L'engagement politique : formes, acteurs et efficacité
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Introduction à l'engagement politique
L’engagement politique est l’ensemble des activités réalisées par des individus ou des groupes susceptibles de modifier le fonctionnement de la vie en société.
Les formes de participation politique
- Le vote (ou participation politique conventionnelle) : il consiste à se déplacer au bureau de vote lors d’élections (présidentielles, législatives, municipales, européennes). Une personne décide de consacrer de son temps pour exprimer ses opinions et soutenir un candidat. L’objectif est d’élire un représentant qui adoptera des lois (ex : interruption volontaire de grossesse, fiscalité) en accord avec ses valeurs. On peut aussi voter blanc ou nul pour exprimer son insatisfaction.
- Le militantisme : les individus s’engagent en participant aux activités d’un parti, d’un syndicat ou d’une association. Ils y consacrent leurs revenus, leur temps et leur énergie.
- Parti politique : payer une cotisation et tenter de convaincre avec des affiches.
- Association : protéger une cause (environnement, cause animale).
- Syndicat : défendre un intérêt commun professionnellement.
- L'engagement informel : il s'agit de regroupements d'individus (ex : Gilets Jaunes). De manière individuelle, cela peut prendre la forme du boycott (refus de certains produits) ou du buycott (consommer un produit pour ses caractéristiques spécifiques).
L'engagement politique est-il toujours efficace ?
Un travailleur peut souhaiter améliorer ses conditions de travail. Il peut négocier seul, mais face au risque de refus, il va se coaliser avec d'autres travailleurs pour avoir un impact plus grand.
L'échec lié aux passagers clandestins
Le fait de s’engager (faire grève) a un coût en temps et en argent. Les personnes qui ne font pas grève mais souhaitent en obtenir les avantages sont appelées passagers clandestins. Selon Mancur Olson, si les individus se comportent ainsi, l’action collective devient inefficace, un phénomène particulièrement observé dans les grands groupes.
Incitations et redistributions symboliques
Pour limiter ce phénomène, les groupes utilisent des stratégies :
- Incitations positives : récompenser ceux qui s'engagent (ex : accès à des mutuelles).
- Incitations négatives : sanctionner ceux qui ne participent pas.
- Redistributions symboliques : récompenses morales et satisfaction personnelle (ex : sentiment de « faire l’histoire » durant la Révolution française).
La structure des opportunités politiques
L'efficacité dépend aussi du contexte :
- Ouverture du système : une démocratie pluraliste est plus propice au succès des mouvements qu'un système fermé.
- Force des relais : l'appui de personnalités prestigieuses (ex : un Prix Nobel) offre une visibilité médiatique cruciale.
- Capacité de l’État : l'État a-t-il l'envie ou la possibilité de répondre ? Par exemple, durant la Guerre Froide, le mouvement des droits civiques aux États-Unis a réussi car le pays ne voulait pas paraître raciste face à l'URSS.
- Stabilité des alliances : un gouvernement divisé facilite la réussite des revendications.
Qui s'engage politiquement ?
Les variables sociodémographiques
Les sociologues utilisent des variables pour classer les individus et expliquer leur comportement politique :
- L’âge : les plus jeunes ont tendance à s’abstenir davantage ; la participation augmente avec le vieillissement.
- La génération : l'époque de naissance influence le type d'engagement (conventionnel autrefois, plus varié aujourd'hui).
- Le sexe : les femmes s'engagent parfois moins car les tâches domestiques réduisent leur temps disponible.
- Le niveau de diplôme : les études longues favorisent l'engagement. Selon Daniel Gaxie, les moins diplômés peuvent s'auto-exclure par sentiment d'incompétence.
- La catégorie socioprofessionnelle : les cadres votent et se syndiquent plus souvent, car ils développent des compétences utiles à la prise de parole.
Les acteurs de l'action collective
Partis, syndicats et associations
- Les partis politiques : organisations tentant de conquérir et d'exercer le pouvoir. Apparus au XIXe siècle, ils sélectionnent les candidats, rédigent des programmes et mobilisent l'électorat.
- Les syndicats : ils défendent les intérêts liés aux conditions de travail. Autorisés en France depuis 1884 (ex : Force Ouvrière), ils ont permis d'obtenir les congés payés et le repos hebdomadaire.
- Les associations : regroupements unis par une cause commune (ex : Act Up pour le SIDA, Les Restos du Cœur). Elles fonctionnent grâce aux bénévoles, aux dons et aux subventions.
- Les groupements d'individus : formes moins organisées comme Occupy Wall Street (2011) contre la finance ou les Indignés en Espagne contre la crise économique.
Buts et répertoires de l'engagement
Les conflits traditionnels
Ils concernent le travail (salaires, horaires). Historiquement importants (Révolte des Canuts en 1841, grèves des mineurs en 1948), ils s'inscrivent dans la lutte des classes décrite par Karl Marx, opposant le prolétariat à la bourgeoisie. Le répertoire d'action inclut :
- La grève : cessation totale du travail.
- Le débrayage : arrêt de quelques heures pour désorganiser la production à moindre coût.
- La pétition : lettre collective à la direction.
Les conflits modernes
Il s'agit de mouvements « post-matérialistes » (écologie, santé, qualité de vie) ou de Nouveaux Mouvements Sociaux (lutte contre le racisme, l'homophobie). On note aussi les mouvements NIMBY (Not In My Backyard) qui s'opposent à des projets locaux (ex : centrale nucléaire). Leurs répertoires sont innovants :
- Lieux nouveaux : la rue, les Zones à Défendre (ZAD comme à Notre-Dame-des-Landes) ou l'occupation de bureaux.
- Actions spectaculaires : mise à l'agenda médiatique via des symboles forts (ex : cercueils ou préservatif géant sur l'Obélisque par Act Up).
- Recours au droit : procès contre l'État pour inaction climatique.
- Recours aux experts : utilisation de climatologues ou de sociologues pour crédibiliser les revendications.