L'Interdiction de la Force en Droit International
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L'Interdiction de la Menace et de l'Emploi de la Force
Principe de l'interdiction de la menace et de l'emploi de la force (Article 2.4 de la Charte des Nations Unies) : Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.
- C'est un principe dont la violation est particulièrement grave au sein de la société internationale.
- Il s'agit d'une obligation de ne pas faire, car il est interdit de menacer ou d'employer la force (maintien du statu quo).
- Le terme conflit est réservé à l'usage de la force ; en l'absence de force, on parle de litiges ou de contestations.
- Selon la distinction de Hans Kelsen entre la loi morale et le droit écrit, ce droit est garanti par la politique de la force coercitive de l'État ; l'ordre moral est ainsi garanti par la force.
- Pour Karl Olivecrona et Norberto Bobbio, le droit est un ordre normatif qui, plutôt que d'être simplement garanti par la force, limite l'usage de la force par les individus. Le droit remplace l'usage de la force : plus la présence des juges est forte, moins le recours à la force est fréquent. Ainsi, plus les interdictions sont nombreuses, plus le droit international se renforce.
Le Concept de Justum Bellum et le Droit de la Haye
- Justum Bellum : Une institution médiévale limitant l'usage de la force par les États en établissant les conditions d'une guerre juste, à savoir :
- La guerre ne peut être déclarée qu'en réponse à une agression.
- Seule l'autorité compétente peut déclarer une guerre juste.
- Dans le cadre du droit international de La Haye, on distingue deux catégories de droits :
- Jus ad bellum : Les conditions sous lesquelles la guerre peut être déclarée licite.
- Jus in bello : Le droit international humanitaire qui régit la conduite des parties lors d'un conflit armé (ex. : le rôle de la Croix-Rouge).
- Les Conférences de La Haye de 1899 et 1907 furent les premières à viser l'organisation de la communauté internationale (accords ad hoc), préfigurant la Société des Nations et l'ONU.
- Lors de ces conférences, les droits de la paix (règlement pacifique des différends), de la guerre et de la neutralité ont été codifiés, instituant la Cour permanente d'arbitrage à La Haye.
- La Conférence de 1907 a interdit l'usage de la force pour le recouvrement de dettes contractuelles (suite au blocus du Venezuela en 1902). Cela a mené à l'adoption de la doctrine Drago-Porter, stipulant qu'on ne doit pas faire la guerre pour des raisons économiques.
De la Société des Nations au Pacte Briand-Kellogg
- Pacte de la Société des Nations (1919) : Instauration d'un mécanisme de « refroidissement » pour éviter la guerre. Il imposait un délai obligatoire de trois mois après un différend avant tout recours à la force. Cependant, l'exigence d'unanimité (droit de veto pour tous les membres) a souvent paralysé l'organisation.
- Pacte Briand-Kellogg (Paris, 1928) : Traité général de renonciation à la guerre. C'est la première fois que l'usage de la force est interdit de manière générale. Ce traité a précédé le Krach de 1929 et la première grande crise mondiale moderne.
Le Cadre de la Charte des Nations Unies de 1945
- Interdiction de la menace : inclut la contrainte par ultimatum.
- Interdiction de l'usage de la force.
- L'usage de la force n'est permis qu'à des fins institutionnelles : si un État ne respecte pas un traité, l'ONU peut agir contre lui (usage institutionnel de la force).
L'Exception de la Légitime Défense (Article 51)
L'exception principale est l'Article 51 de la Charte, qui autorise la force en cas de légitime défense. Les exigences sont les suivantes :
- Agression préalable : Il doit y avoir une attaque armée ou une agression effective avant toute riposte.
- Temporalité : L'usage de la force doit intervenir après l'agression.
- Proportionnalité : La réponse doit être proportionnelle à l'attaque subie.
- Caractère provisoire : La mesure dure jusqu'à ce que le Conseil de sécurité intervienne.
- Continuité : Il doit y avoir un lien direct entre l'agression et la défense ; les représailles militaires différées sont strictement interdites.