Désirer est-ce nécessairement souffrir ? Analyse philosophique

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Désirer est-ce nécessairement souffrir ?

On remet en question la tendance d’envisager le désir comme un manque ou une carence. Si le désir se présente comme un objet inaccessible, il est vécu comme une souffrance, car c’est l’expression d’un manque : une conception négative.

À la négativité de cette souffrance correspond l’espoir de pouvoir y mettre un terme par la satisfaction du désir et l’obtention de celui-ci. Mais le risque est l’idéalisation de l’objet désiré, car cette satisfaction, une fois l’objet obtenu, n’est que partielle : on désire également le style de vie qui y est rattaché. C’est une conception avancée par Gilles Deleuze : « Désirer, c’est faire l’amour avec des mondes ». Par exemple, avec le marketing et la publicité, la mise en scène nous trompe, ce qui nous conduit à l’idéalisation.

La vision pessimiste : le désir comme source de frustration

Dans cette conception négative, le désir est rarement porteur de satisfaction, nous exposant à la désillusion : le désir devient une source perpétuelle de frustration. Schopenhauer s’inscrit dans cette lignée : il affirme que le désir est une source continuelle de malheur, dont la quintessence est la sexualité. Il préconise donc de renoncer à ses désirs afin d’accéder à un état de nirvana (détachement du monde). Selon lui, nous sommes condamnés à souffrir.

La perspective positive de Spinoza : le désir comme puissance

Spinoza offre une vision radicalement différente du désir. Il ne faut pas le voir comme un manque, mais le comprendre comme une force créatrice, une énergie productrice source de satisfaction et de joie. Il renonce à la conception platonicienne : l’homme, à travers le désir, peut inventer sans cesse de nouveaux objets qui lui permettent d’accroître sa joie, contrairement à une personne dépressive pour qui le sentiment d’exister s’étiole, marqué par la tristesse.

  • Valeur intrinsèque : La valeur du désir ne réside plus dans l’objet ni dans la satisfaction promise, mais dans sa force créatrice.
  • Puissance d’affirmation : Spinoza définit le désir comme la puissance d’affirmation de la vie ; plus grand est le désir, plus grand est le sentiment d’exister.

Le désir est le noyau dur de l’existence humaine. En investissant les objets du monde, le désir les rend désirables. Ce n’est donc pas l’objet lui-même qui est désirable, mais le désir qui est la source de la désirabilité. Ceci inverse la conception traditionnelle : nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est bonne, elle est bonne parce que nous la désirons. Cela s'oppose à Aristote, qui soutenait que l’on désire une chose parce que l’on juge qu’elle est bonne.

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