Droit pénal général : Théorie générale de l'infraction
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DROIT PÉNAL : PARTIE GÉNÉRALE
THÉORIE DE L'INFRACTION : Partie du droit pénal qui étudie l'infraction et ses implications.
Pour déterminer s'il y a infraction, il convient d'analyser l'existence des éléments suivants (sans s'y limiter) :
COMPORTEMENT - TYPICITÉ - ILLICÉITÉ - CULPABILITÉ - PUNISSABILITÉ
- Le comportement ne fait pas partie de la théorie de la criminalité en tant que tel.
L'ACTION : Il y a plusieurs théories qui expliquent comment déterminer la présence de cet élément.
- Théorie causale (scientifique - naturaliste) : Précurseur Franz von Liszt.
Conditions : comportement d'un homme, de manière volontaire, pour produire des changements notables dans le monde extérieur.
CAUSE - EFFET
- Théorie finaliste (téléologique) : Précurseur Hans Welzel.
Conditions : capacité de raisonnement de l'agent. L'intention de l'être humain était d'agir et d'obtenir un résultat.
MOYEN - FIN
- Commentaire : Ces deux théories apportent une réponse raisonnable dans le cas des actions, mais pas des omissions. Actuellement, la théorie causale est utilisée en cas d'infractions d'imprudence et la théorie finaliste en cas d'infractions intentionnelles.
- La théorie sociale : Précurseur Hans-Heinrich Jescheck.
Conditions : tout comportement socialement pertinent pour l'ordre juridique constitue une action.
- Critique : Elle est encore en développement. On ne peut pas définir une norme uniforme sur la pertinence d'un comportement. Elle explique cependant les omissions.
- Causes d'exclusion de l'action :
- Force majeure / Force irrésistible (vis absoluta)
- Contrainte physique externe : force extérieure à l'agent (ex. cas d'avalanche).
- Phénomènes de la nature (forces physiques naturelles).
- Mouvements réflexes.
- Inconscience : Sommeil, hypnotisme, somnambulisme.
Dans tous ces cas, prévaut la théorie de l'actio libera in causa, impliquant de faire remonter l'acte au moment antérieur à l'inconscience. |
LA TYPICITÉ
A - Élément objectif : Comprend les facteurs externes qui décrivent le comportement dans la loi.
B - Élément subjectif : Comprend les aspects internes et volontaires de l'auteur.
Structure de l'infraction pénale
A - Sujet actif : L'auteur
- Indéterminé : Il n'y a pas besoin d'une qualité particulière.
- Qualifié (exige une qualité particulière).
B - Sujet passif : La victime.
- Indéterminé.
- Qualifié.
C - Comportement (conduite) :
- Action (actif).
- Omission.
- Avec des modalités particulières.
D - Consommation (résultat) :
- Infraction de résultat.
- Infraction de simple activité / de danger potentiel.
E - Sanction :
- Crime.
- Délit.
L'élément objectif de l'infraction
1 - Les sujets.
2 - Le résultat : lésion ou mise en danger du bien juridique.
3 - Le lien de causalité : relation entre le comportement et le résultat. Lien entre l'auteur et le résultat.
4 - Les modalités : mode de réalisation du comportement.
Analyse des éléments de l'infraction objective :
- Bien juridique protégé.
- Objet de l'action.
- Sujets : Actif (auteur), Passif (victime).
- Verbe recteur (action) + élément subjectif (intention) tacite.
- Comportement.
- Lien de causalité (tacite).
- Résultat.
- Modalités (moyens utilisés) : Répond à la question « Comment ? ».
- Circonstances de temps et de lieu (conditions d'application de la règle).
L'élément subjectif de l'infraction
1 - Le dol (Dolo) : Connaître et vouloir tous les éléments de l'infraction objective.
Il n'est pas nécessaire de connaître la règle de droit applicable au fait.
VOULOIR | SAVOIR | |
Certitude | Probabilité | |
Direct | Dol direct du 1er degré. | Dol direct du 1er degré. |
Indirect / Éventuel | Dol direct du 2e degré. | Dol éventuel / Imprudence (faute) |
INTENTIONNELLEMENT = Dol direct. EN CONNAISSANCE DE CAUSE = Dol indirect. L'auteur connaît et veut la réalisation de A comme un moyen de produire B. INTENTIONNELLEMENT + SCIEMMENT = Exclut le dol éventuel. Dol éventuel : Possibilité de produire un résultat dont l'auteur ne se soucie pas. Son existence exclut l'intention indirecte. Silence de la loi pénale = Admet tout type de dol. | ||
2 - La faute (imprudence) : Témérité + manquement au devoir de diligence.
La différence entre le dol et l'imprudence (faute) réside dans l'absence de volonté de produire le résultat dans cette dernière.
