Développement cognitif, langage et moralité chez l'enfant

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L'intention de parler

C'est incroyable de voir comment l'enfant commence à comprendre des phrases et à prononcer des mots. La langue, initialement pauvre, évolue rapidement vers une complexité remarquable. Pour Piaget, le langage fait partie du développement global et d'une capacité sémiotique représentative. Au début, le discours de l'enfant est égocentrique et non coopératif, reflétant son égocentrisme intellectuel, mais il s'estompe avec l'âge pour devenir social. Piaget a observé que l'enfant se parle à lui-même pour assimiler des concepts.

Vygotski, quant à lui, estimait que le langage avait une origine sociale, servant d'instrument de transmission culturelle. Le langage égocentrique serait une appropriation du langage social, intériorisé par la suite. Pour Vygotski, le langage est le moteur du développement des fonctions mentales supérieures.

Dès la naissance, l'enfant apprend à attirer l'attention par des réactions réflexes (pleurs, cris). Bruner appelle ce processus le « système de soutien pour l'acquisition du langage (SAAL) », indissociable du contexte culturel. Il existe ensuite une « proto-négociation » du sens entre l'enfant et l'adulte. Vers 10 mois, les premiers mots apparaissent dans des contextes spécifiques. Avec un environnement stimulant, la terminologie devient plus précise et les mots servent à exprimer des intentions, des souhaits ou des demandes. À cinq ans, les règles grammaticales de base sont acquises.

À l'opposé, Chomsky propose une approche nativiste avec son « dispositif d'acquisition du langage (DAL) », suggérant que les humains sont biologiquement programmés pour apprendre la langue grâce à des structures cérébrales spécialisées. Les théories de Bruner et Chomsky se complètent : l'intention de communication de l'enfant évolue via le DAL et le SAAL, guidée par les soignants.

Le destin du mot

Le bébé est programmé pour s'harmoniser avec la parole humaine. Avant de parler, il exprime ses besoins par des sons (roucoulements, babillage). Cette étape pré-linguistique est influencée par l'imitation des parents. Dès trois jours, le nourrisson distingue la voix de sa mère. À six mois, il maîtrise les sons de base de sa langue maternelle. Vers 9 mois, les gestes (montrer du doigt, faire au revoir) accompagnent les sons. Entre 10 et 14 mois, les premiers mots apparaissent, souvent sous forme d'holophrases (un mot exprimant une pensée complète). Entre 16 et 24 mois, une « explosion du vocabulaire » se produit. Le langage adressé à l'enfant (parler bébé) facilite cet apprentissage. Vers 30 mois, la syntaxe devient plus fluide et complexe.

Concept d'attachement : caractéristiques et évolution

L'attachement est le lien affectif qui procure la sécurité nécessaire au développement psychologique et social. Ses caractéristiques comportementales incluent :

  • La recherche de proximité avec la figure d'attachement.
  • Le maintien du contact.
  • L'utilisation de cette figure comme base de sécurité pour explorer le monde.
  • Le refuge en cas de danger.

John Bowlby a identifié quatre systèmes interdépendants : l'attachement, le balayage (exploration), la peur des étrangers et l'affiliation. L'évolution de l'attachement suit quatre phases :

  1. 0-3 mois : Préférence pour les membres de l'espèce.
  2. 3-6 mois : Reconnaissance des visages et voix familiers.
  3. 6-12 mois : Préférence marquée pour la figure d'attachement et anxiété de séparation.
  4. Dès 1 an : Acquisition d'une certaine autonomie.

Le paradigme de la situation étrange

La théorie de l'attachement repose sur l'accessibilité et la réactivité de la figure principale. Mary Ainsworth a créé la « situation étrange » pour évaluer la qualité de l'attachement chez les enfants de 1 à 2 ans, classant les résultats en quatre types :

  • Attachement sécurisant : L'enfant utilise la mère comme base sûre.
  • Attachement résistant : Protestations lors de la séparation et comportement imprévisible.
  • Attachement évitant : Peu de protestations et évitement du soignant.
  • Attachement désorganisé : Comportement désorienté et confus.

Des méthodes alternatives comme la « Q-sort » sont désormais utilisées pour pallier les limites de cette procédure en laboratoire.

Le concept de permanence de l'objet

La permanence de l'objet est la connaissance que les objets existent indépendamment de notre perception. Piaget divise son développement en six sous-stades durant la période sensori-motrice (0-24 mois), allant de l'utilisation des réflexes à la capacité de se représenter mentalement la réalité et de planifier des actions.

Sens et évolution de la réaction circulaire

L'intelligence se développe par l'assimilation et l'accommodation. Les réactions circulaires sont des segments de conduite répétés pour renforcer des schémas moteurs :

  • Réflexes : Répertoire inné.
  • Réactions circulaires primaires : Répétition d'actions agréables centrées sur le corps.
  • Réactions circulaires secondaires : Coordination d'actions pour obtenir un résultat externe.
  • Réactions circulaires tertiaires : Exploration active et intentionnelle (« voir ce qui se passe »).

Caractéristiques de la pensée préopératoire

De 2 à 7 ans, l'enfant développe la fonction symbolique (jeu, dessin, langage). Ses caractéristiques sont :

  • Centration : Focalisation sur un aspect isolé.
  • Irréversibilité : Incapacité à refaire mentalement une procédure.
  • Raisonnement transductif : Associations immédiates du particulier au particulier.

Égocentrisme social et cognitif

L'égocentrisme est la tendance à considérer son propre point de vue comme unique. Il se manifeste par une difficulté à distinguer le monde extérieur de sa propre subjectivité. Cela influence le langage, qui devient égocentrique, sans souci de l'interlocuteur.

Transit vers le fonctionnement opératoire

La période préopératoire prépare aux opérations concrètes (7-12 ans). La pensée devient plus stable, cohérente et logique. L'opération est une action intériorisée intégrée dans un système, permettant la décentration, la conservation et la réversibilité.

Apprentissage et enseignement à Genève

L'École de Genève soutient que le développement cognitif résulte d'un apprentissage actif et constructif. L'apprentissage « général » doit être robuste, généralisable, explicable verbalement et résistant à la contradiction. L'enseignant agit comme un guide favorisant la restructuration cognitive.

Comportement et raisonnement moral

Le développement moral comprend trois composantes : émotionnelle, cognitive et comportementale. Piaget souligne que l'interaction entre pairs est essentielle pour construire des normes basées sur l'égalité et la coopération, menant au relativisme moral.

Moralité de Kohlberg

Kohlberg propose trois niveaux de développement moral :

  • Préconventionnel : Obéissance pour éviter la punition ou par égoïsme.
  • Conventionnel : Désir d'approbation sociale et respect des lois.
  • Postconventionnel : Principes éthiques universels et justice.

La critique de Gilligan

Carol Gilligan a critiqué Kohlberg, arguant que sa théorie négligeait la « morale de soin » (compassion, responsabilité) souvent associée aux femmes, par opposition à la « morale de justice » masculine.

Amitiés et socialisation

Les groupes de pairs sont cruciaux pour apprendre à socialiser, gérer la frustration et développer l'imagination. Bien que les amitiés puissent avoir des effets variables, elles sont indispensables au développement intellectuel et à l'équilibre psychologique de l'enfant.

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