L'État Moderne et l'Expansion Coloniale Espagnole
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L'organisation de l'État : les institutions
Le règne des Rois Catholiques présente des caractéristiques médiévales tout en jetant les bases d'un État moderne que leurs successeurs perfectionneront. Pour accroître leur pouvoir, l'administration publique s'est complexifiée, exigeant des avocats et des procureurs spécialisés, issus pour la plupart de la gentry.
Administration territoriale
- En Aragon : Un vice-roi représentait le souverain dans chaque royaume, exerçant des pouvoirs exécutifs et judiciaires. Le Conseil d'Aragon agissait comme organe consultatif et parfois comme Cour suprême. Ferdinand introduisit le système de loterie pour l'élection des responsables municipaux afin de limiter le pouvoir de l'oligarchie.
- En Castille : Le Conseil royal devint l'organe le plus important, sous le nom de Conseil de Castille. Ses membres se répartissaient en comités spécialisés : Inquisition, Ordre, Fraternité, Trésor et Indes. Dans les villes, le maire représentait la monarchie avec des compétences politiques, administratives et financières.
Justice et Inquisition
Dans le domaine judiciaire, les institutions furent consolidées :
- Chancillerías : Deux tribunaux de grande instance à Valladolid et Grenade.
- Audiences : Deux à Santiago et Séville. En Aragon, Ferdinand fixa une audience dans chaque royaume.
Toutefois, l'administration de la justice restait entravée par des juridictions seigneuriales et une diversité de réglementations locales contradictoires. L'Inquisition fut le seul organe commun aux deux royaumes, supervisant l'orthodoxie catholique et servant parfois d'instrument politique.
Politique étrangère : Italie et Afrique du Nord
Ferdinand d'Aragon poursuivit la politique traditionnelle d'expansion méditerranéenne. Après la mort d'Alphonse V, Naples fut disputée par la France. La campagne militaire, menée par Gonzalo Fernández de Córdoba (le « Grand Capitaine »), marqua une rupture tactique : remplacement de la cavalerie lourde par une infanterie mercenaire armée de piques et de mousquets. En 1503, les victoires de Cerignola et Garigliano forcèrent le retrait français. Naples fut intégrée à la monarchie espagnole en 1504.
En Afrique du Nord, les intérêts castillans visaient la conquête du Maroc et la lutte contre la piraterie barbaresque. Malgré la prise de Melilla (1497) et d'Oran (1509) sous l'impulsion de Cisneros, les tensions entre Ferdinand et le régent menèrent à l'abandon de cette politique, limitant la présence espagnole à quelques bastions côtiers peu efficaces.
Expansion outre-mer et empire colonial
La découverte de l'Amérique
La découverte de l'Amérique visait à trouver une voie alternative vers les Indes. Christophe Colomb, marin génois, obtint le soutien des Rois Catholiques après la chute de Grenade via les Capitulations de Santa Fe (1492). Il reçut les titres d'amiral, vice-roi et gouverneur, ainsi qu'une part des richesses.
Le 12 octobre 1492, il atteignit les Antilles (San Salvador). Après quatre voyages, il mourut convaincu d'avoir atteint l'Asie, bien qu'Amerigo Vespucci ait affirmé qu'il s'agissait d'un nouveau continent, nommé « Amérique » en 1507 par un cartographe allemand.
Le Traité de Tordesillas (1494), déplaçant la ligne de démarcation à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert, permit au Portugal d'occuper le Brésil tout en reconnaissant les droits espagnols sur le reste du continent.
Conquête et colonisation
La conquête fut réalisée par des expéditions privées (capitulations) :
- Empire aztèque : Conquis par Hernán Cortés (1519-1521).
- Empire inca : Vaincu par Pizarro et Almagro (1531-1533).
L'exploitation des terres et des mines reposait sur le travail forcé des indigènes (encomienda). Malgré les dénonciations du père Bartolomé de las Casas, les abus persistèrent, entraînant le recours à l'esclavage africain.
Gouvernement et administration
L'administration coloniale reposait sur deux institutions basées à Séville : la Casa de Contratación (commerce et navigation) et le Conseil des Indes (législation et économie).
Les territoires furent divisés en deux vice-royautés (Nouvelle-Espagne et Pérou), dirigées par des vice-rois représentant le monarque. La législation, notamment les Lois de Burgos (1512) et les Nouvelles Lois des Indes (1542), tenta vainement de réguler le système des encomiendas et de protéger les populations autochtones.