Les Grands Penseurs de la Philosophie Politique
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Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Jean-Jacques Rousseau est né à Genève. Il était philosophe et écrivain. Formé dans l'esprit des Lumières et du protestantisme bourgeois, c'est après sa rencontre avec la baronne de Warens qu'il entra dans un couvent. Son travail fondamental est social. Son œuvre Du contrat social était variée et contradictoire. Rousseau croit que la société corrompt l'homme, et qu'un homme bon ne pourrait pas être plus heureux. Il ne croyait en aucune église, ni au clergé, ni à la révélation. Il était craint par les églises catholique et protestante comme le plus dangereux des infidèles. Il s'est opposé au rationalisme du XVIIIe siècle en soulignant la valeur du sentiment humain, se posant ainsi en précurseur du romantisme.
Rousseau a vécu dans une période de conflits où la France souffrait, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, d'une économie en expansion face à un État monarchique en crise. Il y avait aussi une forte opposition de la société contre les règles économiques et sociales qui favorisaient les classes privilégiées ; la France avait donc grand besoin d'établir un nouveau régime politique. De cela découle la pensée de Rousseau : c'est lui qui introduit le concept de souveraineté populaire, où chaque individu détient une partie de cette souveraineté. Cela eut une influence ultérieure sur l'État libéral : la légitimation du pouvoir par le peuple et la participation égale au suffrage universel. Ainsi, l'État se démocratise. Il reconnaît l'importance de la volonté générale pour que les classes dominées voient leurs besoins satisfaits. La démocratie est inconcevable sans liberté. Rousseau a également influencé l'État socialiste en justifiant l'action de la classe ouvrière au nom de la souveraineté populaire, car c'est là que se trouve l'intérêt général.
John Locke (1632-1704)
John Locke est né en Angleterre. Ce penseur anglais vécut dans le même contexte que Hobbes. Son œuvre la plus transcendante est Deux traités du gouvernement civil. Contrairement à Hobbes, Locke prévoit que le pouvoir politique est issu d'un consensus, estimant que personne ne peut être soumis au pouvoir politique sans son consentement, et que ce consensus doit être celui de la majorité.
Locke considère que l'homme est capable d'exercer ses activités, mais qu'un accord est nécessaire par lequel la société fournit des droits politiques, à condition qu'ils soient administrés au nom des droits civils des personnes. Il existe deux types d'alliances :
- Le pacte social : les individus choisissent de vivre mieux en créant une communauté politique.
- Le pacte de soumission : alliance entre les citoyens et les futurs dirigeants.
Par ce second accord, la puissance de tous est déléguée à quelques-uns, établissant les conditions auxquelles le gouvernement doit se soumettre et donnant à des tiers le droit de punir et de créer des règles de coexistence. Les gens font confiance à ce pacte comme moyen de liberté et d'égalité. Le pouvoir politique est ainsi limité et responsable. Contrairement à Hobbes, chez qui l'individu cède tous ses droits, les humains conservent chez Locke leurs droits individuels. Un autre point de différenciation est que Locke considère le droit de propriété comme fondamental, l'État devant le respecter et le protéger.
Conclusion sur Locke
En bref, il pose les fondements de l'État libéral. Aujourd'hui, la pensée de Locke nous aide à comprendre le fondement idéologique de l'État de droit, sa structure de base et le rôle d'organisation du pouvoir politique dans une société dont la puissance ultime vient de la population.
Montesquieu (1689-1755)
Montesquieu est né en France. Il précéda la Révolution française. Ses œuvres majeures sont : De l'esprit des lois (œuvre très critiquée), Défense de l'esprit des lois et les Lettres persanes.
Méthodologie et point de départ
Son principe est l'unité sociale : le gouvernement le plus conforme à la nature est celui dont la configuration est la mieux adaptée à la population pour laquelle il a été établi. L'État doit se conformer à la société en vertu des lois de la nature. La clé est la liberté. Sa méthode est empirique et théorique : il cherche un équilibre et une modération des pouvoirs sociaux en analysant les expériences historiques liées à l'infrastructure physique et psychique des nations.
Classes de gouvernement
- Le Républicain : tout ou partie de la population détient le pouvoir souverain.
- Le gouvernement monarchique : une seule personne gouverne selon des lois fixes et établies.
- Le gouvernement despotique : une personne sans loi ni règle décide de tout à sa volonté.
Le gouvernement modéré est sujet à la loi. Chaque système peut dégénérer en despotisme s'il n'entretient pas une structure ordonnée. La décentralisation est une garantie que le pouvoir freine le pouvoir, assurant le principe de liberté contre les abus. L'équilibre des pouvoirs est au service de la liberté, mais celle-ci ne peut être que celle prévue par la loi. Montesquieu introduit aussi l'idée du fédéralisme : la création de puissances intermédiaires que la monarchie doit respecter pour décentraliser le pouvoir.
Sieyès (1747-1836)
Né en France, Emmanuel-Joseph Sieyès était un homme politique très populaire durant la première phase de la Révolution française. Son œuvre la plus importante est Qu'est-ce que le tiers-état ?.
La Nation et le Tiers-État
La bourgeoisie était exclue du pouvoir politique et des privilèges. Elle aspirait à organiser la société sur de nouvelles bases. Pour Sieyès, la nation est un corps d'associés vivant sous une loi commune et représenté par la même législature. Il distingue trois phases dans la formation de la nation : l'association (volontés individuelles), la volonté commune et la représentation (mandataires).
La souveraineté réside dans la nation comme un tout. La nation est l'ensemble des citoyens qui, dans l'exercice de leur volonté souveraine, se donnent une constitution. Cependant, la critique souligne que l'idée de nation peut devenir un instrument de rationalisation idéologique pour la domination de certaines classes, dissimulant les luttes sociales.
Machiavel
Principes de base de sa conception politique
Nicolas Machiavel s'appuie sur une anthropologie pessimiste : il comprend l'humain comme naturellement mauvais et la politique comme le moyen de passer du désordre à l'ordre. Le but de la politique est de convertir le désordre en ordre via l'instrument de l'État. Le rôle du législateur est essentiel car il est le créateur du droit.
Le concept d'État et de Force
L'État doit promouvoir l'ordre et la sécurité par la prévision et la rationalité (sur le modèle militaire). Machiavel affirme que le succès est le seul moyen d'atteindre la gloire et le consentement de la population. Le politicien doit développer une vertu (ou paraître l'avoir). L'État repose sur deux niveaux de force :
- Ad extra : capacité de violence pour maintenir l'équilibre international.
- Ad intra : droit exclusif d'utiliser la violence pour maintenir les individus dans le cadre de l'État (en dernier recours).
La puissance doit être concentrée dans une seule personne (le Prince), qui incarne les institutions et s'oppose aux menaces externes comme l'Église ou les seigneurs féodaux. En conclusion, Machiavel cherche à créer un État centralisé pour mettre fin au pouvoir féodal, s'inspirant de la civitas romaine.