Les infractions d'omission
Types d'omissions :
1 - Omission propre (proprement dite) :
- Simple omission.
- S'abstenir de faire ce que l'on est tenu de faire, indépendamment du résultat.
- Elles sont directement incriminées.
Exemple : Article 181 - Violation de l'obligation de tenir des livres de commerce.
2 - Omission impropre (commission par omission) :
- Commission par omission.
- Non-empêchement du résultat que l'action positive aurait évité.
- Combinaison avec un autre article de loi.
Il existe une division tripartite :
- Omission propre.
- Omission impropre.
- Omission propre visant à éviter le résultat.
Les éléments de l'omission
Pour toutes les omissions :
1 - Situation génératrice de l'obligation d'agir.
2 - Non-accomplissement de l'action attendue.
3 - Capacité physique d'agir.
Pour les omissions visant à éviter le résultat :
4 - Imputation objective du résultat non évité.
Pour les omissions impropres :
5 - Position de garant : Situation dans laquelle une personne est spécifiquement tenue d'éviter le résultat.
6 - Équivalence entre l'action et l'omission.
Sources de la position de garant :
1 - La loi (fonctionnaires, agents publics, etc.).
2 - L'acceptation volontaire (contrats).
3 - L'ingérence (comportement antérieur dangereux) :
- Illicite.
- Licite.
4 - La communauté de vie (conjoint et relations familiales).
5 - La coexistence sociale.
6 - La communauté de danger.
7 - Le « sain sentiment populaire » de l'école de Kiel (doctrine historique).
Limites à la position de garant :
1 - Devoir de protection d'un bien juridique.
2 - Devoir de contrôle d'une source de danger.
L'illicéité et les causes de justification
Comportement typique + illicite = fait injuste (illégal)
Il est important de déterminer si le comportement typique est illicite pour établir :
1 - L'application de mesures de sûreté.
2 - La responsabilité civile ou pénale des tiers.
Conditions d'application des mesures
Comportement illicite | Illicéité |
Absence de cause de justification | Comportement typique et illicite |
Les causes de justification : Dispositions permissives qui, dans certaines situations, autorisent :
- L'accomplissement d'actes interdits.
- La non-exécution d'actes obligatoires.
Catégories :
a) Expressément prévues par le Code pénal :
- Légitime défense (Art. 19) : Agression réelle, actuelle et injuste contre des biens personnels.
- État de nécessité (Art. 20) : Conflit de biens juridiques, le résultat ne pouvant être évité autrement.
- Avortement thérapeutique (Art. 109) : État de nécessité disculpant.
b) Tacites ou supralégales :
- L'accomplissement d'un devoir légal.
- L'exercice légitime d'un droit.
- Le consentement de la victime (dans certains cas).
Il y a de nombreuses discussions sur l'obéissance hiérarchique comme cause de justification. Si l'ordre est licite, il relève de l'accomplissement d'un devoir légal ; s'il est illicite, il peut constituer une cause de justification uniquement s'il induit une erreur inévitable sur l'interdiction.
La culpabilité et la reprochabilité
L'erreur sur l'interdiction (erreur de droit) : Absence de connaissance de l'illicéité de l'action, qui exclut ou atténue la culpabilité.
- Évitable : Possibilité d'éviter l'erreur. Diminution de la peine (Art. 67).
- Inévitable : Impossibilité d'éviter l'erreur. Absence de culpabilité.
Auteurs et complices (participation pénale)
Ce sont les formes d'intervention dans la commission d'une infraction.
Auteur (coactivité).
Participation : Complices et instigateurs.
- Complices.
Recel / Recèlement : Constitue une infraction autonome commise postérieurement au fait principal.
L'auteur de l'infraction
Théories :
1 - Théorie objective-formelle : Auteur direct. Réalisation matérielle de la conduite décrite par la loi.
2 - Théorie subjective : Animus auctoris. Volonté de commettre l'acte en tant que sien.
3 - Théorie de l'équivalence des conditions : Primauté de l'élément subjectif (animus).
4 - Théorie objective-matérielle : Maîtrise du fait (contrôle de l'action).
- Éléments :
1 - Maîtrise du fait.
2 - Circonstances particulières : Si l'agent ne possède pas la qualité requise par l'infraction, il est qualifié de complice et non d'auteur.
- Classes d'auteurs :
1 - Auteur direct : Commet l'infraction lui-même.
2 - Auteur médiat : Commet l'infraction par l'intermédiaire d'un autre.
- Utilisation d'une autre personne comme instrument.
- Utilisation d'un comportement exempt de dol, d'illicéité ou de culpabilité.
3 - Coauteur :
a) Présence de deux personnes ou plus.
- Entente ou résolution commune (concours de volontés).
