L'Espagne durant la Guerre civile (1936-1939)
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L’Espagne pendant la guerre civile
Comment la vie politique, sociale et économique s’est-elle organisée durant la guerre civile ?
La construction d’un État totalitaire dans la zone insurgée
Dans la zone insurgée, la généralisation de « l’état de guerre » du 28 juillet 1936 mettait l’Ordre et la Justice aux mains de l’Armée. Les militaires soulevés créèrent une « Junte de défense » (général Cabanellas). Par la suite, cette Junte nomme Franco « Généralissime » et, le 1er octobre, il est proclamé « Chef du gouvernement de l’État ».
Une coalition soutenait les généraux, mais ils étaient divisés sur la nature du régime politique à instaurer après la victoire. Franco a su tirer profit de ces divisions pour établir son pouvoir personnel.
En avril 1937, Franco associe carlistes et phalangistes dans le parti Phalange espagnole traditionnaliste et des Juntes d’offensive national-syndicaliste (FET-JONS), dont il prend la présidence. L’adhésion à ce parti était obligatoire pour toute l’extrême droite ; ceux qui s’y opposaient étaient exilés ou emprisonnés.
Le 30 janvier 1938, Franco forme son premier gouvernement et réunit tous les pouvoirs.
La guerre d’Espagne a été extrêmement violente, tant lors des grandes batailles qu’en dehors des combats. L’un des plus grands massacres collectifs a eu lieu les 14 et 15 août 1936 à Badajoz. Ces exécutions se sont poursuivies au cours des années suivantes, par vengeance, caractérisant ainsi le régime dictatorial.
La zone républicaine : entre effort de guerre et révolution sociale
Un essai de coup d’État en juillet 1936 du côté républicain s’est transformé en révolution sociale. Le processus de collectivisation, proposé par les anarchistes et freiné par les communistes, a mené à des conflits internes.
Le gouvernement Giral était débordé et les comités populaires ont organisé des milices pour combattre les nationalistes. Les autorités légales avaient perdu tout pouvoir.
Le 4 septembre 1936, Giral cède la présidence à Largo Caballero, chef de la gauche socialiste, qui forme un gouvernement plus conforme aux forces antifascistes. On commence à organiser une armée à partir des milices populaires, mais le désaccord était patent entre communistes et anarchistes.
Le gouvernement Negrín
- 17 mai 1937 : Juan Negrín succède à Largo Caballero.
- Objectif prioritaire : gagner la guerre.
- Centralisation politique : renforcement de l’État, contrôle de la production, dissolution du Conseil de Défense d’Aragon.
- Centralisation militaire : intégration forcée des milices dans la nouvelle Armée populaire.
- Tensions avec la Generalitat : nouveau Conseil exécutif (Companys) sans participation de la CNT, déplacement du gouvernement à Barcelone qui y exerce des compétences affaiblissant la Generalitat.
L’isolement international et l’effondrement
- La dégradation de la situation pousse Negrín à chercher des soutiens extérieurs :
- 30/04/1938 : Programme des Treize Points présenté comme une liste de conditions pour un arrêt négocié des combats.
- Refus de Franco, ce qui renforce Negrín dans la lutte à outrance, dans l’espoir que l’Europe entre en guerre.
- Espoirs déçus en septembre 1938 avec les accords de Munich : avec l’appui communiste, Negrín adopte une stratégie de résistance militaire : « résister, c’est vaincre ».
La chute de la Catalogne, l’exil des dirigeants républicains, la reconnaissance de Franco par le Royaume-Uni et la France, la démission d’Azaña et le coup d’État de Casado à Madrid mettent fin à la résistance.
Les Espagnols dans la guerre
Quelles ont été les conséquences de la guerre civile pour la population espagnole ?
La pénurie, la mort et les destructions
- La surmortalité : les estimations font état de près de 700 000 morts (guerre et après-guerre immédiat), causés par les combats, la répression, les bombardements (Granollers, mai 1938), mais aussi la malnutrition. Dès septembre-octobre 1936, le blé, la viande et le charbon manquent ; à partir de 1937, la situation s’aggrave, surtout en zone républicaine (rationnement instauré en mars).
- La chute de la production industrielle : difficile approvisionnement en matières premières et machines ; pénurie de main-d’œuvre difficilement compensée par les femmes (600 000 mobilisés de 17 à 35 ans en zone républicaine en 1938) ; industrie massivement orientée vers la production militaire.
- L’ampleur des destructions : les villes furent les cibles des bombardements, surtout en zone républicaine (Barcelone : 385 fois de février 1937 à sa chute, plus de 1 000 abris) ; les infrastructures de transport, énergétiques et portuaires furent détruites.
Les populations déplacées
- Des flux massifs de réfugiés : ils fuient les combats et la répression. Les flux les plus importants concernent la zone républicaine :
- Vers des territoires républicains : fin 1938, plus d’un million de réfugiés en Catalogne.
- Vers l’étranger : 13 000 enfants envoyés vers l’Europe, l’Amérique et l’URSS.
- Les exilés républicains : à la fin de la guerre, le flux est tout aussi massif : 500 000 personnes passent la frontière française entre le 27 janvier et le 3 février 1939 ; destination finale : France et pays d’Amérique latine (Mexique, Cuba).