elle détermine des rapports au corps et des pratiques culturelles distinctes (ex: usage des jouets éducatifs selon l'origine sociale).

L'habitus (hexis/ethos)

Définition : « Systèmes de dispositions durables et transposables, principes générateurs et organisateurs de pratiques » (Le sens pratique, 1980). L'hexis est ce que la socialisation a laissé dans nos corps, l'ethos permet d'intérioriser des principes.

II. L'exemple de la haute bourgeoisie

L'habitus bourgeois se caractérise par le contrôle de soi et la modération. Cette transmission passe par la ritualisation du quotidien (repas, éducation) et le renforcement par les groupes de pairs et les institutions scolaires privées.

III. Trajectoires et dispositions

B. Lahire souligne que l'habitus produit des dispositions activées selon la trajectoire. La socialisation secondaire peut infléchir la socialisation primaire via des influences conjugales, amicales ou professionnelles.

Troisième partie : La socialisation dans les groupes élémentaires

Les groupes élémentaires sont des groupes restreints (une dizaine de personnes) avec des rapports de proximité et une stabilité temporelle.

I. L'expérience de la Western Electric (Mayo)

Mayo démontre que la productivité dépend moins de l'environnement matériel que de la dynamique de groupe informelle et du sentiment d'appartenance à une « élite ».

II. La sociométrie (Moreno)

Technique d'analyse des relations au sein des petits groupes via des tests sociométriques et des sociogrammes.

III. La dynamique de groupe (Lewin)

L'effet de gel montre qu'une décision prise collectivement dans un groupe est plus durable qu'une décision individuelle. Les expériences de Asch confirment la pression de conformité au sein d'un groupe.

Chapitre 4 : La socialisation professionnelle

I. Les approches fonctionnalistes (Merton)

Merton distingue :

  • Fonction manifeste : acquisition des compétences techniques.
  • Fonction latente : intégration des normes et valeurs via la socialisation anticipatrice.

La formation médicale apprend à gérer l'incertitude et à trouver une posture d'« implication détachée ».

II. Les approches interactionnistes (Hughes, Becker)

Les interactionnistes voient la socialisation comme un processus moins linéaire. Les étudiants développent une culture autonome pour répondre aux contraintes de l'institution. La socialisation professionnelle est un processus biographique inachevé, marqué par des tournants (turning points) et une pluralité d'identités.

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