- Apport d'une contribution matérielle.
- Codomaine (co-maîtrise) du fait.
Il n'y a pas de coactivité dans les infractions d'imprudence ; il ne peut y avoir qu'une commission simultanée.
Les participants à l'infraction
- L'instigateur (auteur intellectuel) pousse autrui à commettre un acte illicite intentionnel. Son influence doit être déterminante. Il encourt la même peine que l'auteur.
- La complicité : Aide ou assistance.
Les étapes de la participation à l'infraction :
- Lors de la phase préparatoire :
- Apport d'une contribution indispensable (complice nécessaire).
- Apport d'une contribution accessoire (complice secondaire).
- Pendant la phase d'exécution :
- Contribution indispensable : Coauteur (maîtrise du fait).
- Contribution accessoire : Complice.
Les circonstances personnelles atténuantes ne se communiquent pas aux complices (Art. 67, alinéa 2).
Le principe de l'accessoirité
1 - Iter criminis : Commencement d'exécution.
2 - Degrés d'accessoirité :
- Minimum : Réalisation d'un comportement typique.
- Médiane : Réalisation d'un acte typique et illicite.
- Maximum : Réalisation d'un acte typique, illicite et coupable.
- Hyperaccessoirité : Réalisation d'un acte typique, illicite, coupable et punissable.
Les degrés de l'infraction punissable
Tentative : Degré d'exécution de l'infraction.
Étapes (Iter criminis) :
1 - Phase interne (pensée, idée) : Non punissable.
2 - Phase préparatoire : Réunir les moyens. Punissable uniquement à titre exceptionnel (Art. 270 et 271 du Code pénal).
DÈS L'ENTRÉE DANS LA PHASE D'EXÉCUTION, LES ACTES SONT PUNISSABLES AU TITRE DE LA TENTATIVE
3 - Tentative :
- Tentative inachevée : L'auteur commence l'exécution mais n'accomplit pas tous les actes nécessaires.
- Tentative achevée : L'auteur accomplit tous les actes nécessaires mais le résultat ne se produit pas.
- c) Perte de contrôle sur le déroulement de l'exécution.
4 - Consommation (infraction consommée).
NON-RÉALISATION DE TOUS LES ACTES D'EXÉCUTION = TENTATIVE INACHEVÉE.
RÉALISATION DE TOUS LES ACTES D'EXÉCUTION = TENTATIVE ACHEVÉE (le résultat n'ayant pas eu lieu pour des raisons indépendantes de la volonté de l'auteur).
Ordre d'analyse de la tentative :
1 - Commencer par l'élément subjectif (intention).
2 - Analyser le comportement.
3 - Analyser l'élément objectif.
4 - Vérifier la représentation mentale du fait.
5 - Constater le caractère incomplet de l'élément objectif.
Tentative d'instigation : L'instigation n'a pas abouti.
Les conséquences juridiques de l'infraction
Buts de la peine |
1 - Prévention spéciale positive :
|
2 - Prévention générale positive : A - Protection de la société : Préservation des biens juridiques protégés. |
Fondement de la peine = La culpabilité.
Mesure de la peine : La peine doit être proportionnelle à la culpabilité.
Fondement de la mesure de sûreté = Typicité + illicéité.
Graduation : Gravité du dommage (réel ou potentiel) et degré de dangerosité.
La mesure de la peine
Critères de fixation de la peine (Art. 65, alinéa 1) :
- La culpabilité.
- L'impact de la peine sur la réinsertion sociale.
1 - Mobiles et buts : Qu'a recherché l'auteur ? Pourquoi ?
2 - Attitude envers le droit : Intégration sociale de l'auteur.
3 - Énergie criminelle : Obstacles surmontés pour commettre l'infraction.
4 - Degré d'illicéité : Typicité + gravité de l'illicéité. Qualité de l'auteur (qui est-il ? Quelles sont ses obligations ?).
5 - Mode d'exécution : Trahison, cruauté et autres facteurs de violence. Importance du préjudice ou du danger.
Le mode d'exécution n'est pas pris en compte s'il est déjà qualifié par la loi.
6 - Antécédents de l'auteur.
7 - Comportement après les faits.
Pour déterminer la mesure de la peine, il convient de :
1 - Qualifier l'infraction.
2 - Déterminer le cadre légal (peines minimales et maximales).
3 - Analyser les circonstances atténuantes et aggravantes.
4 - Attribuer une valeur temporelle à chaque circonstance.
5 - Déterminer la base de calcul :
- À partir du moyen terme : Soustraire les circonstances atténuantes des circonstances aggravantes.
- À partir du minimum : Ajouter les circonstances aggravantes.
- À partir du maximum : Soustraire les circonstances atténuantes.
6 - Fixer la peine définitive.