La Constitution espagnole de 1978 : Histoire et enjeux
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La Constitution espagnole de 1978
La Constitution de 1978 constitue le cadre juridique de la démocratie espagnole. En toile de fond, la « Coordination démocratique » et le « projet de loi de réforme politique » revendiquaient des élections libres, l'amnistie et une Assemblée constituante.
Cette présentation fut réalisée par un Congrès composé de représentants de l'UCD (Pérez Llorca, Cisneros et Herrero de Miñón), du PSOE (Peces-Barba), du PCE (Solé Tura), de l'AP (Fraga Iribarne) et des nationalistes catalans (Roca Junyent). La rédaction de la Constitution marqua, pour la première fois dans l'histoire de l'Espagne, une négociation entre les principaux partis politiques, fruit d'une grande alliance nationale. Après avoir été largement débattue au Parlement, elle fut adoptée le 31 octobre 1978 par une large majorité. Seuls l'extrême droite et l'extrême gauche votèrent contre, tandis que l'opposition et le PNV s'abstinrent (une erreur, car ils auraient dû l'inclure pour résoudre le problème de l'ETA). Soumise à un référendum, elle fut approuvée par le peuple espagnol le 6 décembre : 67 % de participation et 88 % de votes favorables.
Les défis de la transition
Parmi les problèmes majeurs, la forme du gouvernement (monarchie ou république) et le modèle d'État (centralisé ou décentralisé) furent les plus complexes. Si les partis de droite (UCD, AP) étaient monarchistes, le PSOE et le PCE se déclaraient républicains. La monarchie parlementaire fut acceptée au nom de la démocratie. Une autre raison fut la loyauté de l'armée envers le roi. Concernant le modèle d'État, l'Espagne franquiste était unitaire et centralisée. Finalement, le choix s'est porté sur un modèle unitaire mais décentralisé : celui des communautés autonomes.
Contenu de la Constitution
La Constitution se compose d'un préambule reconnaissant les valeurs de justice, de liberté et de sécurité, visant à établir un État de droit fondé sur la souveraineté nationale. Elle instaure une monarchie parlementaire et la division classique des pouvoirs :
- Les Cortes (Parlement) : Formées du Congrès des députés et du Sénat (4 par province), elles détiennent le pouvoir législatif et sont élues au suffrage universel.
- Le Gouvernement : Détient le pouvoir exécutif, dirige l'administration civile et militaire, et conduit la politique intérieure et étrangère.
- Le Pouvoir judiciaire : Configure le système comme protecteur des lois et promoteur de la justice.
Le Roi est le chef de l'État et des forces armées. Sa fonction est héréditaire, inviolable et non responsable ; ses rôles sont essentiellement honorifiques et représentatifs (convocation des élections, promulgation des lois).
La Constitution garantit les libertés démocratiques, abolit la peine de mort et fixe la majorité à 18 ans. Elle ne reconnaît aucune religion d'État, tout en tenant compte de la tradition catholique. Elle instaure le divorce, proclame la liberté d'enseignement, d'entreprise et l'économie de marché, tout en garantissant des droits sociaux (éducation, santé, logement), piliers de l'État-providence.
L'État des autonomies
Fondée sur l'unité indissoluble de l'Espagne, la Constitution reconnaît aux 17 régions le droit à l'autonomie. Toutes les régions pouvaient obtenir les mêmes pouvoirs, selon deux voies : la voie rapide (pour les nationalités historiques comme la Catalogne, le Pays basque, la Galice, l'Andalousie) ou la voie lente (cinq ans après).
Transferts et compétences
La création d'institutions autonomes (Assemblée législative, président, Cour supérieure de justice) définit les compétences transférées (culture, tourisme, routes, transports, pêche, éducation, environnement, santé) et celles réservées à l'État (relations internationales, défense, douanes, système monétaire). Un fonds de compensation a été institué pour corriger les déséquilibres économiques.
En bref, la Constitution de 1978 a réussi à articuler un État unitaire décentralisé, malgré deux questions en suspens : le rôle du Sénat, qui n'agit pas comme une véritable chambre de représentation territoriale, et la situation du Pays basque et de la Navarre, reconnus comme « faits historiques » mais sans souveraineté propre ni droit à l'autodétermination.