L'économie espagnole (1890-1914) : Crises et mutations
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Deuxième révolution industrielle et grandes entreprises
La perte des colonies a eu un effet négatif, le marché espagnol étant en concurrence avec les colonies américaines. Cependant, elle a généré un effet positif : le rapatriement des capitaux investis à Cuba vers l'Espagne. Cet afflux massif, équivalent à un quart du revenu national, a permis de financer des projets d'envergure et de structurer la société moderne.
Durant cette période, de nombreuses entreprises rentables ont été créées. Ces sociétés ont souvent fusionné pour écarter la concurrence, exploiter les économies d'échelle et renforcer leur avantage compétitif.
Pour mener à bien ces fusions, le recours aux banques d'investissement est devenu nécessaire. Les banques ont alors commencé à investir directement dans les entreprises, stimulant le marché boursier et incitant les citoyens espagnols à investir via des titres de créance. Ce processus a favorisé l'émergence de monopoles et d'oligopoles.
Parmi les premières grandes entreprises nationales, on compte la Banque d'Espagne et les compagnies ferroviaires. Bien que financées initialement par des capitaux étrangers, une méfiance croissante envers ces derniers a conduit à leur remplacement progressif par des capitaux nationaux.
Le système financier
En 1898, la perte de Cuba et des dernières colonies a provoqué une crise majeure. L'Espagne, qui comptait financer la guerre contre les États-Unis grâce à des gains espérés, a dû faire face à une défaite coûteuse.
Pour éponger la dette publique, le gouvernement a émis des titres, achetés par des épargnants mus par le patriotisme. Face à l'insuffisance de ces fonds, l'État a augmenté la masse monétaire. La réforme budgétaire de Fernández Villaverde (1845) a été révisée pour introduire de nouvelles taxes, des intérêts et des obligations, tout en imposant des taxes d'accise sur les nouvelles technologies et les revenus internes. Cette réforme a permis de stabiliser la dette de guerre.
POINT 5. La voie nationaliste (1890-1914)
Le tournant protectionniste et la voie nationaliste
En 1873, la Grande Dépression, causée par l'expansion du chemin de fer et des nouvelles technologies, a poussé l'Europe vers le protectionnisme. En Espagne, le tarif de 1892 a marqué le début d'une politique économique nationaliste visant à protéger la production intérieure.
Cette politique s'est traduite par :
- La liberté d'importation pour les matières premières.
- L'octroi de subventions directes et d'exemptions.
- La dévaluation de la peseta, renforçant spontanément le protectionnisme suite à la marginalisation de l'étalon-or.
L'agriculture
La révolution des transports a provoqué un effondrement des prix agricoles en Europe, menant à une crise agraire, particulièrement dans le secteur des céréales. Les loyers ont chuté de 50 %, le chômage a augmenté et une forte émigration vers l'Argentine et Cuba a été observée.
La crise a été temporairement atténuée par l'épidémie de phylloxéra en France, qui a stimulé les exportations de vin espagnol. Toutefois, entre 1884 et 1890, la production a chuté de 16 %. Les conséquences furent durables :
- Stagnation : Le secteur agricole est resté inefficace et archaïque.
- Retard structurel : Les gains de productivité ont été négligés et les salaires sont restés bas.
- Obstacles à l'exportation : Malgré une transition vers les fruits et légumes, les mesures protectionnistes des autres pays ont freiné les débouchés espagnols.