La Fontaine : L'art de la fable et la critique sociale
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L'art de plaire et d'instruire
Dans ses vers, La Fontaine s’est servi de tous les genres littéraires : l’allégorie, la parabole, la métaphore, l’analogie, le symbole et l’emblème, en attribuant aux animaux qui dialoguent les travers des êtres humains. Son défi, qu’il a relevé avec maestria, était de réconcilier l’utile et l’agréable, de plaire à la fois aux jeunes et aux moins jeunes, d’instruire et de distraire, de réunir le badinage et la sagesse morale. C’était le difficile équilibre auquel il aspirait et qu’il a si bien atteint. Celui qui avait écrit qu’il faisait « chanter les animaux » pour mieux les comparer aux hommes et aux femmes écrivit à plusieurs niveaux : aux enfants aussi bien qu’aux adultes sur lesquels il espérait avoir une portée morale.
La représentation du comportement humain
Dans l’allégorie animalière des Fables, les animaux présents sont symboliques, physiquement et par leurs paroles. Ils ont tous un rôle bien précis car chacun représente un stéréotype :
- Le lion : puissant, cruel et orgueilleux.
- La fourmi : travailleuse.
- Le renard : rusé.
- L'agneau : doux.
- Le loup : sanguinaire.
- Le lapin : peureux.
Ce n’est qu’en analysant de près leurs paroles, leurs attitudes et leurs actions qu’on se rend compte que le lion représente la puissance royale tyrannique, ou que l’agneau représente la faiblesse des pauvres devant cette tyrannie. Certains animaux, comme le renard, évoquent les courtisans qui gravitent autour de l’absolutisme royal, tandis que d’autres démontrent les qualités, les sacrifices et la sagesse des plus humbles. Par leurs paroles, ces animaux illustrent les comportements souvent risibles et nuisibles de leurs contemporains.
Études de cas : La Cour du Lion et Les Animaux malades de la peste
L'une des fables les plus convaincantes est « La Cour du Lion ». Le Lion, cruel roi des animaux, décide de tenir une réunion plénière. Le singe, imitateur hors pair, complimente le roi, tandis que le renard, rusé, évite la punition en prétextant un rhume. La Fontaine conclut :
« Ne soyez à la Cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère ;
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand. »
Les Animaux malades de la peste explore le même thème. Face à l'épidémie, le Lion avoue ses crimes, mais les puissants sont pardonnés, tandis que l'âne, coupable idéal, est condamné à mort. La Fontaine offre cette morale :
« Selon que vous serez puissants ou misérable,
Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir. »
Introduction et problématique
Les Fables de La Fontaine font partie du patrimoine littéraire mondial. Réparties en trois collections entre 1668 et 1694, totalisant 243 fables inspirées d'Ésope, Babrius et Phèdre, elles sont caractérisées par des animaux anthropomorphes. Bien qu'elles semblent faciles à lire, nous avons tendance à sous-estimer leur valeur pédagogique. La Fontaine n'a jamais été l'arlequin du roi ; selon la formule « placere et docere » (plaire et instruire), son but est double.
Problématique : Pouvons-nous, par l'étude de ces Fables, déterminer leur but ? Nous verrons d'abord les moyens utilisés par La Fontaine pour rendre ses fables agréables, puis l'intérêt profond de cette démarche, le simple plaisir de lecture ne suffisant pas à expliquer leur production.
Conclusion
Les Fables sont l’œuvre d’une vie. La Fontaine a utilisé toute son imagination et ses talents pour démontrer son expérience et sa capacité à manier les anachronismes. Il serait toutefois dommage de s’arrêter à lui : d'autres auteurs comme Florian, Houdar de la Motte, Furetière ou Perrault méritent également d'être lus.
Contexte historique et portée satirique
Idée 1 : Le siècle de l'absolutisme
Le XVIIe siècle est celui de l'absolutisme royal. La Fontaine, ami de Fouquet, a soutenu ce dernier au point de rédiger des œuvres comme l'Élégie aux nymphes de Vaux, ce qui lui valut un exil provisoire.
Idée 2 : La force subversive de la fable
Déjà présentes dans l'Antiquité, les fables sont tournées vers la condamnation des vices humains. La Fontaine reprend cette forme satirique pour critiquer sa propre société. La fable « Le Pouvoir des fables » illustre parfaitement cette force rhétorique, où l'auteur feint de minimiser son art pour mieux convaincre un destinataire politique important.