L'Évolution de la langue française à la Renaissance
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L'ordonnance de Villers-Cotterêts
L’ordonnance de Villers-Cotterêts a été signée en 1539 par François Ier. Elle impose que tous les actes légaux, les arrêts de justice et les documents administratifs soient rédigés en « langage maternel françois et non autrement », afin d’éviter toute « ambiguïté » ou « incertitude ». Par cette réforme, le français remplace officiellement le latin dans l’administration. Selon Henriette Walter, cette ordonnance ne fait toutefois que rendre obligatoires des pratiques déjà répandues dans une grande partie du pays pour les actes notariés. Elle souligne également que cette décision a contribué à exclure progressivement les dialectes régionaux, comme l’occitan ou le picard.
L'Italie et le contexte socio-historique
Durant la Renaissance, l’italien bénéficie d’un immense prestige culturel et devient une langue de référence, particulièrement à la Cour, où il est très à la mode. Les élites françaises puisent largement dans cette culture italienne, notamment en littérature, en art et dans le vocabulaire. Cette influence est encore renforcée par Catherine de Médicis, devenue régente en 1560, même si la présence italienne se faisait déjà sentir depuis plusieurs décennies. Dans le domaine de l’éducation, alors que la Sorbonne continue d’enseigner principalement en latin, François Ier fonde vers 1530 le Collège des trois langues, où l’on commence à enseigner en français.
L'influence de l'italien et l'opposition littéraire
Au XVIe siècle, la Cour française s’italianise fortement en adoptant de nombreux usages ainsi qu’un vocabulaire italien associé au raffinement et à l’élégance. Cette influence se traduit par de nombreux emprunts directs : le français intègre entre 250 et 300 mots italiens, parmi lesquels :
- arcade
- balcon
- banque
- banquet
- boussole
- courtisan
- façade
- festin
- gazette
- récolte
- sonnet
Ce mouvement est encouragé par plusieurs figures du pouvoir, notamment François Ier, Henri II et Catherine de Médicis, malgré l'opposition de certains écrivains.
Les conséquences de la réforme
Au XVIe siècle, le français connaît un important mouvement de fixation et d’unification de la langue, marqué par l’apparition des premières grammaires, comme celles de John Palsgrave en 1530 et de Louis Meigret en 1550. Cette période se caractérise également par un enrichissement du vocabulaire grâce aux « doublets », c’est-à-dire des paires de mots issues d’une même racine latine mais ayant évolué différemment, comme :
- frêle et fragile
- poison et potion
- écouter et ausculter
Sur le plan phonétique, le « e » final commence progressivement à devenir muet ; ainsi, le mot « mère » se prononce désormais en une seule syllabe au lieu de deux. Enfin, la syntaxe évolue avec la généralisation de la double négation « ne… pas », qui remplace peu à peu d’autres formes plus anciennes comme « ne… mie » ou « ne… goutte ».
Le Nouveau Monde : apports espagnols et portugais
Au XVIe siècle, le français s’enrichit également grâce aux emprunts à l’espagnol (morphologie, emprunts lexicaux…), notamment dans les domaines de la guerre et des produits venus du Nouveau Monde. Des mots comme « algarade », « bizarre », « camarade », « casemate », « chocolat », « escamoter » ou « moustique » entrent alors dans la langue française. La langue portugaise joue aussi un rôle, bien qu’indirect, en servant d’intermédiaire pour certains mots d’origine arabe arrivés en France. Par ailleurs, Jacques Cartier contribue à la diffusion du français en utilisant cette langue dans ses récits de navigation consacrés au Canada, notamment à partir de 1545.
Le français face aux patois régionaux
Au XVIe siècle, la grande majorité des Français ne parlait pas le français, mais utilisait plutôt sa langue régionale, souvent qualifiée de patois ou de dialecte. Ces parlers étaient omniprésents dans tout le royaume, au point que le français était perçu comme une langue étrangère par une grande partie de la population. Le terme « patois » avait d’ailleurs une connotation négative, car il désignait le langage des paysans, opposé au français du roi, considéré comme plus prestigieux. Cependant, certains écrivains et poètes de la Renaissance, comme Pierre de Ronsard, préféraient employer le mot « dialecte » et en encourageaient l'usage.
Le français face à la domination du latin
Au XVIe siècle, le latin demeurait le principal obstacle à l’expansion du français, car il dominait encore les domaines de l’Église, du droit et de l’enseignement. Une partie de l’élite intellectuelle, surnommée les « écumeurs de latin », cherchait à enrichir le français en y ajoutant de nombreux mots latins, au risque de rendre la langue artificielle et difficile à comprendre. Par ailleurs, l’Église catholique s’opposait fermement à l’utilisation des « langues vulgaires », comme le français, pour la lecture de la Bible, préférant conserver le latin afin de maintenir son autorité religieuse et son rôle d’interprète officiel des textes sacrés. Face à cette situation, le pouvoir royal intervint avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts, promulguée en 1539, qui imposa l’usage du français dans les actes administratifs et judiciaires afin de rendre la justice plus claire et accessible à la population.
L'apparition des premiers dictionnaires
Au début de la période, il existait encore très peu d’ouvrages consacrés à la description et à l’étude de la langue française. Cependant, la Renaissance marque le commencement des premières tentatives de codification du français. Parmi les figures importantes de cette évolution se trouve Robert Estienne, célèbre imprimeur qui publia des dictionnaires bilingues, notamment latin-français et français-latin, afin de faciliter la compréhension des textes. Ces ouvrages avaient pour objectif de mieux organiser la langue, de fixer progressivement l’orthographe et d’établir des équivalences précises entre le français et les langues savantes comme le latin et le grec, mais aussi avec certaines langues étrangères telles que l’italien.
La codification de la grammaire
Comme pour les dictionnaires, le XVIe siècle a vu apparaître les premières tentatives de fixer les règles de la langue française. Des auteurs tels que Jean Calvin, notamment à travers son œuvre L’Institution de la religion chrétienne, ont contribué à stabiliser l’écriture du français, alors encore en pleine évolution. Vers la fin du siècle, des grammairiens et écrivains comme François de Malherbe ont commencé à défendre l’idée d’une langue plus unifiée et d’un style plus épuré, en rejetant certains archaïsmes et formes dialectales. Le développement de l’imprimerie joua également un rôle essentiel dans ce processus, car il permit de diffuser plus largement ces nouvelles normes grammaticales et linguistiques auprès du public.
Le français en tant que langue scientifique
La Renaissance a favorisé le développement du français dans des domaines qui étaient jusque-là réservés au latin. Grâce à l’essor de l’imprimerie et à la volonté de rendre le savoir plus accessible, des ouvrages techniques, médicaux et scientifiques commencèrent à être publiés en français afin d’être compris par des praticiens ne maîtrisant pas toujours le latin. Dans le domaine intellectuel, des penseurs et savants comme Léonard de Vinci illustrèrent les progrès scientifiques et philosophiques de l’époque, influençant également la langue par l’introduction de nombreux termes savants. Les sciences se sont ainsi enrichies grâce à de multiples emprunts linguistiques, notamment à l’italien, qui permit de nommer de nouveaux concepts, découvertes et inventions caractéristiques de la Renaissance.