Histoire de la Ve République : de De Gaulle à Chirac
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La République gaullienne : fondations (1958-1969)
La nouvelle Constitution, adoptée par référendum (83 %) et promulguée le 4 octobre 1958, instaure un régime semi-présidentiel selon les vues de Charles de Gaulle, élu en décembre 1958 avec 78,5 % des voix des grands électeurs.
Le système repose sur un exécutif renforcé et bicéphale :
- Le Premier ministre dépend du Président et conduit la politique du gouvernement.
- Le Président, élu pour 7 ans au Suffrage Universel Indirect (SUI), est chef de l’État et des armées. Il signe les traités, promulgue les lois, préside le Conseil des ministres, peut convoquer un référendum, dissoudre l’Assemblée nationale et obtenir les pleins pouvoirs.
Les pouvoirs du Parlement sont encadrés par le bicaméralisme (Assemblée élue au SUD, Sénat au SUI) : vote des lois et du budget, possibilité de renverser le gouvernement, mais avec des limites comme l’ordre du jour fixé par le gouvernement, l’absence de monopole de l’initiative des lois et le scrutin majoritaire.
La crise algérienne et l'indépendance
Face à la crise algérienne, De Gaulle gagne du temps et négocie avec les indépendantistes : en juin 1958, il effectue une visite en Algérie (discours du Forum) ; en octobre 1958, il propose la « Paix des Braves » au FLN, qui la refuse avec la création du GPRA. Progressivement, il choisit l’indépendance avec l’annonce de la politique d’autodétermination en septembre 1959.
Cette évolution entraîne la radicalisation des partisans de l’Algérie française : Putsch des généraux d’Alger (22 avril 1961), création de l’OAS, climat de guerre civile, attentat du Petit-Clamart (1962) et répression de la manifestation pro-FLN à Paris (17 octobre 1961). L’indépendance est finalement obtenue grâce aux Accords d’Évian (18 mars 1962). L’Algérie devient indépendante le 5 juillet 1962.
Modernisation et politique d'indépendance
Profitant de cette crise, De Gaulle renforce l’autorité présidentielle avec le référendum de 1962 instaurant l’élection du Président au SUD. Il lance des réformes économiques et sociales visant la modernisation du pays (projets Concorde et TGV). Il renforce l’image présidentielle grâce aux voyages officiels, aux allocutions télévisées et aux référendums, tandis qu’une majorité stable est assurée par le scrutin majoritaire et le parti gaulliste (UNR puis UDR).
Parallèlement, De Gaulle mène une politique d’indépendance. La décolonisation passe par le remplacement de l’Union française par la Communauté (1958-1960). La politique de défense s’appuie sur la dissuasion nucléaire : bombe A (1960), bombe H (1968) et premier sous-marin nucléaire (1968). Il favorise une Europe fondée sur le moteur franco-allemand (Traité de l’Élysée, 1963). Sa politique de non-alignement se traduit par une prise de distance vis-à-vis des États-Unis (sortie de l’OTAN en 1966) et un rapprochement avec l’URSS et la Chine populaire (1964).
L'usure du pouvoir et la fin de l'ère gaullienne
Lors des élections de 1965, De Gaulle est mis en ballottage par Mitterrand mais l'emporte. En mai 1968, une crise majeure éclate (mouvement étudiant et grèves ouvrières). Malgré les accords de Grenelle, le pouvoir est affaibli. En avril 1969, le « non » l’emporte (53 %) lors d'un référendum, entraînant la démission de De Gaulle le 28 avril 1969. Il meurt le 9 novembre 1970.
L'héritage gaullien et les années Giscard (1969-1981)
Georges Pompidou succède à De Gaulle. Son Premier ministre, Chaban-Delmas, tente de construire une « nouvelle société » avec la création du SMIC. Après la mort de Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing est élu en 1974 face à Mitterrand. Il nomme Jacques Chirac Premier ministre (qui démissionne en 1976) et cherche à moderniser la société : IVG, majorité à 18 ans, collège unique.
Cependant, la gauche se réorganise (Congrès d’Épinay en 1971, Programme commun en 1972). La France subit le choc pétrolier de 1973 et la montée du chômage. Affaibli par la crise et les divisions de la droite (création du RPR par Chirac), Giscard est battu en 1981 par Mitterrand (51,76 %).
L'alternance et les années Mitterrand (1981-1995)
En 1981, la gauche arrive au pouvoir avec le programme « changer la vie » : abolition de la peine de mort, semaine de 39 heures, nationalisations et retraite à 60 ans. Un tournant vers la rigueur est adopté en 1983. La première cohabitation (1986-1988) survient avec Chirac comme Premier ministre. Réélu en 1988, Mitterrand s'investit dans le traité de Maastricht (1992). Son second mandat est marqué par le chômage et une seconde cohabitation avec Édouard Balladur en 1993.
La présidence de Jacques Chirac (1995-2007)
Jacques Chirac est élu en 1995. Son premier mandat est marqué par des grèves massives (1995-1996). La dissolution de 1997 mène à la troisième cohabitation avec Lionel Jospin (35 heures, passage au quinquennat). En 2002, Chirac est réélu face à Jean-Marie Le Pen.
Focus : Le discours de De Gaulle à Phnom Penh (1966)
Le 1er septembre 1966, Charles de Gaulle prononce un discours historique au Cambodge. Dans le contexte de la guerre du Vietnam, il critique l’intervention américaine et défend le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il affirme la souveraineté de la France et son refus de la logique des blocs (USA/URSS), positionnant le pays comme une puissance médiatrice et indépendante.
Focus : Robert Badinter et l'abolition de la peine de mort
Le 17 septembre 1981, Robert Badinter défend l'abolition de la peine de mort devant l'Assemblée nationale. Cette réforme majeure du premier septennat de François Mitterrand marque une volonté de modernisation humaniste de la société française, alignant la France sur ses voisins européens et affirmant le respect des droits fondamentaux.