La guerre civile espagnole : évolution des deux zones, enjeux et bilan
Résumé
Ce document présente l'évolution de la guerre civile espagnole dans la zone républicaine et dans la zone nationale. Il analyse les tensions entre anarchistes, socialistes et communistes, la politique de Franco, l'influence des aides étrangères et la dimension internationale du conflit. Il se termine par le bilan démographique, économique, social, moral et politique de la guerre.
Points clés
- Dans la zone républicaine, l'échec du coup d'État a déclenché une révolution sociale avec la prise de contrôle de l'économie par les comités ouvriers.
- En septembre 1936, Largo Caballero forme un gouvernement d'union nationale, rejoint par des anarchistes en novembre.
- Les événements de mai 1937 à Barcelone entraînent la chute de Largo Caballero et l'arrivée de Negrín, plus proche du PCE.
- Dans la zone nationale, Franco concentre les pouvoirs, dissout les partis et crée le Mouvement National en 1937.
- L'Allemagne nazie et l'Italie fasciste soutiennent massivement le camp national, tandis que les démocraties appliquent la non-intervention.
- La guerre laisse un bilan lourd : pertes humaines, destruction économique, exil intellectuel et instauration d'une longue dictature.
Évolution des deux zones durant la guerre civile
Développements politiques dans les deux zones
La zone républicaine
L'échec du coup d'État militaire dans la zone républicaine a déclenché une révolution sociale. Les comités de syndicats et d'ouvriers ont pris le contrôle de l'économie, des transports, des fournitures militaires et des installations de production. Parallèlement, le gouvernement a entériné les décisions de ces comités. Sur le terrain, on a assisté à une occupation massive des exploitations agricoles, qu'il s'agisse de grands domaines ou de petites et moyennes propriétés. Dans les régions dominées par les socialistes, la terre et la production ont été socialisées. Dans les zones anarchistes, une collectivisation totale des biens a été instaurée, allant parfois jusqu'à l'abolition de l'argent.
En septembre 1936, un gouvernement d'union nationale est établi, dirigé par le socialiste Largo Caballero, incluant des ministres du PSOE, du PCE, de la Gauche républicaine et des groupes nationalistes catalans et basques. En novembre, quatre dirigeants anarchistes, dont Federica Montseny (première femme ministre en Espagne), ont rejoint le gouvernement. L'objectif était de centraliser le pouvoir pour gérer l'effort de guerre. Le pouvoir restait toutefois divisé entre les comités de travailleurs, les milices et les gouvernements autonomes catalan et basque (José Antonio Aguirre devint le premier président du gouvernement autonome basque).
Deux modèles s'affrontaient dans le camp républicain :
- Le modèle anarchiste (CNT-FAI, POUM) : prônait la collectivisation immédiate et le système de milices (devise : « Révolution et guerre en même temps »).
- Le modèle socialiste et communiste (PSOE, PCE) : cherchait à rétablir l'ordre, à centraliser les décisions et à professionnaliser l'armée (devise : « D'abord la guerre, après la révolution »).
Les tensions ont culminé lors des événements de mai 1937 à Barcelone. Après la crise, le gouvernement de Largo Caballero a démissionné. Le nouveau gouvernement, dirigé par Negrín, s'est incliné vers les positions du PCE, soutenu par l'aide soviétique. Le POUM a été interdit et son chef, Andreu Nin, a « disparu ». Une économie centralisée a été imposée et l'Armée populaire a remplacé les milices.
À partir de mars 1938, après la division de la zone républicaine par les troupes franquistes, deux positions ont émergé : la défense de la résistance (Negrín, PCE, PSOE) et la nécessité de négocier face à la défaite. L'accord de Munich, le retrait des Brigades internationales et la chute de la Catalogne ont conduit au coup d'État du colonel Casado, qui a expulsé Negrín du pouvoir, mais les espoirs de négociation ont été balayés par l'exigence de reddition inconditionnelle de Franco.
La zone nationale
Dans la zone rebelle, la guerre a permis l'ascension du général Franco. Après la mort du général Sanjurjo en 1936, le Conseil de défense nationale a été créé. Des mesures drastiques ont été adoptées : état de guerre, suppression des libertés et dissolution des partis politiques (à l'exception de la Phalange et des carlistes). La propagande a justifié le coup d'État comme un « soulèvement national » contre une République « marxiste » et « anti-espagnole », tandis que l'Église catholique a qualifié le conflit de « croisade ».
Sur le plan économique, les réformes républicaines ont été annulées au profit d'un interventionnisme d'inspiration fasciste. Franco a été nommé généralissime et chef du gouvernement, instaurant une dictature personnelle. En 1937, le décret d'unification a fusionné les forces politiques au sein du Mouvement National. En 1938, le régime a instauré une censure stricte, un contrôle des organisations professionnelles et a rétabli l'influence de l'Église (subventions, interdiction du divorce, éducation religieuse).
La dimension internationale du conflit
L'inégalité de l'aide étrangère a été un facteur décisif. Le camp national a bénéficié du soutien massif de l'Allemagne nazie (Légion Condor) et de l'Italie fasciste (troupes, matériel), ainsi que du Portugal. À l'inverse, le camp républicain a souffert du pacte de non-intervention des démocraties. L'aide soviétique, bien qu'importante pour la défense de Madrid, était de moindre qualité et plus dispersée. Les Brigades internationales ont joué un rôle notable, mais les pressions du Comité de non-intervention et le désintérêt croissant de Staline ont scellé le sort de la République.
Les conséquences de la guerre civile
- Démographiques : Pertes humaines massives (morts, faim, épidémies) et exil massif de l'élite intellectuelle et scientifique.
- Économiques : Destruction de l'industrie, des infrastructures et des logements, endettement et perte des réserves d'or.
- Sociales : Restauration de l'hégémonie de l'oligarchie et perte des droits des travailleurs.
- Morales : Division profonde du pays, répression prolongée et traumatismes générationnels.
- Politiques : Instauration d'une longue dictature répressive.
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Pourquoi le gouvernement de Largo Caballero est-il tombé en 1937 ?
Les tensions entre les modèles anarchiste et communiste ont culminé lors des événements de mai 1937 à Barcelone. Après cette crise, Largo Caballero a démissionné.
Quel rôle ont joué les puissances étrangères dans la guerre ?
Le camp national a reçu un soutien massif de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste, ainsi que du Portugal. Le camp républicain a souffert du pacte de non-intervention des démocraties, et l'aide soviétique était moindre et plus dispersée.
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